Canicules et incendies étouffent l’Ouest américain et canadien

Un véhicule SMU de l'Armée du Salut est utilisé comme station de refroidissement à l'entrée d'un parc aquatique à Calgary où les gens font la file pour aller se rafraîchir.
Photo: Jeff McIntosh La Presse canadienne Un véhicule SMU de l'Armée du Salut est utilisé comme station de refroidissement à l'entrée d'un parc aquatique à Calgary où les gens font la file pour aller se rafraîchir.

Plusieurs centaines de morts subites, des hospitalisations en hausse et la multiplication de feux de forêts : l’ouest du Canada et des États-Unis suffoquent sous l’effet de températures insoutenables.

« Les températures enregistrées cette semaine sont sans précédent. Il y a eu des morts et le risque de feux de forêt est à un niveau dangereusement élevé », a déclaré mercredi le premier ministre canadien Justin Trudeau, en écho au président américain Joe Biden un peu plus tôt.

« Les gens souffrent, les enfants ne peuvent pas jouer dehors, les routes craquent », avait notamment relevé M. Biden en marge d’un entretien avec des gouverneurs démocrates et républicains, recensant 36 feux actuellement actifs dans les États de la côte pacifique.

Le nord-ouest des États-Unis, habitué à une météo tempérée et généralement humide, a enregistré des records ces derniers jours, avec un maximum de 46,1 °C lundi à Portland. La ville portuaire respirait un peu mieux mercredi, la vague de chaleur se déplaçant lentement vers l’intérieur des terres.

De l’autre côté de la frontière, plusieurs incendies étaient également en cours au Canada mercredi, dont un à proximité du village de Lytton, en Colombie-Britannique, à quelque 250 km au nord-est de Vancouver : c’est là qu’a été enregistré mardi un nouveau record absolu de chaleur pour tout le pays, à 49,6 °C.

« La canicule historique continue de pulvériser des records » et devrait durer jusqu’à la fin de la semaine, écrivaient les services météorologiques canadiens, dressant une longue liste de températures jamais vues au Canada, qui battent parfois des records établis au XIXe siècle.

Évacuations en Colombie-Britannique

Les résidents du village de Lytton en Colombie-Britannique ont reçu l'ordre d'évacuer leurs maisons en raison d'un incendie de forêt qui se propageait rapidement, mercredi soir.

«Tous les résidents sont invités à quitter la communauté et à se rendre dans un endroit sûr», a mentionné le maire Jan Polderman, ajoutant que les informations sur les services d'aide d'urgence seraient annoncées dès qu'elles seront disponibles.
Dans un gazouillis, le premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan, a qualifié la situation «[d']extrêmement dangereuse». Il a ajouté que les équipes des différents services d'urgence faisaient «tout en leur possible pour venir en aide aux résidents de Lytton».

Le village, qui avait une population de 250 habitants en 2016, a battu un record canadien de températures trois jours de suite cette semaine lors d'une vague de chaleur historique en cours dans certaines parties de la Colombie-Britannique. Lytton se trouve dans le sud de la province, à environ deux heures de route au sud-ouest de Kamloops.

Plus tard en soirée mercredi, le district régional de Thompson-Nicola, situé au nord de Lytton, a émis un avis d'évacuation touchant 87 bâtiments.

Les avertissements de chaleur restent en vigueur pour une grande partie de la Colombie-Britannique. 26 nouveaux incendies ont éclaté au cours des deux derniers jours.

Les feux de camp sont interdits dans toute la province depuis mercredi midi.

La Presse canadienne

« Insupportable »

L’affolement des thermomètres a fait des victimes. Au moins 486 personnes sont décédées subitement depuis vendredi en Colombie-Britannique, soit environ trois fois plus que la moyenne sur une telle période, selon les autorités.

« Même s’il est trop tôt pour dire avec certitude combien de ces décès sont liés à la chaleur, il est probable que cet important excès de mortalité est attribuable à la météo extrême », a déclaré Lisa Lapointe, responsable médico-légale de cet État canadien, redoutant une aggravation du bilan.

« C’est insupportable, c’est impossible de rester dehors », commentait Rosa, une habitante de la métropole de Vancouver, habituée à des températures tempérées. « J’espère que ça ne recommencera jamais, c’est trop », a-t-elle encore dit à l’AFP.

Dans la ville américaine voisine de Seattle, les médecins urgentistes ont également noté un afflux de personnes touchées par la chaleur, présentant notamment des problèmes aux reins ou au cœur. Au moins 16 personnes sont mortes d’hyperthermie dans la région, selon le journal local Seattle Times.

Les autorités des deux pays ont appelé la population à minimiser ses sorties, à boire beaucoup et à prendre des nouvelles des personnes seules et âgées, mettant sur pied des « centres de rafraîchissement », dotés d’air climatisé et de brumisateurs.

Dans la région de Vancouver, des écoles ont été fermées et les campagnes de vaccination contre la COVID-19 suspendues. Les climatiseurs et ventilateurs sont en rupture de stock.

« La durée de cette canicule est inquiétante car il y a peu de répit la nuit », a souligné le ministre canadien de l’Environnement.

« Dôme de chaleur »

« On voit de plus en plus ce type de phénomènes météorologiques extrêmes ces dernières années. Donc il faut être réaliste, nous savons que cette vague de chaleur ne sera pas la dernière », a estimé Justin Trudeau.

Ces températures s’expliquent par un phénomène appelé « dôme de chaleur » : de hautes pressions emprisonnent l’air chaud dans la région. Son intensité est toutefois exceptionnelle.

« Le réchauffement climatique est à l’origine de la combinaison dangereuse entre la chaleur extrême et la sécheresse prolongée », a dit Joe Biden en soulignant, à l’adresse des républicains climatosceptiques, que ce ne devrait pas être un « débat partisan ».

Le travail des pompiers « n’est plus saisonnier », ils font face à des sinistres toute l’année, a-t-il ajouté, en annonçant des revalorisations de leurs salaires.

Environ 9000 soldats du feu sont actuellement déployés dans l’Ouest américain, notamment pour lutter contre la progression du « Lava Fire », à la lisière de l’Oregon et de la Californie, qui a déjà consumé plus de 7000 hectares et n’était contenu qu’à 19 % mercredi à la mi-journée.

« Les jours chauds sont toujours plus chauds, les jours secs toujours plus secs : la réalité du réchauffement climatique est face à nous », a commenté le gouverneur démocrate de Californie Gavin Newsom.

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