Des bélugas du Saint-Laurent en «vagabondage»

Le béluga sauvé en 2017 (en haut) au Nouveau-Brunswick a été aperçu de nouveau, en 2018, au large de la Nouvelle-Écosse avec un nouveau compagnon.
Levon Drover Le béluga sauvé en 2017 (en haut) au Nouveau-Brunswick a été aperçu de nouveau, en 2018, au large de la Nouvelle-Écosse avec un nouveau compagnon.

Un an après le début de la saga de la baleine à bosse de Montréal, c’est au tour de bélugas du Saint-Laurent de se retrouver loin de leur habitat normal. Entre quatre et six individus ont été aperçus à plusieurs reprises dans différents secteurs de l’Île-du-Prince-Édouard et de la Nouvelle-Écosse. Ce genre d’aventure se termine habituellement mal pour les animaux, qui peuvent être victimes de leurs interactions avec les humains.

Selon ce qu’a précisé lundi le président du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM), Robert Michaud, le décompte formel des bélugas qui ont quitté leur habitat naturel reste à préciser, mais les observations des dernières semaines laissent croire que ce sont bien quatre à six bélugas de la population du Saint-Laurent.

Normalement, à ce moment de l’année, les bélugas sont de retour dans leur aire de répartition estivale, soit essentiellement dans l’estuaire du Saint-Laurent, entre L’Isle-aux-Coudres et Rimouski, mais aussi le long de la Côte-Nord et dans la rivière Saguenay. Pourtant, trois bélugas ont été vus à l’Île-du-Prince-Édouard, notamment près de Souris, mais aussi possiblement trois autres bélugas près des côtes de la Nouvelle-Écosse.

M. Michaud précise qu’un seul individu a officiellement pu être identifié, mais il estime probable que ces « vagabonds » soient tous issus de la population « en voie de disparition » du Saint-Laurent. Parmi eux, on compterait d’ailleurs de jeunes animaux, qui sont plus souvent portés à adopter des comportements d’exploration qui peuvent les conduire en dehors de leur habitat naturel.

Béluga en avion

Ce cas rappelle d’ailleurs celui de « Nepi », un jeune béluga d’environ trois ans qui avait quitté l’estuaire pour se rendre au Nouveau-Brunswick en 2017, avant de remonter le cours de la rivière Népisiguit, près de Bathurst. Comme cet animal était condamné à mourir s’il demeurait dans la rivière, il avait fait l’objet d’une opération sans précédent de rapatriement au Québec, par avion.

L’animal a par la suite été aperçu en 2018, bien vivant, mais de retour dans les Maritimes, dans la région du Cap-Breton. Il avait donc retrouvé toute sa vigueur, tout en reprenant le large, cette fois en compagnie d’un autre béluga du Saint-Laurent. Tous deux ont été identifiés après avoir été photographiés et biopsiés dans le secteur d’Ingonish, dans la portion est du Cap-Breton. On présume aujourd’hui que « Nepi » est décédé.

Cette fois-ci, cependant, Robert Michaud précise qu’aucune opération du genre n’est prévue. Les animaux se déplacent librement et ils auraient aussi eu tendance à parcourir de grandes distances au cours des dernières semaines.

Après la diffusion de vidéos sur le Web où on pouvait voir des bélugas s’approcher d’embarcations, Pêches et Océans Canada a cependant diffusé des avis afin de rappeler que la législation fédérale interdit de déranger ou de harceler un béluga. Le principal risque pour ces bélugas est d’ailleurs de côtoyer de trop près des embarcations qui pourraient les frapper ou alors les blesser, potentiellement mortellement, avec leur hélice.

Retour peu probable

M. Michaud doute par ailleurs du retour de ces bélugas parmi les leurs, puisque des cas similaires de vagabondage n’ont pas eu de conclusion heureuse pour les animaux. En effet, ce ne sont pas les premiers bélugas à quitter l’estuaire du Saint-Laurent. En 2015, un trio s’était même rendu jusqu’au New Jersey. Et parfois, ce sont des mammifères de l’Arctique qui nagent jusque dans le Saint-Laurent. Depuis déjà cinq ans, un narval y a élu domicile, nageant parmi des groupes de bélugas. Son cas a été abordé dans le cadre d’une série documentaire diffusée par Disney+.

La population de bélugas du Saint-Laurent est classée « en voie de disparition », selon la Loi sur les espèces en péril du gouvernement fédéral. Alors qu’on comptait plus de 10 000 individus au début du XXe siècle, on en recense aujourd’hui moins de 900. Victimes de la chasse, puis de la pollution de leur habitat et du dérangement par la navigation (plaisanciers, kayakistes, traversiers et navires marchands), les bélugas sont aussi au cœur du débat sur la réalisation du projet GNL Québec, qui augmenterait le trafic commercial sur le Saguenay.

Le gouvernement du Québec a financé une étude, toujours en cours, qui doit permettre de mieux comprendre les habitats privilégiés par les bélugas, dont certains secteurs du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent. Le gouvernement fédéral pilote pour sa part une analyse de l’habitat du béluga en dehors de la période estivale. Ces deux études doivent être terminées d’ici 2023.

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Une version précédente de ce texte, qui indiquait qu'on comptait plus de 10 000 bélugas dans le Saint-Laurent au début du XXIe siècle, a été corrigée.