Tous les caribous de Charlevoix iront en captivité

En Gaspésie, où les caribous constituent un attrait touristique, «il est prévu que la capture se concentre sur les femelles gestantes».
Photo: Jean-Simon Bégin En Gaspésie, où les caribous constituent un attrait touristique, «il est prévu que la capture se concentre sur les femelles gestantes».

Alors que la stratégie de protection du caribou forestier se fait toujours attendre, le gouvernement Legault a décidé d’envoyer les derniers caribous de Charlevoix en captivité. Dans le cas de la harde de la Gaspésie, seules les femelles gestantes seront mises en enclos, pour tenter de sauver le cheptel au seuil de la disparition. Un projet que Québec qualifie d’« avant-gardiste ».

Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) a confirmé vendredi au Devoir les détails du plan de sauvetage qui doit permettre de sauver la vingtaine de caribous de la région de Charlevoix, mais aussi la cinquantaine de bêtes qui vivent essentiellement dans le parc national de la Gaspésie.

Dans le cas de Charlevoix, où on comptait 125 bêtes au début des années 1990, le MFFP construira un enclos de protection « pour tous les segments de la population ». On ne précise toutefois pas si les animaux pourraient un jour être relâchés dans leur habitat naturel, qui a été dégradé par les coupes forestières, ce qui favorise par ailleurs le déplacement des prédateurs. « Les suites se préciseront avec l’éventuelle publication de la stratégie caribou », indique simplement le ministère.

En Gaspésie, où les caribous constituent un attrait touristique, « il est prévu que la capture se concentre sur les femelles gestantes ». Les experts du MFFP pourront vérifier sur le terrain si les animaux capturés sont effectivement des femelles gestantes. Dans ce cas, elles seront envoyées dans un enclos, afin de protéger les faons. Elles pourraient ensuite être relâchées au bout de quelques semaines, ou alors demeurer plus longtemps en captivité, selon le succès de cette opération.

Stratégie à venir

Est-ce que les animaux capturés des deux hardes seront maintenus en captivité de façon permanente ? Le ministère indique que la mise en œuvre du plan de protection du caribou forestier, promise pour 2023, décidera de la suite des choses. « Les enclos ont été planifiés pour assurer une garde de plusieurs individus pour une longue période, selon les plus hauts standards de soins et de bien-être des animaux, et permettront de répondre aux besoins d’une garde prolongée, si cela s’avérait nécessaire dans la stratégie à venir. »

Des appels d’offres doivent être lancés au cours des prochains jours pour la construction des enclos, alors que la capture est prévue pour l’hiver prochain. Selon le MFFP, ces zones de captivité ont été conçues afin de « changer le milieu de vie des caribous et ainsi favoriser une régénération de l’habitat ». Les animaux seront nourris et ils seront surveillés « de façon continue » par des employés du ministère.

Photo: MFFP Les derniers caribous de Val-d'Or ont été mis en enclos en mars 2020.

Ce genre de mesure extrême de conservation a été tenté avec les derniers caribous de Val-d’Or, que le gouvernement avait auparavant prévu d’envoyer au Zoo sauvage de Saint-Félicien. Sept bêtes ont été mises en enclos en mars 2020. Depuis, un animal est mort.

Le Devoir avait déjà discuté des plans de mise en enclos avec le biologiste Martin-Hugues Saint-Laurent, spécialiste reconnu de l’espèce. Selon lui, ces « mesures extrêmes de conservation » sont condamnées à l’échec si le gouvernement refuse de favoriser la restauration des forêts dont dépendent ces hardes.

La situation désespérée des hardes de Charlevoix et de la Gaspésie découle directement de notre incapacité à remettre en question la priorité accordée à l’industrie forestière, selon M. St-Laurent. « C’est un constat d’échec. Ça montre que la préoccupation que nous avons eue pour ces hardes isolées n’a pas été suffisante. Malgré les avertissements qui sont faits depuis plusieurs années, on a donné préséance à des considérations liées à l’économie forestière, plutôt qu’à la conservation de cette espèce. »

Aires protégées: une occasion manquée pour les caribous

Le gouvernement Legault a choisi de délaisser pas moins de 83 projets d’aires protégées dans le cadre du processus qui a mené à l’atteinte de la cible de protection de 17 % des milieux naturels terrestres du Québec avant la fin de 2020. Tous ces projets étaient pourtant « issus des travaux de concertation régionale et autochtone » du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC).

Parmi les projets mis de côté, on compte au moins une dizaine de territoires qui auraient permis d’accroître les mesures de protection du caribou forestier, selon des intervenants bien au fait du dossier. Ces territoires totalisent au moins 2000 km2, selon une comptabilisation non exhaustive. Parmi ceux-ci, on retrouvait un projet de 310 km2 mis en avant par le MELCC et désigné comme « secteur prioritaire » du caribou. On comptait aussi une série de quatre projets portés notamment par les Innus et situés dans la région du réservoir Pipmuacan, dans le nord-est du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Tous ces secteurs propices à la survie du cervidé menacé sont situés au sud de la limite nordique des forêts attribuables.



À voir en vidéo