Le gouvernement Legault rejette GNL Québec

Le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, fera une conférence de presse au Saguenay pour expliquer pourquoi ce projet ne respecte pas les conditions fixées par le gouvernement en matière de lutte contre la crise climatique et d’acceptabilité sociale.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, fera une conférence de presse au Saguenay pour expliquer pourquoi ce projet ne respecte pas les conditions fixées par le gouvernement en matière de lutte contre la crise climatique et d’acceptabilité sociale.

Le gouvernement Legault devrait annoncer ce mercredi qu’il rejette le projet GNL Québec, a appris Le Devoir. Le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, fera d’ailleurs une conférence de presse au Saguenay pour expliquer pourquoi ce projet conçu d’abord pour exporter du gaz naturel albertain ne respecte pas les conditions fixées par le gouvernement en matière de lutte contre la crise climatique et d’acceptabilité sociale.

Le Conseil des ministres du gouvernement Legault doit se réunir mercredi, dans le cadre d’une séance extraordinaire, afin de confirmer la décision finale qui sera prise concernant l’avenir de l’usine de liquéfaction et du terminal maritime que GNL Québec souhaite construire au Saguenay.

Selon les informations obtenues mardi par Le Devoir, cette rencontre serait l’occasion de rejeter officiellement ce projet gazier contrôlé par des actionnaires américains qui pilotent également le projet de gazoduc de 780 kilomètres conçu pour alimenter l’usine Énergie Saguenay.

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En prévision de la décision qui sera rendue par le gouvernement, le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, s’est rendu dès mardi dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Il doit y tenir mercredi une conférence de presse pour expliquer la décision du gouvernement, qui tombe au cœur de la période des vacances estivales. Celle-ci risque de faire réagir dans une région où la population est divisée sur ce mégaprojet industriel en développement depuis plus de cinq ans.

M. Charette doit normalement prendre la parole en compagnie de la ministre Andrée Laforest, qui est responsable de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

À l’instar de plusieurs ministres du gouvernement caquiste, elle s’est déjà portée à la défense du projet en affirmant que celui-ci était « attendu » dans la région, en raison de la création d’emplois. GNL Québec nécessiterait des investissements de 14 milliards de dollars, en incluant le gazoduc.

Le cabinet du ministre Benoit Charette n’a pas répondu mardi aux questions du Devoir.

Conditions de Québec

Le ministre Charette avait fixé plus tôt cette année « trois conditions » que GNL Québec devait respecter pour que le plus gros projet industriel privé de l’histoire du Québec puisse recevoir le feu vert du gouvernement. Les promoteurs devaient ainsi démontrer « l’acceptabilité sociale » du projet, mais aussi son rôle dans le contexte de la « transition énergétique » et sa capacité à générer une « diminution » des émissions de gaz à effet de serre « à l’échelle mondiale ».

Un rapport produit par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) concluait toutefois que le projet de liquéfaction et d’exportation de gaz naturel entraînerait un « ajout net » d’émissions de gaz à effet de serre (GES). Uniquement en sol canadien, celles-ci atteindraient près de huit millions de tonnes par année, soit l’équivalent d’un ajout de 3,3 millions de véhicules sur les routes du pays.

Le BAPE a aussi réfuté l’idée que ce gaz, exploité « presque exclusivement » par fracturation, contribuerait à la « transition énergétique » nécessaire pour lutter contre la crise climatique. Le rapport souligne plutôt que GNL Québec « pourrait constituer un frein à la transition énergétique sur les marchés visés par le projet ».

8 millions
C’est le nombre de tonnes approximatif de gaz à effet de serre qui seraient générées, chaque année, par le projet GNL Québec, selon le BAPE, soit l’équivalent d’un ajout de 3,3 millions de véhicules sur les routes du pays.

Le BAPE a par ailleurs fait valoir qu’en matière d’acceptabilité sociale, « la somme des risques afférents au projet dépasse celle de ses avantages ». Et peu importe la décision qui sera prise sur le projet, « le clivage sociétal observé risque de perdurer ». En plus de créer de la division dans la région, GNL Québec a suscité une vive opposition des groupes environnementaux, de scientifiques et des trois partis d’opposition à l’Assemblée nationale. Le projet représenterait aussi un risque pour la survie et le rétablissement des bélugas du Saint-Laurent, selon le BAPE et les experts fédéraux.

Contacté par Le Devoir, le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault, n’a pas voulu spéculer sur la décision qui sera rendue mercredi par le gouvernement. « J’espère que ce sera un non à GNL Québec, mais aussi que le gouvernement proposera un plan de transition juste pour la région, avec le développement d’une économie verte. Le Saguenay–Lac-Saint-Jean a tout ce qu’il faut dans ce domaine », a-t-il fait valoir.

GNL Québec confiant

GNL Québec n’a pas souhaité réagir avant d’obtenir les détails de la décision du gouvernement Legault. « Il s’agit d’une information que nous ne sommes pas en mesure de confirmer ou d’infirmer », a indiqué l’entreprise, par courriel.

Dans le cadre d’une entrevue accordée mardi au Devoir, mais qui avait été planifiée quelques jours auparavant, le président de GNL Québec, Tony Le Verger, se disait confiant pour la suite des choses. « Après des années de travaux au niveau du processus réglementaire, on attend une décision positive du gouvernement par rapport au projet », a-t-il fait valoir. Selon lui, l’entreprise a su répondre aux questions du gouvernement au sujet des questions climatiques et d’acceptabilité sociale du projet.

M. Le Verger a également affirmé que le projet reçoit des appuis « très positifs », tout en admettant une certaine opposition. « Il est clair qu’il y aura toujours de l’opposition pour ce type de projet, comme pour tout autre type de projet de développement industriel. Je crois que c’est la réalité des choses maintenant. C’est à nous de composer avec ça et de s’assurer qu’on puisse répondre le plus diligemment et de façon transparente aux différentes personnes et à leurs inquiétudes », a-t-il fait valoir.

Président de GNL Québec depuis novembre 2020, Tony Le Verger ne se formalise pas des mauvaises nouvelles des derniers mois, jugeant que cela fait partie du processus « normal » du développement d’un tel projet.

À l’hiver 2020, le fonds Berkshire Hathaway, propriété du milliardaire américain Warren Buffett, s’est désisté du projet, alors qu’il était question qu’il y investisse plus de quatre milliards de dollars. Par la suite, GNL Québec et Gazoduq (qui pilote le projet de gazoduc) ont dû procéder à des mises à pied. Le président de GNL Québec, Pat Fiore, a également quitté son poste.

Investissement Québec a en outre fait valoir en juin qu’il n’y aurait pas d’investissement dans ce projet. Stéphanie Fortin, qui était « directrice principale, affaires publiques et relation avec les communautés » depuis près de trois ans, a aussi quitté son poste en juin. GNL Québec a finalement rompu récemment ses liens avec la banque française Société Générale, conseillère financière de l’entreprise depuis 2019.

Avec Marco Bélair-Cirino



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