La recharge des véhicules électriques dans la joute électorale

Une voiture électrique en train de se recharger à une borne à Montréal.
Valérian Mazataud Le Devoir Une voiture électrique en train de se recharger à une borne à Montréal.

Où brancher son auto électrique quand on habite dans un immeuble de logements ou qu’on doit se garer de nuit dans la rue ? Cela turlupine bien des automobilistes en ville et en banlieue. Des spécialistes pensent que le plan d’électrification de la mairesse montréalaise, Valérie Plante, pourrait transformer ce dossier en un enjeu des élections municipales de novembre prochain.

Dans l’ombre d’une campagne électorale fédérale qui accaparera toute l’attention jusqu’à la fin de septembre se tient une campagne municipale plus tranquille. La publication en début de semaine par la mairesse Valérie Plante d’un plan stratégique d’électrification de 885 millions de dollars qui regroupe une série de mesures déjà annoncées par la Ville de Montréal pourrait ramener pour un certain temps les projecteurs sur l’actualité municipale.

Pour la première fois, la Ville dit qu’elle souhaite légiférer pour imposer aux nouveaux immeubles de logements l’obligation d’inclure l’infrastructure nécessaire pour que leurs occupants puissent installer des bornes de recharge pour véhicules électriques. En vertu du Code du bâtiment révisé par la Régie du bâtiment du Québec en 2018, seuls les immeubles neufs comptant quatre logements ou moins sont tenus de le faire à l’heure actuelle.

La Régie ne reverra pas son code avant quelques années encore, mais elle a déjà indiqué qu’elle conseillerait les municipalités intéressées sur la meilleure approche pour adopter une réglementation similaire à celle proposée par la mairesse montréalaise.

« C’est aux municipalités de faire avancer ce dossier », explique David Corbeil, p.-d.g. et cofondateur de la société RVE à Laval. La PME conçoit entre autres des systèmes simplifiant l’installation de bornes de recharge pour véhicules électriques dans des copropriétés et des immeubles de logements. M. Corbeil pense que l’annonce de Valérie Plante pourrait avoir un effet d’entraînement ailleurs au Québec.

« Avec Montréal qui promet de s’y attaquer, cela va influencer d’autres municipalités ailleurs au Québec. L’infrastructure de recharge pourrait devenir un enjeu dans les élections municipales de l’automne, puisque c’est une promesse “payante” à faire, étant donné que sa mise en place ne coûte en principe rien aux citoyens. »

M. Corbeil, dont l’entreprise fait des affaires ailleurs au pays, dit avoir constaté un tel effet d’entraînement en Colombie-Britannique après que la Ville de Vancouver a décidé d’imposer l’inclusion d’une infrastructure de recharge dans ses nouveaux immeubles multiplex. Tout près d’une dizaine d’autres municipalités environnantes lui ont emboîté le pas par la suite.

« Le plan montréalais a pris 18 mois à être produit. D’autres villes à proximité, comme Brossard ou Longueuil, en connaissaient déjà les détails et pourraient proposer d’encadrer de façon similaire la recharge dans les futurs immeubles multilogements », prédit M. Corbeil.

Branchement difficile

Au Québec, le parc de véhicules électriques double tous les 12 à 18 mois. À l’heure actuelle, la plupart des acheteurs qui en possèdent un vivent dans une demeure avec une entrée privée ou un garage où il est facile de se brancher. Les gens vivant en copropriété ou en appartement, et qui se garent dans un stationnement partagé ou carrément dans la rue, sont dans une situation plus compliquée.

[L’infrastructure de recharge], c’est une promesse “payante” à faire, étant donné que sa mise en place ne coûte en principe rien aux citoyens

Québec mise sur une électrification à peu près complète du parc automobile d’ici une quinzaine d’années. Les propriétaires d’immeubles de logements multiples et les municipalités devront trouver un moyen d’assurer à leurs résidents qu’ils peuvent se brancher à peu de frais près de là où ils demeurent. Les organismes faisant la promotion de l’électrification des transports, y compris Hydro-Québec, ont d’ailleurs commencé ces derniers mois à proposer des guides et des recommandations aux gens souhaitant installer des bornes de recharge dans leur immeuble ou dans un stationnement partagé.

Le problème n’est pas toujours technique : souvent, des copropriétaires s’inquiètent à tort ou à raison de devoir assumer les coûts d’installation d’une borne qu’eux n’utiliseront pas nécessairement. Une politique favorisant l’installation de bornes dans les nouveaux immeubles devrait contribuer à minimiser ces inquiétudes.

Pour les entreprises spécialisées dans l’infrastructure de recharge, c’est aussi une occasion à saisir, conclut David Corbeil. « Pour nous, même si nous n’installons pas de bornes en tant que tel, le potentiel d’une telle politique est colossal. »

 

À voir en vidéo