Un nouveau projet de GNL dans l’ouest canadien

Le nouveau projet d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) serait plus imposant que le défunt projet GNL Québec.
WOODSIDE ENERGY LTD / AFP Le nouveau projet d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) serait plus imposant que le défunt projet GNL Québec.

Au lendemain de la publication d’un rapport très sévère du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat, le gouvernement fédéral a lancé mardi l’évaluation environnementale d’un nouveau projet d’usine de liquéfaction et de terminal d’exportation de gaz naturel. Les promoteurs de ce complexe industriel, qui serait plus imposant que GNL Québec, font valoir des arguments similaires à ceux mis de l’avant pour le défunt projet du Saguenay.

L’Agence d’évaluation d’impact du Canada (AEIC) a annoncé la première étape du processus d’évaluation du projet de liquéfaction de gaz naturel et de terminal maritime « Ksi Lisims LNG », qui serait situé dans le nord de la Colombie-Britannique. Des consultations publiques doivent ainsi avoir lieu jusqu’à la fin du mois de septembre, afin de préciser les informations qui seront exigées dans le cadre de l’étude d’impact du projet.

Pour le moment, seule une « description initiale » du projet a été rendue publique. Le document précise que les promoteurs de ce nouveau projet gazier souhaitent construire une usine de liquéfaction flottante dans une région de la province située au nord de Prince Rupert.

Celle-ci produirait chaque année 12 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL), et ce, pendant « au moins 30 ans ». Puisque la mise en service est actuellement prévue pour 2028, cela signifie que la production pourrait se poursuivre au moins jusqu’en 2058, voire au-delà.

Le complexe industriel, qui pourrait traiter près de 700 milliards de pieds cubes de gaz par année, serait plus imposant que le projet GNL Québec, rejeté par le gouvernement Legault, et qui prévoyait de produire 11 millions de tonnes de GNL par année.

Usine « carboneutre »

À l’instar du projet GNL Québec, les promoteurs affirment que la production et l’exportation de gaz naturel serait « carboneutre », principalement parce que le complexe industriel serait alimenté par de l’hydroélectricité produite en Colombie-Britannique. Qui plus est, ils estiment eux aussi que leur projet gazier permettra de réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre, puisque le GNL exporté remplacerait des énergies plus polluantes, comme le charbon, toujours très utilisé en Asie.

La Nation autochtone Nisga’a, de la Colombie-Britannique, s’est associée à Rockies LNG LP, qui regroupe des producteurs gaziers de la province, mais aussi de l’Alberta, pour développer ce projet de 10 milliards de dollars. Les producteurs de gaz sont tous actifs dans des régions où l’exploitation gazière repose de plus en plus sur la fracturation hydraulique.

Pour la construction du complexe de liquéfaction, incluant une usine flottante, les entreprises et la Nation autochtone Nisga’a travaillent en partenariat avec une entreprise gazière du Texas, Western LNG. Les entreprises TC Energy et Enbridge sont aussi évoquées comme partenaires du projet, en ce qui a trait au transport du gaz naturel par gazoduc.

Pour la présidente la Nation Nisga’a, Eva Clayton, il s’agit d’un projet économique important qui découle de près d’une décennie de travail pour attirer des investisseurs. Pour la présidente de Rockies LNG LP, Charlotte Raggett, le projet devrait permettrait d’accéder à de nouveaux marchés. Le président et chef de la direction de Western LNG, Davis Thames, estime pour sa part que ce projet s’inscrit dans la « transition énergétique », puisque l’usine serait alimentée avec de l’hydroélectricité.

LNG Canada

Un autre projet, plus imposant que « Ksi Lisims LNG », est en cours de construction en Colombie-Britannique. Ce projet « LNG Canada », évalué à 40 milliards de dollars, est détenu par des multinationales du secteur des énergies fossiles, dont Shell, Petronas et PetroChina. Le gouvernement Trudeau lui a accordé, en 2019, 275 millions de dollars de fonds publics.

Le premier ministre Justin Trudeau a déjà dit que le complexe gazier LNG Canada « fera beaucoup pour l’environnement », puisqu’il contribuerait à la réduction de la consommation de charbon en Asie. « C’est un vote de confiance envers un pays qui reconnaît la nécessité de développer ses ressources énergétiques tout en tenant compte de l’environnement, et qui travaille avec les communautés autochtones dans le cadre d’un véritable partenariat », avait en outre affirmé le premier ministre, au moment où LNG Canada avait confirmé son intention de réaliser le projet, en octobre 2018.

Ce projet de mise en marché de gaz naturel permettra d’exporter environ 20 % de toute la production de gaz du Canada (quatrième producteur mondial), selon les données du gouvernement fédéral. Il est question d’exporter chaque année 26 millions de tonnes gaz naturel liquéfié, soit plus du double du défunt projet GNL Québec.

Selon une analyse produite par l’Institut Pembina, LNG Canada, conçu pour exporter pendant au moins 30 ans une production gazière issue principalement de la fracturation, doit générer chaque année 8,6 millions de tonnes de gaz à effet de serre en territoire canadien. Le complexe gazier sera alimenté par le gazoduc Coastal Gaslink, qui avait provoqué la crise nationale des blocages ferroviaires au début de 2020. Exportation et développement Canada a accordé un prêt pouvant atteindre 500 millions de dollars à la multinationale TC Energy pour l’aider à financer la construction de ce gazoduc.

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