Le Saguenay entre soulagement et déception

En tournant le dos à GNL Québec, le gouvernement Legault prive la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean de milliers d’emplois temporaires durant la phase de construction et de 300 emplois à terme.
Photo: Francis Vachon Le Devoir En tournant le dos à GNL Québec, le gouvernement Legault prive la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean de milliers d’emplois temporaires durant la phase de construction et de 300 emplois à terme.

Peu de gens ont été étonnés à Saguenay par la décision du gouvernement Legault de mettre fin au projet GNL Québec, même si certains entretenaient toujours l’espoir qu’il voie finalement le jour.

« C’est sûr qu’avec la suite des événements des dernières semaines, on pouvait s’attendre à ce genre de décision là », a réagi la mairesse de cette ville, Josée Néron. Les experts du ministère fédéral de l’Environnement avaient récemment conclu que le projet pour l’exportation de gaz naturel liquéfié pourrait nuire aux objectifs climatiques du Canada. Cette analyse s’ajoutait à des conclusions similaires émises en mars par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).

En tournant le dos à GNL Québec, le gouvernement Legault prive la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean de milliers d’emplois temporaires durant la phase de construction et de 300 emplois à terme.

« La décision est décevante pour nous, pour les citoyens de Saguenay, a reconnu Mme Néron. Il s’agissait d’un projet qui aurait permis la création de plusieurs emplois, qui aurait eu des retombées économiques importantes pour la ville, mais également pour l’ensemble du Québec. »

La décision a été difficile à annoncer pour la ministre responsable de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Andrée Laforest, même si la décision a été entérinée à l’unanimité par le conseil des ministres peu de temps avant la conférence de presse mercredi.

« C’est certain que les projets, on les veut le plus possible en respect de l’environnement, alors je comprends très, très, très bien la décision », a-t-elle reconnu.

La ministre et son collègue à l’Environnement, Benoit Charette, ont choisi d’annoncer la nouvelle en conférence de presse à Saguenay au lieu de se contenter de diffuser un communiqué. « C’est par respect pour la région tout simplement, a répondu M. Charette lorsque Le Devoir lui a demandé pourquoi. On sait que l’appui dans la région était somme toute important. Je ne dis pas que le projet faisait l’unanimité, mais plusieurs le soutenaient. »

« Bons emplois »

Dans la rue, l’annonce a suscité soulagement et déception. « Ça me déçoit un petit peu parce que ce sont de bons emplois pour la région », a affirmé Simon Thivierge, un travailleur rencontré dans le stationnement d’une quincaillerie.

« J’aurais aimé ça que ma région ait un projet important parce que ça fait très longtemps, a constaté Jacinthe Couture, professeure retraitée du Conservatoire de musique du Saguenay. On périclite, les gens s’en vont et c’est plaisant d’avoir du dynamisme. »

« J’essaie de me fier à mon gouvernement qui a fait les études et si ç’a été fait correctement, je pense que c’est ça qu’il faut faire parce qu’on voit les feux de forêt qu’il y a présentement… », a-t-elle ajouté.

« Pour l’environnement, je trouve que ça n’a plus sa place, a tranché le retraité Louis Morissette. Les énergies fossiles, je pense qu’il faut passer à autre chose. »

Les ministres Laforest et Charette ont mentionné à plusieurs reprises le projet Élysis d’Alcoa et Rio Tinto pour produire de l’aluminium sans carbone. Or, l’initiative ne mènerait pas à la création d’emplois supplémentaires et pourrait même en supprimer. Le ministre Charette a également évoqué une annonce future pour le transfert d’emplois de fonctionnaires du gouvernement du Québec dans la région comme l’avait promis la Coalition avenir Québec (CAQ) lors de la campagne électorale de 2018.

Pour l’environnement, je trouve que ça n’a plus sa place. Les énergies fossiles, je pense qu’il faut passer à autre chose. 

 

« Les mains vides »

« Le gouvernement va être en dette envers la région, a affirmé le président-directeur général de Promotion Saguenay, Patrick Bérubé. On a d’autres projets qui vont se pointer et on aura besoin que le gouvernement du Québec soit au rendez-vous s’ils veulent assurer une transition économique au Saguenay–Lac-Saint-Jean. »

Les trois partis d’opposition ont salué la décision du gouvernement tout en critiquant le fait qu’il avait peu de choses à proposer pour développer l’économie de la région.

« Là où j’ai un reproche à [faire à] Benoit Charette, c’est qu’il est arrivé les mains vides, a critiqué le député de Jonquière, Sylvain Gaudreault, qui s’opposait au projet GNL Québec depuis 2019. Je suis le premier à parler d’Élysis et d’aluminium vert, mais j’aurais voulu qu’il arrive avec un plan de transition juste. »

L’élu péquiste propose de puiser jusqu’à 1 milliard de dollars annuellement dans le Fonds des générations pour s’assurer que les travailleurs puissent trouver leur place dans une nouvelle économie verte.

« Aujourd’hui, la CAQ de François Legault a simplement rendu la seule décision qui s’imposait et il était temps qu’elle soit prise, a réagi à son tour la députée de Québec solidaire, Ruba Ghazal. On a perdu beaucoup de temps avec un projet polluant comme GNL Québec au lieu de proposer aux citoyens et citoyennes du Saguenay des projets de développement économique verts et justes. »

Photo: Francis Vachon Le Devoir «Là où j’ai un reproche à [faire à] Benoit Charette, c’est qu’il est arrivé les mains vides», a critiqué le député de Jonquière, Sylvain Gaudreault, qui s’opposait au projet GNL Québec depuis 2019.

Les libéraux ont demandé au gouvernement de faire preuve de transparence et de faire connaître l’ensemble des critères qu’il a évalués avant de prendre sa décision.

« Je veux savoir quels sont les critères de ce gouvernement-là face à des projets qui sont plus ou moins verts, a soulevé la députée Isabelle Melançon. Ça, c’est ma première préoccupation et j’ai une autre préoccupation, bien sûr, pour la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean parce que ces gens-là, on leur annonce aujourd’hui que le projet ne verra pas le jour, mais il faut faire d’autres propositions rapidement. »

Seul le Parti conservateur d’Éric Duhaime s’est prononcé en faveur de la construction de l’usine et du terminal maritime de GNL Québec. « Les lobbys montréalais ont gagné. Les travailleurs du Saguenay–Lac-Saint-Jean ont perdu », a-t-il dénoncé dans un communiqué.

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