La gestion des forêts nécessitera des « solutions nouvelles »

D’ici quelques décennies, le climat du Québec va considérablement se réchauffer. Des conditions typiques de la Nouvelle-Angleterre vont prévaloir dans ce qui est aujourd’hui la forêt boréale.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir D’ici quelques décennies, le climat du Québec va considérablement se réchauffer. Des conditions typiques de la Nouvelle-Angleterre vont prévaloir dans ce qui est aujourd’hui la forêt boréale.

En raison des profondes mutations climatiques, les forêts du Québec ne seront plus jamais les mêmes. Une cruciale remise en question s’impose donc dans le milieu de la foresterie pour savoir comment faire fructifier et protéger ces milieux naturels à long terme.

« Le passé n’est pas garant de l’avenir », a résumé vendredi Jean Girard, un haut fonctionnaire du bureau du Forestier en chef du Québec, lors d’un colloque de l’Acfas s’intéressant à la gouvernance des forêts à l’ère des changements climatiques.

« Il va falloir oser d’autres types de sylviculture, avec d’autres essences d’arbre. Il faut penser à des solutions nouvelles », a poursuivi cet ingénieur forestier qui fait partie de l’équipe déterminant les possibilités d’exploitation forestière de la province.

D’ici quelques décennies, le climat du Québec va considérablement se réchauffer. Des conditions typiques de la Nouvelle-Angleterre vont prévaloir dans ce qui est aujourd’hui la forêt boréale. La rapidité des changements va prendre de court la capacité de la flore à se propager vers le nord.

Faut-il laisser la nature s’adapter librement ou lui donner un coup de pouce ? Cela impliquerait par exemple de planter des espèces du sud ou d’éclaircir les sous-bois en favorisant les espèces tempérées.

« Il y a une question de valeurs et de priorités là-dedans », a souligné le biologiste Dominique Gravel, de l’Université de Sherbrooke, qui a récemment mené un projet de recherche visant à quantifier la résilience des forêts québécoises aux changements climatiques.

Logique rompue

Au Québec, la philosophie actuelle consiste, lorsqu’il y a du reboisement, à replanter les essences d’arbre historiquement présentes sur le territoire. Toutefois, ont souligné les participants du colloque, la notion d’espèce « ancestrale » ne tient plus la route quand le climat se transforme.

À la fin du siècle, le climat de certaines régions nordiques sera favorable aux érablières. Une approche très proactive imposerait d’agir dès maintenant avec des aménagements impliquant une certaine « prise de risque ». « En ce moment, je crois que personne n’est prêt à planter de l’érable à sucre à Chibougamau », a dit M. Gravel pour souligner les limites de l’approche interventionniste.

« Si la forêt est amenée à changer avec les changements climatiques, je pense que c’est au secteur forestier de s’y adapter », a fait remarquer Yves Briand, le codirecteur d’un organisme de bassins versants en Gaspésie, lors de la période de questions.

La forêt boréale comme on la connaît aujourd’hui sera durement affectée par les changements climatiques. Même avec des mesures d’adaptation, le volume de bois récoltable va diminuer d’ici un siècle et demi, notamment en raison de l’amplification des feux de forêt. Dans ce contexte, ont souligné des participants du colloque, il pourrait être difficile de maintenir les visées actuelles de « rendement soutenu ». Rappelons que le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs a pour objectif de presque doubler les volumes de bois récoltés au Québec d’ici 2080.

Quitte à subir les répercussions des changements climatiques, la forêt québécoise pourrait aussi servir à les ralentir, a fait valoir Jean-François Boucher, un professeur de l’Université du Québec à Chicoutimi spécialisé dans la séquestration du carbone.

Agrandir la superficie des forêts et mieux récupérer les résidus après les coupes, notamment, permet de capter du CO2. Le dernier plan climatique d’Ottawa a explicité pour la première fois le secteur des terres pour sa contribution potentielle à la séquestration de carbone, a salué M. Boucher. « Le Québec devrait être une terre d’accueil de projet d’absorption de carbone, parce que nous avons d’immenses territoires », a-t-il ajouté.

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