Retrait autorisé des obus du lac Saint-Pierre

Pas moins de 500 000 projectiles ont été tirés dans le lac Saint-Pierre entre 1952 et 1999.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Pas moins de 500 000 projectiles ont été tirés dans le lac Saint-Pierre entre 1952 et 1999.

Le gouvernement Legault vient d’autoriser le ministère de la Défense nationale à lancer un ambitieux projet qui doit permettre de retirer environ 15 000 obus du fond du lac Saint-Pierre, où plus de 500 000 projectiles ont été tirés au fil des décennies. Cette opération délicate ne permettra toutefois pas de retirer l’ensemble des « munitions explosives non explosées » de ce lac à l’écosystème fragile et reconnu comme une « réserve de la biosphère » par l’UNESCO.

Par voie de décret publié mercredi, le gouvernement du Québec a autorisé le ministère de la Défense nationale (MDN) à lancer les travaux « d’atténuation du risque à la sécurité publique lié aux munitions explosives non explosées au lac Saint-Pierre ». Il faut dire que selon une « analyse » réalisée par le MDN, la présence de milliers de projectiles dans le lac, dont certains de fort calibre, représente « un risque réel et significatif d’accident potentiellement mortel ».

Afin de tester le « fonctionnement » de ses projectiles, la Défense nationale en a tiré pas moins de 500 000 dans le lac Saint-Pierre entre 1952 et 1999. On estime que plus de 300 000 de ces projectiles se trouveraient toujours au fond de ce plan d’eau situé sur le cours du fleuve Saint-Laurent, entre Sorel-Tracy et Trois-Rivières. De ce nombre, « environ » 7880 seraient des munitions explosives non explosées (UXO).

Le retrait complet de tous les projectiles serait toutefois impossible, selon ce qui se dégage de l’étude d’impact qui a été produite par le MDN. Les obus sont dispersés sur un territoire de plus de 160 km2 et les coûts pour retirer l’ensemble des projectiles ont été estimés, en 2019, à plus de 100 millions de dollars.

La Défense nationale a donc identifié une « zone prioritaire d’intervention » (ZPI) qui fera l’objet de travaux prévus pour durer près de 10 ans, à raison de 70 jours par année, de juin à octobre. À l’intérieur de cette zone, le niveau de risque est jugé « élevé » pour les citoyens qui fréquentent le cours d’eau, en raison de la forte densité de projectiles. Ce secteur peu profond (deux mètres ou moins) représente à peine 3 % de l’ancienne zone de tir, mais il contient 40 % des UXO répertoriées.

L’objectif est donc de réduire le risque à la sécurité publique dans cette ZPI de « élevé » à « faible », et ce, « en retirant les UXO qui y sont présentes dans les 30 premiers centimètres » de sédiments. Selon le MDN, on prévoit retirer 2400 « anomalies » chaque année, soit un peu plus de 21 000 pour la durée du projet. De ce nombre, on compterait 14 373 projectiles, dont un peu plus de 9000 sont des obus de forts calibres, soit 155 mm et 105 mm. À titre d’exemple, la Défense nationale estime qu’elle devra retirer 5749 obus de 155 mm et chaque obus peut contenir près de sept kilos d’explosif. Au bout du compte, on évalue cependant que seulement 2739 projectiles de la ZPI seront des munitions explosives non exposées.

Explosion sur place

La manipulation de ces obus, dont certains sont au fond de l’eau depuis plusieurs décennies, représente un risque bien réel. En plus des projectiles qui seront transportés sur la terre ferme pour être détruits, le ministère prévoit donc qu’au moins 1148 projectiles situés dans la ZPI devront être détruits sur place, en raison des risques que représenterait leur transport. De ce nombre, un peu plus de 700 sont d’un calibre de 155 mm ou 105 mm.

Ces opérations pourraient par ailleurs représenter des risques pour la faune du lac Saint-Pierre, un écosystème riche qui est reconnu comme une « réserve de la biosphère » par l’UNESCO. Selon l’étude d’impact présentée par le MDN, les travaux prévus pour la prochaine décennie seront menés dans des secteurs qui constituent des refuges d’oiseaux migrateurs, des habitats fauniques ou encore des aires de concentration d’oiseaux aquatiques. Plusieurs dizaines d’espèces d’oiseaux et de poissons utilisent cet habitat, dont plusieurs sont menacées ou vulnérables.

La Défense nationale estime toutefois que, règle générale, les opérations auront peu d’impacts sur la faune, la flore et la qualité de l’eau. Différentes mesures sont néanmoins prévues, surtout lorsque les projectiles devront être détruits sur place, dont des périmètres de sécurité pour éviter la présence de plaisanciers à proximité.

Dans le décret publié mercredi, le gouvernement Legault précise en outre que le MDN devra « compenser pour l’atteinte aux milieux humides et hydriques occasionnée par les travaux annuels de détonation » dans le lac Saint-Pierre. On demande aussi un « bilan » des pertes de milieux humides et hydriques. « Afin de compenser les pertes sur le littoral, une contribution financière sera exigée au ministère de la Défense nationale », précise le décret.

La directrice générale du Comité de la zone d’intervention prioritaire du lac Saint-Pierre, Louise Corriveau, a salué mercredi la décision du gouvernement Legault. « C’est une bonne idée, parce qu’actuellement, près de 40 % du lac n’est pas accessible aux plaisanciers et aux pêcheurs. Il y a de la signalisation installée par la Défense nationale, en raison des risques. On est donc heureux de voir qu’on pourra redonner l’accès aux utilisateurs », a-t-elle expliqué.

Le ministère de la Défense n’a pas précisé mercredi au Devoir quand doivent débuter les travaux.

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