Le Québec face à un climat bouleversé

Même si Environnement Canada doit encore enquêter pour préciser l’intensité de la tornade qui a causé d’importants dégâts et fait un mort à Mascouche, le météorologue Steve Boily explique que l’événement serait possiblement «de catégorie F2», avec des vents de près de 200 km/h.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Même si Environnement Canada doit encore enquêter pour préciser l’intensité de la tornade qui a causé d’importants dégâts et fait un mort à Mascouche, le météorologue Steve Boily explique que l’événement serait possiblement «de catégorie F2», avec des vents de près de 200 km/h.

La tornade qui a durement frappé la ville de Mascouche lundi symbolise, aux yeux de certains, les effets très concrets des bouleversements climatiques. Cette année, le Québec a aussi dû faire face à la canicule et à la sécheresse, tandis que les vacanciers qui parcourront les régions de la province cet été pourront constater la réalité de l’érosion côtière. Pour les experts, ces phénomènes devraient d’ailleurs sonner l’alarme sur l’urgence de mieux s’adapter aux effets d’une crise déjà bien réelle.

« Oui, il y en a des changements climatiques et il faut s’y attaquer », a laissé tomber lundi le maire de Mascouche, Guillaume Tremblay. « Il va y en avoir de plus en plus au Québec si on ne fait rien », a-t-il ajouté sur les ondes de TVA, après avoir expliqué que la tornade qui a frappé sa ville a endommagé des dizaines de résidences, en plus de tuer un citoyen.

Même si Environnement Canada doit encore enquêter pour préciser l’intensité de l’événement, le météorologue Steve Boily explique que cette tornade serait possiblement « de catégorie F2 », avec des vents de près de 200 km/h. Ce n’est d’ailleurs pas la première tornade de l’année, rappelle-t-il, même si celle-ci a surtout été comparée aux six tornades qui avaient frappé la région de l’Outaouais et de l’Ontario en 2018. L’une d’elles avait atteint la catégorie « F3 », avec des vents de plus de 260 km/h. Plusieurs personnes avaient alors été blessées.

Contrairement au maire de Mascouche, le météorologue d’Environnement Canada se montre très prudent lorsque vient le temps d’établir un lien entre le réchauffement climatique et la formation des tornades au Québec. M. Boily explique toutefois que « plusieurs ingrédients » risquent d’être plus présents dans un contexte de climat bouleversé par l’activité humaine, dont les orages et le « cisaillement des vents », qui peut amener un changement soudain de la vitesse et de la direction des vents.

Même son de cloche du côté du directeur général du consortium de recherche en climatologie Ouranos, Alain Bourque. « Si on regarde les facteurs qui sont favorables à la formation des tornades, soit l’air chaud et humide, l’air instable et le cisaillement des vents, on constate qu’avec les changements climatiques, tous ces facteurs semblent avantagés pour le territoire canadien, et particulièrement pour le sud du Québec », souligne-t-il, en précisant néanmoins que la recherche doit se poursuivre pour mieux comprendre le phénomène.

Sécheresses

Si le lien précis entre la crise climatique et la fréquence ou l’intensité des tornades reste à démontrer, M. Bourque ajoute qu’on observe déjà au Québec des phénomènes qui sont imputables au réchauffement. C’est le cas notamment des canicules, du recul du couvert de glace sur le Saint-Laurent, des pluies importantes et des sécheresses.

Le météorologue Steve Boily explique d’ailleurs que la province a été frappée par la sécheresse cette année. Ainsi, dans le sud et l’ouest du Québec, Environnement Canada a constaté que certaines régions ont reçu, entre mars et juin, 25 % à 55 % moins de précipitations que la moyenne. Une situation qui a notamment affecté le secteur agricole et de nombreux cours d’eau, dont le Saint-Laurent.

Chez Ouranos, qui reçoit du financement public pour mener ses recherches climatiques, cette question fait d’ailleurs partie des « priorités » des prochaines années. « On parle beaucoup des inondations, qui sont un risque bien réel, mais les changements climatiques signifient aussi une amplification des phénomènes d’étiage, et donc de très bas niveaux d’eau pendant la saison estivale. C’est un phénomène qui aura des impacts sur l’environnement, sur la distribution d’eau, etc. », fait valoir Alain Bourque.

Selon lui, « ce sont des enjeux à surveiller, surtout dans le sud du Québec, qui consomme beaucoup d’eau. Le problème n’est pas tant qu’on va manquer d’eau, mais il risque d’y avoir des enjeux pour la qualité de l’eau, notamment dans les rivières ».

Urgente adaptation

Dans ce contexte, Alain Bourque rappelle que « l’adaptation » aux conséquences de la crise du climat est devenue « incontournable » et que le gouvernement a « un rôle majeur à jouer ». « On ne contrôle pas la quantité d’eau, par exemple, mais on peut se doter de moyens pour s’adapter. En Californie, ils ont déjà en mode solution pour l’adaptation », illustre-t-il. Cet État américain a été frappé à plusieurs reprises par la sécheresse au cours des dernières années. Encore en 2021, une partie de l’ouest des États-Unis est aussi touchée par ce phénomène aux conséquences très sérieuses.

Pour la directrice générale d’Équiterre, Colleen Thorpe, il est urgent que les gouvernements du Québec et du Canada en fassent plus pour éviter que les coûts de l’adaptation soient encore plus élevés dans les années à venir. « La pandémie nous a démontré qu’il est plus coûteux de guérir que de prévenir. Ce principe-là doit s’appliquer aux changements climatiques, mais l’exercice n’a pas encore été fait. Pour certains décideurs, ça demeure lointain, même si nous avons plusieurs signaux d’alarme importants. »

Mme Thorpe cite en exemple le développement urbain, qui ne prend pas suffisamment en compte les effets des canicules et de l’augmentation de la pollution atmosphérique. Or, une étude publiée au début du mois par l’Institut canadien pour des choix climatiques concluait que les seuls coûts liés aux pertes de vies humaines et de qualité de vie au Canada, en lien avec ces phénomènes, risquent de se chiffrer en dizaines de milliards de dollars annuellement, et ce, d’ici 2050.

La pandémie nous a démontré qu’il est plus coûteux de guérir que de prévenir. Ce principe-là doit s’appliquer aux changements climatiques, mais l’exercice n’a pas encore été fait.

L’adaptation aux impacts des bouleversements climatiques est inscrite dans le Plan pour une économie verte du gouvernement Legault. Près de 400 millions de dollars y seront consacrés. La liste des mesures prévues comprend un « plan de protection » contre les inondations, du financement pour réduire les îlots de chaleur et l’évaluation de la « vulnérabilité » des infrastructures critiques (transport, production d’énergie, eau potable, etc.). Une cartographie complète des zones côtières menacées doit également être parachevée en 2025.

« Les populations, les communautés et les secteurs économiques les plus vulnérables aux impacts des changements climatiques sont placés au cœur des actions de ce plan et ces mesures structurantes visent à préserver leur santé, leur sécurité et leur qualité de vie », précise par courriel le cabinet du ministre de l’Environnement, Benoit Charette.

À elle seule, l’érosion côtière pourrait coûter plus de 1,5 milliard de dollars. Selon l’évaluation la plus récente disponible publiée par Ouranos, environ 5300 bâtiments, plus de 1300 terrains et près de 300 kilomètres de routes risquent d’être « perdus » d’ici 2065. La Gaspésie et les îles de la Madeleine seraient les plus touchées, avec un total de 172 kilomètres de route et de chemin de fer exposés. La région du Bas-Saint-Laurent vient ensuite, avec une longueur totale de 88 kilomètres d’infrastructures routières menacés, suivie de la Côte-Nord, avec 60 kilomètres exposés.

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