GNL Québec compte vendre du gaz à l’Allemagne

Les promoteurs de GNL Québec cherchent à trouver des acheteurs pour les 11 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié qui seraient produites chaque année au Saguenay.
iStock Les promoteurs de GNL Québec cherchent à trouver des acheteurs pour les 11 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié qui seraient produites chaque année au Saguenay.

Les promoteurs du projet GNL Québec ont signé une première entente en vue d’exporter une partie de leur production en Allemagne. L’entreprise, qui n’a pas annoncé de détails concernant une éventuelle entente ferme de vente jeudi matin, a simplement évoqué un « partenariat stratégique » avec les promoteurs d’un terminal d’importation de gaz naturel liquéfié qui n’a toujours pas été construit et qui cherche actuellement à trouver des clients.

GNL Québec a confirmé jeudi matin les informations publiées le 22 mai dernier par Le Devoir. L’entreprise, qui souhaite liquéfier et exporter du gaz naturel albertain, a ainsi annoncé « la création d’un partenariat stratégique visant à mettre sur pied une chaîne d’approvisionnement à faibles émissions de gaz à effet de serre pour le gaz naturel liquéfié (GNL) entre le Canada et l’Allemagne ».

Comme le révélait Le Devoir en mai, le partenariat implique Hanseatic Energy Hub (HEH), qui souhaite construire un terminal d’importation de gaz naturel liquéfié et de regazéification à Stade, dans la région de Hambourg, en Allemagne. Ce type d’infrastructure industrielle est nécessaire pour pouvoir ensuite distribuer le gaz naturel sur le territoire, notamment par gazoduc.

Les promoteurs du projet allemand mènent présentement des démarches pour conclure des partenariats avec des producteurs de gaz naturel liquéfié qui voudraient utiliser leurs futures installations. Il n’a toutefois pas été possible d’obtenir de détails sur les volumes de gaz qui pourraient être vendus en Allemagne, une fois que le terminal serait construit et en activité. Cette mise en exploitation n’a d’ailleurs toujours pas été confirmée par HEH, de même que la construction du terminal.

Le communiqué publié jeudi matin par GNL Québec a simplement précisé que « les parties ont convenu d’élaborer conjointement des normes et des processus pour l’importation de GNL provenant du terminal d’exportation neutre en carbone d’Énergie Saguenay de GNL Québec, au Canada, au terminal de regazéification neutre en carbone de Hanseatic Energy Hub à Stade ».

« L’objectif stratégique consiste à répondre à la demande croissante pour des importations de gaz naturel en Allemagne, engendrée par le retrait du charbon et le déclin de la production domestique européenne, et par l’accent plus marqué mis sur la réduction de l’empreinte carbone des chaînes d’approvisionnement », peut-on également lire dans le communiqué.

Il faut dire que les promoteurs de HEH avancent des arguments similaires à ceux de GNL Québec pour défendre le bilan climatique de leur projet, notamment l’idée que leur terminal serait carboneutre. Selon HEH, le projet de Stade servirait en outre à alimenter l’important marché allemand. Il pourrait donc permettre de réduire l’utilisation de charbon, une ressource fossile qui représente aujourd’hui 30 % de toute la production d’électricité du pays. Or, le gouvernement a pris l’engagement de sortir du charbon au plus tard en 2038.

Selon les données disponibles sur le projet de HEH, le complexe pourrait traiter jusqu’à 12 milliards de mètres cubes de gaz naturel chaque année. À titre de comparaison, GNL Québec prévoit une production qui pourrait atteindre 16 milliards de mètres cubes chaque année, selon des données extrapolées à partir de leurs projections de traitement de 1,55 milliard de pieds cubes chaque jour.

Le terminal de HEH pourrait être en fonction dès 2026, alors que l’usine Énergie Saguenay serait en service en 2027. Les promoteurs de GNL Québec peinent toutefois à boucler le financement pour ce projet évalué à 14 milliards de dollars, en incluant le gazoduc de 780 kilomètres qui doit alimenter l’usine. Ils ont néanmoins annoncé récemment la nomination officielle du président pour le projet d’usine, Tony Le Verger, et le retour de l’ancien président du projet de gazoduc, Louis Bergeron. Celui-ci a déjà dirigé le volet québécois du défunt projet de pipeline Énergie Est.

Marché intéressant

Lors des travaux du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), à l’automne dernier, Tony Le Verger avait évoqué des négociations avec des acheteurs en Allemagne. Dans une réponse écrite aux questions du Devoir, GNL Québec a aussi déjà souligné que l’engagement de Berlin à « sortir du charbon » en faisait un marché potentiel intéressant pour le projet.

Plus récemment, l’entreprise a salué la signature du « partenariat énergétique » entre Ottawa et Berlin. Il faut dire que le ministre des Ressources naturelles, Seamus O’Regan, a alors affirmé que le gaz naturel liquéfié pourrait servir de « carburant de pont » en vue de la transition vers les « énergies vertes ». Il a également souligné le fait que l’Allemagne compte intégrer les importations de gaz naturel liquéfié dans sa stratégie énergétique.

Pour GNL Québec, cette annonce de partenariat avec l’Allemagne « prouve que le gaz naturel liquéfié produit par Énergie Saguenay sera une source d’énergie clé dans la transition énergétique mondiale, en plus d’avoir une des plus faibles empreintes carbone ».

Conditions du gouvernement Legault

Si elle se concrétise en contrat d’approvisionnement ferme, l’entente avec HEH pourrait par ailleurs aider GNL Québec à démontrer au gouvernement Legault que son projet contribuera à une réduction internationale des émissions de gaz à effet de serre (GES) et à la « transition énergétique ». Il s’agit de deux des « trois conditions » fixées par les caquistes pour donner le feu vert à la construction de l’usine et du terminal maritime.

Le rapport du BAPE portant sur GNL Québec concluait toutefois que le projet entraînerait un « ajout net » de GES. Qui plus est, le rapport remettait en question l’idée que ce gaz naturel, exploité essentiellement par fracturation, contribuerait à la « transition énergétique » nécessaire pour lutter contre la crise climatique. Le rapport souligne plutôt que GNL Québec « pourrait constituer un frein à la transition énergétique sur les marchés visés par le projet ».

Dans un rapport publié récemment, l’Agence internationale de l’énergie souligne qu’il faut réduire d’au moins 55 % l’utilisation du gaz naturel d’ici 2050, afin de limiter le réchauffement climatique. Au Canada, les émissions de GES liées au projet GNL Québec atteindraient huit millions de tonnes chaque année, soit l’équivalent de l’ajout de 3,2 millions de voitures à essence sur les routes.

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