Plus du tiers des décès dus aux canicules sont attribuables au changement climatique

Une étude de 2019 publiée dans The Lancet avait estimé à 300 000 par an les décès à travers le monde liés aux canicules.
Photo: Bertrand Guay Agence France-Presse Une étude de 2019 publiée dans The Lancet avait estimé à 300 000 par an les décès à travers le monde liés aux canicules.

Plus du tiers des décès dans le monde dus aux canicules sont directement attribuables au réchauffement climatique, selon une étude internationale publiée lundi.

Pour réaliser cette rare étude d’attribution des conséquences des changements climatiques en matière de santé publique, 70 chercheurs ont compilé des données provenant de 732 sites répartis dans 43 pays sur une période allant de 1991 à 2018.

Ils ont ensuite utilisé une méthodologie complexe pour calculer, à partir des données sanitaires, des relevés de températures et des modélisations du climat, la différence entre le nombre de décès liés à la chaleur enregistrés avec les décès qui auraient été attendus sans réchauffement.

Et selon les résultats de leurs calculs, publiés dans la revue Nature Climate Change, en moyenne 37 % des décès liés à la chaleur sont directement attribuables aux conséquences du réchauffement.

Cela se traduirait selon les chercheurs par un bilan de 100 000 décès par an liés à la chaleur et directement attribuables au changement climatique. Et ce chiffre pourrait être sous-estimé, car les données manquent pour certaines régions du monde particulièrement affectées par les vagues de chaleur, comme l’Afrique centrale ou l’Asie du Sud.

Dans les pays développés, parmi lesquels on compte les États-Unis, l’Australie, la France, le Royaume-Uni ou l’Espagne, la proportion des décès attribuables au réchauffement varie de 35 % à 39 %, mais cette moyenne monte au-dessus de 40 % dans des pays tels que le Mexique, l’Afrique du Sud, la Thaïlande, le Vietnam ou le Chili. Et elle dépasse les 60 % dans certains pays comme le Brésil, le Pérou, la Colombie, les Philippines, le Koweït ou le Guatemala.

Des canicules de plus en plus fréquentes

Ces résultats démontrent que « le changement climatique n’est pas quelque chose qui relève d’un avenir lointain », explique Antonio Gasparrini, auteur principal de l’étude et professeur à la London School of Hygiene and Tropical Medicine. « Nous pouvons en mesurer les impacts négatifs sur la santé, en plus des effets environnementaux et écologiques déjà connus. »

Une étude de 2019 publiée dans The Lancet avait estimé à 300 000 par an les décès à travers le monde liés aux canicules. Les scientifiques avertissent qu’elles vont continuer à se multiplier sous l’effet du changement climatique, à l’image de celle qui avait fait quelque 70 000 morts en Europe en 2003.

Cette mortalité n’est pas due exclusivement à l’élévation brute des températures estivales (de 1,5 °C depuis 1991 dans les localités concernées par l’étude). La durée des épisodes caniculaires, la hausse des températures nocturnes par rapport à celles de la journée ou les taux d’humidité jouent également des rôles importants.

Les techniques d’adaptation peuvent aussi jouer un rôle. La mortalité pourrait ainsi baisser avec la diffusion de la climatisation. Mais celle-ci est elle-même énergivore et contribue donc au réchauffement.

Les études sur l’attribution des conséquences du réchauffement, notamment sur les phénomènes météo extrêmes, ont pris de l’ampleur ces dernières années, mais sont encore assez rares concernant les conséquences sur la santé humaine, souligne Dan Mitchell, chercheur à l’université de Bristol, dans un commentaire sur l’étude publiée par Nature Climate Change. « Ce changement de point de vue est essentiel, pour que les leaders mondiaux comprennent les risques. »

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