Un ancien patron du pipeline Énergie Est à la tête du projet de gazoduc de GNL

Le gazoduc de 780 kilomètres est essentiel au projet d’exportation de gaz naturel liquéfié GNL Québec.
Woodside Energy Ltd. via Agence France-Presse Le gazoduc de 780 kilomètres est essentiel au projet d’exportation de gaz naturel liquéfié GNL Québec.

Après avoir quitté son poste de président de Gazoduq en novembre dernier, Louis Bergeron est de retour à la tête de l’entreprise devant construire au Québec le gazoduc de 780 kilomètres qui alimentera l’usine de liquéfaction de GNL Québec en gaz albertain. Au cours des dernières années, M. Bergeron a notamment été vice-président, pour le Québec, du défunt projet de pipeline Énergie Est.

Par voie de communiqué, Gazoduq a annoncé jeudi matin le retour de Louis Bergeron, qui avait quitté son poste de président l’automne dernier, afin d’agir à titre de « conseiller stratégique auprès de la haute direction ». Son retour à la direction se fait dans un contexte où « le projet sera probablement en mesure de réintensifier ses activités » au cours des prochains mois, précise le communiqué.

« Fort de son expérience dans la direction de projets d’envergure, il est reconnu au Québec pour son expertise dans le développement de projets d’infrastructure d’envergure en étroite collaboration avec les communautés », indique également Gazoduq.

Louis Bergeron connaît effectivement bien l’industrie du transport d’énergies fossiles. Il a déjà travaillé pour Ultramar et Valero, pilotant notamment le dossier du pipeline Saint-Laurent. Il avait aussi été recruté par TransCanada (devenue TC Energy) en 2015 pour défendre au Québec le projet de pipeline Énergie Est.


À l’époque, il disait avoir bon espoir que « les discussions basées sur les faits et la science » conduiraient les Québécois à accepter le projet de pipeline d’exportation de pétrole des sables bitumineux. Ce projet destiné à l’exportation de pétrole des sables bitumineux, à raison de 400 millions de barils par année, a été abandonné en octobre 2017.

Fonds publics réclamés

Cette fois, M. Bergeron doit piloter le projet de gazoduc de 780 kilomètres qui sera raccordé, en Ontario, au réseau de TC Energy. Ce gazoduc, développé par la même entreprise qui mène le projet d’usine de liquéfaction Énergie Saguenay, doit alimenter le complexe industriel d’exportation de gaz naturel albertain. L’objectif est d’exporter chaque année 11 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié.

Les promoteurs du projet sont cependant toujours à la recherche de financement pour construire le gazoduc, qui pourrait coûter plus de 4,5 milliards de dollars. L’entreprise Gazoduq a présentement 7 lobbyistes inscrits au registre québécois. Leur mandat comprend des communications « afin de tenir les titulaires d’une charge publique du gouvernement du Québec au courant du processus fédéral d’évaluation environnementale et d’autorisation et ainsi de faciliter la participation du Québec à ce processus ».

4,5 milliards
C’est le coût estimé du gazoduc de 780 kilomètres qui alimentera l’usine de liquéfaction de GNL Québec en gaz albertain.

L’entreprise souhaite également « obtenir le soutien financier du gouvernement en vue de la réalisation du projet (la forme, le montant et le programme sont inconnus). Les sommes pourraient notamment servir à l’embauche de main-d’œuvre et éventuellement à financer une partie des coûts du développement et de la construction du projet », précise le sommaire de leur mandat.

Projet « carboneutre »

Dans le communiqué publié jeudi, Gazoduq réaffirme par ailleurs son intention de construire un « pipeline de gaz naturel neutre en carbone ». Pour mettre en œuvre son « approche innovante » et « viser la carboneutralité », Gazoduq a déjà dit vouloir compter sur « l’instauration de mesures technologiques novatrices », dont l’électrification des compresseurs qui seraient utilisés tout le long du gazoduc pour « pousser » le gaz. Elle souhaite ainsi obtenir un approvisionnement en énergie de la part d’Hydro-Québec.

Selon ce que prévoit l’entreprise, trois postes de compression seraient implantés le long du tracé. Normalement, ces installations utiliseraient des turbines alimentées au gaz naturel. Chaque poste de compression émettrait ainsi, chaque année, jusqu’à 165 000 tonnes de gaz à effet de serre (GES), selon ce qu’on pouvait lire dans la description du projet déposée en 2019 à l’Agence d’évaluation d’impact du Canada. Ces 495 000 tonnes de GES équivaudraient aux émissions de plus de 200 000 voitures supplémentaires sur les routes du Québec.

Gazoduq espère toutefois rétablir son bilan de GES à 0, si on ne tient pas compte des émissions de GES découlant de l’exploitation, principalement par fracturation, du gaz naturel qui sera transporté de l’Alberta au Saguenay. Celles-ci devraient atteindre chaque année plus de 7 millions tonnes de GES, soit l’équivalent de 2,8 millions de voitures.

Évaluation à venir

Le projet Gazoduq, qui traverserait essentiellement des milieux forestiers et des milieux humides ainsi que certains habitats d’espèces menacées, se heurte à de l’opposition, même si des gens d’affaires et des municipalités l’ont appuyé ouvertement. C’est le cas par exemple de la municipalité de La Tuque, qui s’est fait promettre une somme annuelle de 10 millions de dollars pour le passage du gazoduc sur son territoire, soit le tiers de son budget annuel.

On ne connaît pas, pour le moment, les détails concernant les répercussions environnementales du projet, puisque le processus d’évaluation environnementale est en cours. L’étude d’impact du projet est actuellement en préparation.

Le gouvernement fédéral et celui du Québec ont d’ailleurs convenu de mener une évaluation conjointe. Celle-ci devrait se faire une fois que l’évaluation provinciale du projet d’usine de liquéfaction sera terminée. Le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, a d’ailleurs promis une décision dans ce dossier d’ici l’automne prochain, dans la foulée d’un rapport très critique de la part du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement.

Le gouvernement Legault avait fermé la porte à une évaluation globale de tous les éléments du projet GNL Québec, même s’ils sont étroitement liés et pilotés par la même entité, soit la société en commandite Symbio Infrastructure. La décision définitive concernant l’autorisation de construction de ce gazoduc d’un mètre de diamètre appartient uniquement au gouvernement du Canada, puisque la conduite traverserait la frontière entre le Québec et l’Ontario.

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