La crise climatique provoquera des coûts «astronomiques» pour le Canada

Les répercussions des bouleversements climatiques laissent présager « des coûts astronomiques » au Canada au cours des prochaines décennies, mais aussi une croissance sans précédent du nombre de décès prématurés, conclut un nouveau rapport scientifique financé par le gouvernement fédéral. L’analyse insiste d’ailleurs sur l’urgence de l’adaptation aux conséquences de la crise, qui risque de faire exploser les coûts en soins de santé.

« Les changements climatiques sont une urgence de santé publique qui ne fait que croître, et nous devons commencer à les traiter comme tels », résume le directeur général de l’Association canadienne de santé publique, Ian Culbert, en introduction du document qui est publié ce mercredi par l’Institut canadien pour des choix climatiques. Le Devoir a pu le consulter sous embargo.

Intitulé Les coûts des changements climatiques pour la santé : comment le Canada peut s’adapter, se préparer et sauver des vies, le rapport démontre en effet qu’au-delà des multiples menaces environnementales, les bouleversements du climat auront également des conséquences majeures pour la santé des citoyens du pays, ce qui aura un coût énorme pour la société.

Le réchauffement attendu au cours des prochaines décennies « sera synonyme d’augmentation du smog urbain (ozone troposphérique) », souligne notamment cette analyse pilotée par une vingtaine de chercheurs et financée par Environnement Canada. « Si aucune mesure n’est prise, les coûts des soins liés à l’exposition à l’ozone pourraient atteindre le quart des sommes actuellement allouées aux soins des personnes atteintes de cancer. Les coûts reliés à la perte de vies et de qualité de vie sont encore plus élevés ; nous les estimons à 86 milliards de dollars par année d’ici 2050 et à 250 milliards par année d’ici 2100 », peut-on lire dans le document.

Qui plus est, « sur une période de 10 ans à la fin du siècle, les maladies respiratoires liées à l’ozone pourraient entraîner 270 000 hospitalisations et décès prématurés, soit plus que la population de la ville de Gatineau ».

Vagues de chaleur

Les scientifiques mettent également en garde contre les effets de l’accroissement de la fréquence et de l’intensité des vagues de chaleur au pays. « Notre analyse démontre que, même selon un scénario d’émissions modérées, les taux d’hospitalisation due à la chaleur augmenteront de 21 % d’ici 2050 et doubleront d’ici 2100. » Quant au coût des décès et de la diminution de la qualité de vie liés à la chaleur, ils pourraient atteindre au moins quatre milliards de dollars par année.

Cette hausse généralisée de la température aura aussi « un effet dévastateur sur la productivité », particulièrement dans les secteurs économiques où le travail s’effectue en grande partie à l’extérieur ou dans des endroits peu climatisés. « Notre modèle démontre que, selon un scénario d’émissions élevées, les changements climatiques pourraient faire perdre 128 millions d’heures de travail par année d’ici la fin du siècle, soit l’équivalent de 62 000 emplois à temps plein et de près de 15 milliards de dollars », précise le rapport.

Les scientifiques prévoient par ailleurs des conséquences négatives en matière de santé mentale, jugeant que cela pourrait même constituer « l’une des conséquences sanitaires les plus coûteuses pour le Canada ». Ils estiment que ces problèmes amplifiés seront imputables à une hausse de la fréquence des catastrophes météorologiques, mais aussi aux « modifications permanentes aux paysages et aux écosystèmes ».

Ce phénomène devrait notamment frapper les communautés nordiques, dont les communautés autochtones, puisque le réchauffement y est nettement plus prononcé. « La disparition de sources de nourriture traditionnelles a également des répercussions profondes sur le bien-être culturel et spirituel des peuples autochtones, en plus d’augmenter leur insécurité alimentaire, déjà 3 à 5 fois plus importante que la moyenne nationale », souligne le rapport.

Adaptation

Le Canada, qui représente actuellement environ 2 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), a donc tout intérêt à s’attaquer sérieusement à la mise en œuvre de politiques d’adaptation et de « résilience » aux effets de la crise climatique, insistent les scientifiques. « Nous devrons nous adapter, modifier nos villes, nos communautés et nos systèmes, afin que les gens soient mieux préparés pour survivre à un climat en rapide évolution », résument-ils.

Or, dans ce domaine, les retards sont bien réels, précise le rapport, qui plaide pour une intégration des questions climatiques dans les « politiques sanitaires » afin de réduire la « vulnérabilité » des citoyens. Cela passe notamment par des aménagements urbains qui permettent de réduire les risques liés aux inondations et aux îlots de chaleur.

Il faudrait aussi améliorer « l’accès des personnes et des communautés défavorisées aux services de santé », renforcer la « sécurité » du logement et bonifier « la sécurité alimentaire et l’accès à l’eau potable ». Une attention particulière devrait être portée aux personnes âgées, surtout dans un contexte de vieillissement de la population du pays.

Réchauffement accéléré

Le climat canadien se réchauffe deux fois plus rapidement que la moyenne mondiale, et tout le pays sera sévèrement bouleversé par les conséquences de plus en plus significatives de ce réchauffement au cours des prochaines décennies, concluait déjà en 2019 le « Rapport sur le climat changeant du Canada », produit par Environnement et Changement climatique Canada.

Selon les données officielles, la température annuelle moyenne au Canada a déjà augmenté de 1,7 °C depuis 1948. La température annuelle moyenne dans l’ensemble du nord du pays a quant à elle augmenté de 2,3 °C depuis cette date. Mais le pire est à venir. Les prévisions de la température annuelle moyenne à l’échelle du pays pour la fin du siècle (de 2081 à 2100) varient d’une augmentation de 1,8 °C, pour un scénario de faibles émissions, à 6,3 °C pour un scénario d’émissions élevées.

En plus de la hausse de la fréquence et de l’intensité des événements climatiques extrêmes, le rapport d’Environnement et Changement climatique Canada soulignait la fonte des glaces sera de plus en plus prononcée dans toutes les régions du pays d’ici 2100.

L’augmentation continue des températures et la fonte des glaciers terrestres auront aussi pour effet d’augmenter substantiellement le niveau de la mer, avec des élévations pouvant varier entre 50 et 100 centimètres d’ici la fin du siècle dans l’est du Canada, et notamment le long des côtes du Québec. « Les inondations côtières devraient augmenter dans de nombreuses régions », prévient d’ailleurs Environnement Canada.

Non seulement les océans qui bordent le Canada deviendront davantage une menace pour certaines communautés côtières, mais ces mêmes océans continueront de se réchauffer et de s’acidifier. Le rapport, qui y consacre un chapitre, prédit que la « perte d’oxygène » continuera de s’intensifier, « alors que l’acidification des océans augmentera en réaction à des émissions supplémentaires de dioxyde de carbone. Ces changements menacent la santé des écosystèmes marins. »



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