Le NPD et le Bloc québécois exigent la fin de l’évaluation fédérale de GNL Québec

La production gazière croissante du Canada est rendue possible grâce à l’exploitation par fracturation. C’est ce type de gaz qui justifie le développement de projets de liquéfaction en vue de l’exportation par navires, comme le projet GNL Québec.
Photo: Woodside Energy Ltd. Agence France-Presse La production gazière croissante du Canada est rendue possible grâce à l’exploitation par fracturation. C’est ce type de gaz qui justifie le développement de projets de liquéfaction en vue de l’exportation par navires, comme le projet GNL Québec.

Le NPD et le Bloc québécois exigent qu’Ottawa mette un terme à l’évaluation environnementale fédérale du projet GNL Québec, qui doit faire l’objet d’un rapport qui sera publié après les élections de lundi prochain. Les groupes écologistes qui se sont opposés à la construction de l’usine gazière au Saguenay estiment eux aussi qu’il « complètement absurde » de poursuivre l’examen du projet, après son rejet par le gouvernement du Québec.

Le Devoir révélait lundi que les promoteurs de GNL Québec ont demandé la poursuite de l’évaluation environnementale menée par l’Agence d’évaluation d’impact du Canada (AEIC), comme le permettent les règles en vigueur.

Cela signifie que l’organisme continuera son analyse du projet, et ce, malgré le fait que le gouvernement du Québec a décidé d’en bloquer la réalisation. Un « rapport préliminaire » contenant notamment des « conditions potentielles » pour la construction de l’usine de liquéfaction et du terminal maritime sera donc publié au cours des prochaines semaines, a précisé l’AEIC. Ce rapport sera soumis à une période de 30 jours de consultations publiques.

Réagissant en matinée lundi, le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, a réaffirmé que la porte était définitivement fermée à Québec pour ce projet d’abord défendu par plusieurs ministres du gouvernement Legault. « Le promoteur peut bien souhaiter que le fédéral poursuive son évaluation, mais le projet ne verra pas le jour étant donné qu’il ne respecte pas les exigences environnementales québécoises. Nous réitérons de plus la nécessité d’avoir une seule évaluation environnementale par projet », a-t-il écrit sur Twitter.

Le Bloc québécois a d’ailleurs pressé Ottawa de mettre un terme à l’évaluation menée sous l’égide de l’AEIC. « Le gouvernement québécois a fait une croix sur ce projet. Nous invitons les libéraux à mettre un terme à cette étude et concentrer leurs efforts sur des projets porteurs d’avenir pour le développement du Saguenay-Lac-Saint-Jean, tel que notre plan de mise en valeur de la forêt », a fait valoir la porte-parole du Bloc en matière d’environnement, Monique Pauzé. « Le développement économique régional peut rimer avec l’acceptabilité sociale. »

Du côté du NPD, on estime aussi que l’évaluation du projet doit cesser. « Le NPD a été clair, on est contre GNL Québec et nous mettrons fin à l’évaluation environnementale », a fait valoir le chef adjoint du parti, Alexandre Boulerice.

Au moment de publier ce texte en début de soirée, lundi, le Parti libéral du Canada et le Parti conservateur du Canada n’avaient pas répondu à nos questions envoyées en matinée.

GNL Québec compte toujours trois lobbyistes actifs inscrits au registre québécois. Le site du registre indique que la déclaration a été modifiée le 13 août dernier, avec le retrait de deux lobbyistes. Gazoduq compte pour sa part cinq lobbyistes actifs et la déclaration a également été modifiée en août, avec le retrait de deux lobbyistes.

« Manque de respect »

Pour les groupes écologistes qui ont fait campagne contre la réalisation du projet GNL Québec, la décision de poursuivre l’évaluation fédérale « est un grave manque de respect envers une décision du gouvernement du Québec dûment appuyée par une analyse environnementale rigoureuse ».

Par voie de communiqué, les groupes jugent aussi que l’idée de continuer les démarches « est complètement absurde et constitue un gaspillage de temps et de fonds publics qui devraient plutôt être investis dans la transition énergétique, loin des énergies fossiles, et aider les travailleurs et travailleuses à transiter vers des emplois non polluants ».

Directrice des politiques domestiques pour le Réseau action climat Canada, Caroline Brouillette a profité de l’occasion lundi pour demander de nouveau le rejet de « tous les projets d’énergies fossiles nouveaux et proposés qui passent actuellement par le système d’évaluation fédéral ». Le projet GNL Québec en fait partie, a-t-elle souligné.

Mme Brouillette a rappelé que l’Agence internationale de l’énergie a déjà plaidé, plus tôt cette année, pour la fin des nouveaux projets d’exploitation de pétrole, de gaz naturel et de charbon.

GES et navires exclus

Si l’humanité veut se donner une chance de limiter le réchauffement climatique, la vaste majorité des combustibles fossiles inexploités doivent demeurer dans le sol, conclut par ailleurs une étude publiée la semaine dernière dans la revue Nature. L’étude devrait ainsi mettre une croix sur les projets d’exploitation de pétrole et de gaz « non conventionnels » doivent être mis de côté. Or, la production gazière croissante du Canada est rendue possible grâce à l’exploitation par fracturation. C’est ce type de gaz qui justifie le développement de projets de liquéfaction en vue de l’exportation par navires, comme le projet GNL Québec.

Or, le projet Énergie Saguenay est évalué en vertu de la Loi canadienne sur l’évaluation environnementale révisée par les conservateurs de Stephen Harper en 2012 (LCEE 2012). Les lignes directrices transmises au promoteur pour la préparation de son étude d’impact stipulaient donc que les émissions de gaz à effet de serre (GES) produites « en amont », principalement lors de l’exploitation du gaz naturel, « ne sont pas considérées comme faisant partie du projet aux fins de l’évaluation environnementale ».

« Par conséquent, le ministre [de l’Environnement] ne prendra pas de décision en vertu de la LCEE 2012 pour établir si […] ces émissions de gaz à effet de serre produites en amont sont susceptibles d’entraîner des effets environnementaux négatifs importants, et ces activités ne seront pas assujetties aux conditions imposées au promoteur par une déclaration de décision autorisant l’exécution du projet », précisent les lignes directrices.

Cela signifie que le futur ministre fédéral de l’Environnement ne pourra pas tenir compte, dans sa décision d’autoriser ou non le projet, des quelque sept millions de tonnes de GES imputables chaque année à l’extraction et au transport du gaz albertain, exploité essentiellement par fracturation. L’exportation maritime, par méthaniers, n’est pas non plus considéré « comme faisant partie du projet aux fins de l’évaluation environnementale » puisqu’elle « échappe à la responsabilité et au contrôle de GNL Québec ». L’AEIC a toutefois promis que celle-ci sera prise en compte dans « l’évaluation des effets environnementaux cumulatifs ».

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