Les principes du sans-trace pour rendre les sorties en plein air plus éthiques

Charles-Édouard Carrier
Collaboration spéciale
Selon les principes du sans-trace, dans les zones sauvages, il vaut mieux se disperser afin d’éviter de créer de nouveaux emplacements de camping.
Photo: Arnaud Camel Selon les principes du sans-trace, dans les zones sauvages, il vaut mieux se disperser afin d’éviter de créer de nouveaux emplacements de camping.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Si l’on mesure encore à peine les effets des grands bouleversements climatiques sur les milieux, il est possible à échelle humaine d’agir et de contribuer à la préservation des lieux où l’on pratique des activités extérieures. Pour limiter son influence sur l’environnement et pour une pratique éthique du plein air, on s’inspire des sept grands principes du concept Sans trace.

Faire mieux pour l’environnement

« Nous avons tous une responsabilité face à nos milieux et à l’environnement », prévient Danielle Landry, fondatrice de Ville en forêt, fournisseur autorisé pour le programme Sans trace Canada au Québec et qui est aussi maître instructrice sans trace, un concept qui facilite et démocratise la pratique éthique du plein air.

Pour la spécialiste, c’est une combinaison de facteurs qui expliquent l’intérêt que l’on porte aujourd’hui à cette philosophie soutenue par la science. « On voit les organisations qui sont soucieuses d’équilibrer la fréquentation et la conservation des milieux naturels. Elles cherchent des moyens qui iront au-delà de ce qui était fait traditionnellement, soit souvent ne mettre qu’une affiche à l’entrée d’un site. Mais ça vient aussi des adeptes de plein air eux-mêmes. En suivant les réseaux sociaux, on voit beaucoup de groupes s’organiser pour pratiquer le plein air et ces mêmes groupes diffusent des messages en lien avec le sans-trace. Il y a une appropriation assez horizontale du message. Ça s’est définitivement répandu dans la communauté. » Elle souligne également l’apport des commerçants, manufacturiers et équipementiers qui eux aussi rappellent, à leur façon, certains grands principes du sans-trace.

L’apport de la science

Il faut préciser qu’il y a tout un fondement scientifique à l’approche Sans trace en plein air. Ce sont d’ailleurs les données scientifiques recueillies par l’organisation Leave No Trace Center for Outdoor Ethics qui ont permis de dégager quelques principes clés. « À travers les interactions qui avaient des effets négatifs sur les composantes de l’environnement, il y avait certaines zones clés sur lesquelles on devait faire de l’éducation », explique-t-elle. Les sols, la flore et les espèces à statut précaire, la faune et la qualité de l’eau se retrouvent ainsi au cœur des principes de Sans trace. À cela se sont ajoutés plus tard la préparation adéquate d’une activité de plein air et le respect des autres visiteurs : « C’est parce qu’on s’est rendu compte de l’interrelation entre le fait d’avoir une expérience de qualité et le désir de protéger le milieu naturel. C’est un moteur de l’action », ajoute Mme Landry.

Des entreprises de plein air éthiques et responsables

Au moment de choisir des activités de plein air à faire en solo, en groupe ou en famille, les adeptes peuvent préférer des entreprises qui adhèrent aux sept principes de Sans trace. C’est le cas de celles qui sont membres d’Aventure Écotourime Québec et adhèrent au programme d’éthique en plein air : « On forme les gestionnaires et les guides, puisque ça passe beaucoup par les équipes sur le terrain pour sensibiliser les gens aux meilleures pratiques et au sans-trace », précise Pierre Gaudreault, directeur général de l’organisation qui compte actuellement quelque 55 entreprises québécoises accréditées Écotourisme et qui soutiennent ainsi le programme d’éthique en plein air.

L’affaire de tous

« La majorité des gens ont un bon comportement, mais une faible proportion a de mauvais comportements qui ont de grands impacts, par insouciance ou par manque de connaissance », remarque M. Gaudreault. Mieux informer et outiller les gens permet d’obtenir des effets concrets et locaux.

« Parce que l’on sait aujourd’hui que les changements climatiques soumettent nos milieux naturels à une grande pression, qu’il y a un déclin de la biodiversité, que les espèces exotiques envahissantes sont en train de causer un problème à la biodiversité ici, au Québec, on ne peut plus continuer comme avant. Les milieux naturels crient au secours », conclut Mme Landry.

Les principes du sans-trace

1. Se préparer et prévoir

• Connaître la réglementation et les particularités du lieu visité.

• Se préparer aux intempéries, aux urgences, etc.

• Planifier ses sorties durant les périodes de faible fréquentation.

• Explorer en petits groupes de 4 à 6 personnes.

• Remballer la nourriture ; réduire au minimum les déchets.

• Utiliser cartes et boussole afin d’éliminer l’utilisation de cairns, de rubans et autres marques de peinture.

2. Utiliser les surfaces durables

• Rechercher les sentiers existants, les dalles rocheuses, le gravier, l’herbe sèche et la neige.

• Protéger les berges des cours d’eau ; camper à plus de 70 mètres des lacs et des rivières.

• Un bon site de camping se trouve, il ne se fabrique pas. Altérer un site n’est pas nécessaire.

Dans les zones fréquentées :

• Utiliser les sentiers et les sites de camping désignés.

• Marcher en file indienne au milieu du sentier, même s’il est boueux ou mouillé.

• Veiller à ne pas étendre son campement. Concentrer son activité là où la végétation est absente.

Dans les zones sauvages :

• Se disperser afin d’éviter de créer de nouveaux emplacements de camping ou sentiers.

• Éviter les endroits ayant subi une altération récente afin de ne pas l’endommager davantage.

3. Gérer adéquatement les déchets

• Remporter ce qui est amené. Inspecter les lieux de halte et de camping ; ne laisser aucun déchet, reste de nourriture ou détritus.

• Déposer les excréments humains dans des trous profonds de 15 à 20 cm creusés à plus de 70 mètres de tout campement, sentier ou source d’eau. Camoufler l’endroit après avoir remblayé le trou.

• Remporter le papier de toilette utilisé et les produits d’hygiène.

• Transporter l’eau souillée de la vaisselle et de son hygiène personnelle à 70 mètres de tout ruisseau ou lac et la répandre sur le sol. Utiliser une quantité minimale de savon biodégradable.

4. Laisser intact ce que l’on trouve

• Préserver notre héritage : ne pas toucher aux objets historiques et culturels, mais les observer.

• Laisser les pierres, plantes et tout objet naturel tels que trouvés.

• Éviter de cueillir et de transporter des plantes.

• Ne pas bâtir de structures ou meubles ni creuser de tranchées.

5. Minimiser les effets des feux

• Les feux de camp ont un effet irrémédiable sur le paysage. Emporter un réchaud de petite taille et opter pour une lanterne à bougie pour s’éclairer.

• Là où les feux sont autorisés, utiliser les emplacements qui ont déjà servi, des tôles à feu ou des remblais de terre.

• Faire des feux de petite taille en utilisant uniquement du bois mort ramassé au sol et pouvant être brisé à la main.

• Réduire tout le bois et les braises en cendres. Éteindre chaque feu complètement et disperser les cendres refroidies.

6. Respecter la vie sauvage

• Observer la faune à distance, sans suivre ou approcher les animaux sauvages.

• Ne jamais donner de nourriture aux animaux sauvages. Cela peut nuire à leur santé, altérer leur comportement, les exposer à des prédateurs et à d’autres dangers.

•Protéger la faune et sa nourriture en déposant ses rations et ses déchets dans un endroit sûr.

• Être maître de ses animaux domestiques ou les laisser à la maison.

• Éviter de déranger la faune durant les périodes sensibles de reproduction, de nidification, lors de la croissance des petits ou encore pendant l’hiver.

7. Respecter les autres usagers

• Être respectueux des autres visiteurs et soucieux de la qualité de leur expérience.

• Être courtois. Laisser le passage aux autres sur le sentier.

•Quitter le sentier et se poster aux abords de celui-ci lors du passage de randonneurs à cheval.

• Faire halte et camper loin de tout sentier et des autres usagers.

• Éviter de parler fort et de faire du bruit ; être attentif aux sons de la nature.

 

Source : Sans trace Canada

 

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