Bientôt davantage de glyphosate dans vos assiettes?

Encore plus de pesticides dans vos assiettes ? C’est ce qui pourrait bientôt arriver. L’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) de Santé Canada veut modifier les restrictions d’usage du glyphosate, un herbicide aux effets contestés. Le grand public a jusqu’à mardi pour donner son avis.

Les denrées concernées sont l’avoine, le son, les lentilles, les pois, les noix et les haricots secs. Pour contrôler le taux de pesticides dans les aliments, les agriculteurs doivent respecter les quantités, ou limites maximales de résidus (LMR) imposées. Avec la proposition de l’ARLA, certaines LMR vont doubler, voire tripler. Le taux de glyphosate dans les haricots secs augmentera de 375 %. Pour le gruau, les flocons et le son d’avoine, le taux passera de 15 parties par million (ppm), l’unité de mesure des LMR, à 35 ppm. Les LMR du son et du germe de blé, actuellement à 5 ppm, seront fixées à 15 ppm.

Les consommateurs les plus touchés seront « les végétariens et végétaliens, qui gagnent des protéines à partir de légumineuses et de noix ; les enfants canadiens » qui consomment des produits céréaliers avec un taux de glyphosate « déjà alarmant », prévenait la semaine dernière l’Association pour le commerce biologique du Canada (COTA) dans un communiqué. Sans oublier les consommateurs biologiques, qui « veulent éviter les pesticides ». Parce que oui, même les aliments issus de la culture biologique, où le glyphosate est interdit, peuvent être contaminés.

« Certains acheteurs [de produits biologiques] s’assurent que tous les produits sont testés. Des agriculteurs se sont vu refuser des ventes à cause de traces de glyphosate sur leurs produits, traités par des pulvérisations indirectes ou de l’eau de pluie contaminée », déplorait il y a quelques jours l’Union nationale des fermiers dans un communiqué. Avec les nouvelles LMR, cette contamination croisée ne pourra qu’augmenter, selon la COTA.

Champ libre pour le glyphosate

Ingrédient clé du Roundup, produit de Monsanto, le glyphosate est un herbicide non sélectif : il tue toutes les plantes. Certains agriculteurs, pas forcément certifiés biologiques, refusent de l’utiliser. Mais cet herbicide reste populaire, car il facilite leur travail. Plusieurs l’utilisent pour lutter contre les mauvaises herbes. Avant la récolte de produits céréaliers, les champs sont traités avec du Roundup. Les plantes alors desséchées sont récoltées plus facilement par la moissonneuse-batteuse. C’est dans ces aliments qu’on trouve le plus de glyphosate, puisqu’ils sont traités juste avant la récolte, explique au Devoir Thibault Rehn, de Vigilance OGM.

Accélérant la moisson et uniformisant les récoltes, le glyphosate est utilisé partout : blé, lentilles, avoine, haricots secs ; il se retrouve donc souvent dans notre assiette.

Pourtant, les effets qu’il pourrait avoir sur la santé des consommateurs sont encore flous. Classé en 2015 comme « cancérigène probable » par le Centre international de recherche sur le cancer, une agence de l’Organisation mondiale de la santé, il est interdit en Italie et en Allemagne.

Santé Canada est d’un autre avis. En 2017, l’herbicide a été homologué jusqu’en 2032, puisqu’on a jugé qu’il ne présentait « probablement pas de risque pour le cancer humain ». Deux chercheuses de l’Université du Québec à Montréal ont critiqué cette décision, indiquant qu’elle s’appuyait majoritairement sur des recherches privées financées par l’industrie.

Contactée dimanche par Le Devoir, Santé Canada n’était pas en mesure de répondre à nos questions.

Un herbicide controversé

M. Rehn estime que « Santé Canada ne remplit pas sa mission première, qui est de protéger la santé des citoyens. Au lieu d’essayer de diminuer l’utilisation de pesticides, donc de réduire les impacts sur notre santé et notre environnement, Santé Canada augmente les LMR pour dire qu’il n’y a pas de problème, et ça, c’est très problématique ».

Il ajoute que le glyphosate représente moins de la moitié des ingrédients du Roundup. « On y trouve des métaux lourds, de l’arsenic, et les agriculteurs n’utilisent pas qu’un seul pesticide. C’est une soupe de produits chimiques qui vont avoir un impact sur notre santé et celle des agriculteurs ». Mesurant la « dangerosité d’un mélange en étudiant une seule molécule, [Santé Canada] sous-estime les impacts potentiels ».

« Les agriculteurs sont les premières victimes », selon Thibault Rehn. Atteints de parkinson ou de lymphomes non hodgkiniens, certains sont persuadés d’avoir été intoxiqués par les pesticides.

L’Union nationale des fermiers craint que les agriculteurs doivent faire face à un autre obstacle. Avec ces augmentations, les taux de glyphosate dans les produits céréaliers canadiens, à l’exception du son d’orge et de blé, de l’orge perlé et du germe de blé, seraient supérieurs à ceux approuvés par les États-Unis et le CODEX, un organisme sous l’égide des Nations unies qui fixe des normes alimentaires internationales.

Les normes de LMR s’appliquent uniquement aux produits locaux et importés. Pour l’exportation, il faudra toujours se plier aux règles du pays qui achète. Le Canada pourrait ainsi se mettre à l’écart du marché mondial.

Le grand public peut transmettre son avis sur la question en ligne, par courriel ou par téléphone jusqu'au 20 juillet.


Des précisions ont été apportées à ce texte concernant le son et le germe de blé.

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