Le monde d'après | Qu’est-ce qui va changer en environnement et en science?

Illustration: Alexis Grasset

La pandémie de COVID-19 se poursuit, mais avec la vaccination massive, une partie de l’Occident reprendra dans les prochains mois une certaine normalité. Que restera-t-il de cet épisode de notre histoire ? Le Devoir vous propose dans les prochains jours une série d’articles sur ce possible monde post-pandémie. En commençant aujourd’hui par une question simple, que nous avons posée à 30 experts : qu’est-ce qui va changer ? Premier texte de trois.​



ENVIRONNEMENT
Un nouveau discours climatique Caroline Brouillette, analyste au Réseau action climat Canada
« En 2020, face à la convergence des crises de santé publique, économique, climatique, et du racisme systémique, nous avons vu à quel point les vulnérabilités de nos sociétés sont interconnectées. Cette prise de conscience amène le discours climatique au-delà des tonnes de gaz à effet de serre. L’impact de la destruction des écosystèmes sur la santé humaine n’aura jamais été plus clair ; on a entendu le président américain, Joe Biden, s’exclamer qu’action climatique était synonyme de création d’emplois ; la première loi sur le racisme environnemental pourrait être adoptée par le Parlement canadien bientôt. Les transformations massives et rapides que nous devons mettre en œuvre pour éviter un réchauffement de plus de 1,5 °C nous offrent l’occasion de faire d’une pierre plusieurs coups. Et comme nous continuons d’y être confrontés avec la COVID-19, nous n’y arriverons pas sans solidarité. »

 

Alexandre Shields
 



La norme du seconde main Amélie Côté, analyste à Équiterre

 

« La pandémie nous a appris que nous sommes capables de changer rapidement nos habitudes lorsque l’urgence l’exige. La nécessité de transformer radicalement nos manières de produire et de consommer est réelle : nos modes de vie sont insoutenables. Ce recul forcé a été l’occasion pour plusieurs de renouer avec le savoir-faire, que ce soit par le jardinage, la cuisine ou les rénovations. Dans le monde de demain, j’espère vivement que cette tendance s’amplifiera et se généralisera. Il est temps que l’on prenne soin de la quantité astronomique d’objets qui ont déjà été produits, pour bifurquer vers une économie de la réparation, du partage et du réemploi, afin de faire du seconde main sous toutes ses formes, la nouvelle norme. L’utopie, c’est de croire que le contraire est encore possible. »

Alexandre Shields



Exiger de l’audace Laure Waridel, écosociologue et autrice​

 

« La mobilisation citoyenne pour l’environnement va prendre un nouvel élan mondialement. La pandémie nous a rendus plus conscients de notre vulnérabilité et de l’importance d’être à l’écoute des avertissements scientifiques. Se solidariser pour prévenir d’autres crises liées à la dégradation des écosystèmes est devenu une nécessité dans l’esprit de nombreux citoyens qui ne s’étaient jamais mobilisés auparavant. La COVID nous aura aussi appris que quand la planète s’y met, l’humanité est capable de trouver et de déployer des solutions rapidement. Une partie grandissante de la population va exiger la même audace proactive de la part des élus pour faire face à d’autres menaces. Les liens entre santé, sécurité et environnement ne pourront plus être ignorés. Les paradigmes changent. »

Alexandre Shields
 



SCIENCE
L’IA et la recherche Yoshua Bengio, professeur d’informatique à l’Université de Montréal

 

Quel rapport entre l’intelligence artificielle (IA) et le coronavirus ? Le bouillonnement scientifique de la dernière année fait penser à M. Bengio que l’IA prendra une placede plus en plus importante dans la recherche de médicaments, notamment afin de trouver des solutions de rechange aux antibiotiques. La recette : utiliser un algorithme pour établir une liste de molécules prometteuses contre une certaine maladie ; les tester en laboratoire sur des cellules ; laisser l’algorithme apprendre des résultats expérimentaux afin d’établir une meilleure liste ; répéter quelques fois. « Ça nous permettrait de développer de nouveaux médicaments très vite, à coût grandement réduit, et même de découvrir des choses qu’on ne pourrait pas découvrir autrement, sans l’intelligence artificielle », pense-t-il.

Alexis Riopel



Nouveaux vaccins Alain Lamarre, professeur en immunologie et en virologie à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS)
Conséquence évidente de la pandémie : les vaccins du monde d’après ne seront plus jamais les mêmes. Auparavant cantonnés à des projets de recherche très spécialisés, contre certains cancers par exemple, les vaccins à ARN messager ont devant eux un brillant avenir. « On voit maintenant que c’est une technologie qui va avoir un potentiel énorme », observe M. Lamarre. Des maladies comme la tuberculose, la malaria, l’influenza et le Zika pourraient être les prochaines cibles du redoutable outil génétique. « Il ne faut cependant pas mettre tous nos œufs dans le même panier », affirme le virologue, en appelant à poursuivre le développement d’autres types de vaccins.

 

Alexis Riopel
 



Plus de distance Étienne Artigau, astrophysicien et chercheur à l’Institut de recherche sur les exoplanètes (IREx)

 

Les astronomes connaissaient déjà bien le travail à distance : ils peuvent télécommander de grands télescopes à Hawaï ou au Chili depuis le confort de leur bureau. Toutefois, la pandémie a démontré à cette communauté scientifique que les conférences et les réunions de comité-conseil pouvaient aisément avoir lieu en visio. « Ça fait longtemps que ça se tramait, mais les gens n’avaient pas pris le taureau par les cornes, explique M. Artigau. En astro, on est très, très bons pour parler des changements climatiques… mais on est les premiers à prendre l’avion cinq fois par année. » La preuve de concept ne signifie pas que toutes les réunions doivent passer au régime des pixels : parfois, souligne l’astrophysicien, les meilleures collaborations scientifiques naissent autour d’une bière.

Alexis Riopel

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