Visite exceptionnelle d’un oiseau d’Asie… en Gaspésie

Le pygargue empereur, aussi connu sous le nom d’aigle de Steller.
Photo: Wildest Moods - A.Etcheverry Le pygargue empereur, aussi connu sous le nom d’aigle de Steller.

Si vous passez vos vacances en Gaspésie cet été, il est possible que vous ayez la chance d’observer un oiseau imposant qui se trouve à plusieurs milliers de kilomètres de son habitat naturel : le pygargue empereur, aussi connu sous le nom d’aigle de Steller. Ce rapace voyageur et solitaire venu d’Asie, qui n’avait jamais été vu auparavant au Canada, a été photographié à quelques reprises au cours des derniers jours dans le secteur de Gaspé.

« Je n’aurais jamais imaginé pouvoir observer cette espèce au Québec. Parfois, on peut prédire que certaines espèces d’oiseaux pourraient être observées ici, mais ce cas-là est déroutant. Si une personne m’avait dit qu’elle a observé un pygargue empereur, mais sans avoir de photo pour le prouver, j’aurais pensé que cette personne a eu une hallucination », explique Samuel Denault, un biologiste spécialiste de la faune aviaire qui a déjà observé environ 900 espèces d’oiseaux, dont 401 uniquement au Québec.

Ornithologue chevronné, il a fait la route de Montréal à Gaspé pour tenter d’apercevoir cet oiseau, un pari qui a été payant. « Je savais qu’en allant en Gaspésie, ce serait la seule chance de ma vie de voir un pygargue empereur. Même dans son aire de répartition normale, ce serait difficile de l’observer. C’est une espèce pour laquelle il existait quelques mentions dans les îles Aléoutiennes, dans le sud-ouest de l’Alaska. Mais pour ceux qui se rendent dans les Aléoutiennes, ce serait déjà un Saint Graal. Et là, il a été observé à la pointe de la Gaspésie », laisse-t-il tomber.

C’est un oiseau qui a vraiment une propension à voyager et rien ne semble l’arrêter. Est-ce qu’il va aller vers le golfe du Saint-Laurent ? On ne sait pas. Il a la capacité de voler au-dessus de l’eau, donc ce serait possible. Mais il pourrait aussi aller ailleurs, par exemple vers la Nouvelle-Écosse, Anticosti ou alors la Côte-Nord.

Samuel Denault a d’ailleurs fait comme de nombreux passionnés partis de diverses régions du Québec et de l’Ontario pour se rendre le plus rapidement possible à la pointe de la Gaspésie. « Ç’a créé un émoi chez les ornithologues. Si la frontière avec les États-Unis n’avait pas été fermée, plusieurs ornithologues américains auraient fait le voyage », dit-il.

L’oiseau en question, un pygargue empereur, est un imposant rapace dont l’envergure des ailes peut atteindre 2,5 m, pour un poids de près de 8 kg. Il se dispute d’ailleurs la place du plus gros rapace au monde avec la harpie féroce. « Un tel oiseau ne passe pas inaperçu. Il s’est posé à la cime d’un arbre et on voyait bien qu’il est assez gros. On a pu l’observer pendant deux heures. Même des pygargues à tête blanche sont venus le houspiller. C’était exceptionnel », raconte le photographe Pierre Etcheverry, qui a pris la photo qui accompagne le texte du Devoir.

Loin de chez lui

En plus d’être plus gros que les pygargues à tête blanche qu’on peut observer au Québec, cet oiseau de proie se trouve surtout à plusieurs milliers de kilomètres de son habitat normal. Celui-ci se situe dans le nord-est de l’Asie, notamment en Russie, dans la péninsule du Kamtchatka, mais aussi dans le nord de la Chine.

Ce rapace menacé, dont la population mondiale avoisine tout au plus les 5000 individus, se nourrit principalement de saumon. C’est ce qui pourrait expliquer sa présence le long de la rivière York, en Gaspésie, au cours des derniers jours. Il avait été vu pour la première fois au Canada à la fin juin dans le secteur de la rivière Restigouche, au Nouveau-Brunswick. Plus étonnant encore, ce même pygargue aurait été vu il y a de cela quelques mois en Alaska, mais aussi au printemps dernier dans l’État américain du Texas. Des photographies ont permis de déterminer qu’il s’agissait bien du même individu, précise Samuel Denault.

Est-ce que ce pygargue adulte et en bonne santé pourrait demeurer au Québec à long terme ? Samuel Denault en doute. « C’est un oiseau qui a vraiment une propension à voyager et rien ne semble l’arrêter. Est-ce qu’il va aller vers le golfe du Saint-Laurent ? On ne sait pas. Il a la capacité de voler au-dessus de l’eau, donc ce serait possible. Mais il pourrait aussi aller ailleurs, par exemple vers la Nouvelle-Écosse, Anticosti ou alors la Côte-Nord », fait-il valoir.

Chose certaine, son image circule désormais sur les nombreux forums Web consacrés à l’ornithologie. « Tous les ornithologues en Amérique du Nord ont l’œil ouvert présentement pour tenter de repérer cet oiseau », souligne M. Denault.

À voir en vidéo