Le G7 envoie un «signal positif» pour le climat

Les pays du G7 ont promis d’accélérer la lutte contre la crise climatique, au moment où une sécheresse majeure frappe l’Ouest américain, comme ici, dans le Nevada.
Photo: Ethan Miller / Getty Images via Agence France-Presse Les pays du G7 ont promis d’accélérer la lutte contre la crise climatique, au moment où une sécheresse majeure frappe l’Ouest américain, comme ici, dans le Nevada.

Pour la première fois, les pays du G7 ont convenu, lors de leur rencontre annuelle, d’atteindre collectivement la carboneutralité d’ici 2050, mais aussi de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 50 % d’ici 2030. Cette cible à moyen terme, qui semble donner enfin un signal positif en matière de lutte contre la crise climatique, est d’ailleurs plus ambitieuse que celle mise en avant par le gouvernement Trudeau.

À la lecture des engagements pris par les pays du G7 réunis en Angleterre au cours des derniers jours, l’économiste François Delorme estime qu’ils constituent « un pas important » pour relancer la collaboration internationale en matière de lutte contre les bouleversements du climat. « C’est un signal positif et un espoir renouvelé, après plusieurs déconvenues dans le dossier du climat », résume celui qui est notamment un collaborateur du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC).

À quelques mois de la prochaine Conférence des Nations unies pour le climat (COP26), le Royaume-Uni, les États-Unis, la France, l’Allemagne, l’Italie, le Japon et le Canada ont en effet convenu d’un objectif commun en phase avec ce qu’exige la science climatique : accélérer les efforts de décarbonisation de leurs économies, en vue de ramener leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) à un « zéro net dès que possible et au plus tard en 2050 », selon ce qu’on peut lire dans le communiqué final.

Les puissances industrielles ajoutent que cela passe par « une action significative » au cours de la présente décennie. L’objectif à moyen terme est d’ailleurs de réduire les émissions « collectives » d’environ 50 % d’ici 2030, par rapport à 2010, ou encore de plus de 50 % par rapport à 2005. Une telle cible est nécessaire pour espérer limiter le réchauffement à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle et ainsi éviter le pire des bouleversements du climat. Le réchauffement dépasse déjà 1 °C, selon l’Organisation météorologique mondiale.

Pression sur Ottawa

La cible 2030 fixée par le G7 n’est certes pas « contraignante », précise François Delorme, mais elle devrait « mettre de la pression » sur Ottawa, qui a actuellement un objectif moins ambitieux. La cible fixée par le gouvernement Trudeau pourrait, au mieux, permettre de ramener les émissions annuelles à 407 millions de tonnes (Mt) en 2030. En s’alignant sur l’objectif du G7, le Canada émettrait toutefois 352 Mt en 2030, contre 730 Mt en 2019, soit le plus récent bilan disponible. Qui plus est, le Canada est le seul pays du G7 dont les émissions de GES ont augmenté depuis la signature de l’Accord de Paris, en 2015.

« La cible du Canada était déjà loin de ce qu’exige la science et de ce que serait sa juste part de l’effort mondial. Le fait qu’elle soit encore moins ambitieuse que celle du G7 confirme qu’il est un cancre du climat », dénonce le porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin. « Le gouvernement Trudeau doit cesser de financer et d’approuver des projets d’hydrocarbures et plutôt adopter une cible plus ambitieuse et un plan qui permettra une transition juste vers les énergies renouvelables. »

Au cabinet du ministre de l’Environnement, Jonathan Wilkinson, on souligne toutefois que l’objectif de réduction des GES concerne les émissions « collectives » des grandes puissances industrielles. « La nouvelle et ambitieuse cible du Canada pour 2030, que nous avons présentée en avril, est prise en compte dans l’ambition collective de réduction des émissions partagée par les pays du G7. Nous en faisons également davantage pour soutenir les pays en développement dans leur lutte contre les changements climatiques », précise-t-on par écrit.

Engagement financier

Ottawa a en effet profité du sommet pour annoncer que le Canada double son engagement financier en matière de climat. Celui-ci passe à 5,3 milliards de dollars, « afin de soutenir tous les pays dans leur lutte pour bâtir un avenir plus propre et plus résilient pour tous ».

Cette annonce est d’ailleurs saluée par Eddy Perez, analyste principal des relations diplomatiques et gouvernementales pour le Réseau action climat. Ce dernier déplore toutefois le fait que le G7 n’a pas encore réuni les 100 milliards de dollars promis annuellement pour soutenir la transition énergétique et l’adaptation dans les pays les plus pauvres. M. Perez insiste d’ailleurs pour dire que « les besoins sont beaucoup plus grands », alors que les impacts des bouleversements, et notamment les événements climatiques extrêmes, se font de plus en plus sentir.

M. Perez et M. Delorme estiment par ailleurs que le G7 devrait s’attaquer davantage aux subventions publiques du secteur des énergies fossiles, mais aussi préciser les moyens qui seront mis en œuvre pour réduire rapidement les émissions de GES. Lors de leur sommet, les pays membres se sont entendus pour réduire l’utilisation du charbon pour la production d’électricité, mais sans proposer d’engagement pour bannir le pire des combustibles fossiles. Ils ont également promis d’accélérer la « décarbonisation » du secteur des transports, mais sans objectif précis pour mettre un terme à la vente de véhicules à essence ou au diesel.

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