Québec est coincé dans un partenariat avec une pétrolière… qui le poursuit

Photo: Junex Depuis la signature du contrat avec l’entreprise québécoise Junex, en 2017, cette dernière a été vendue à l’entreprise albertaine Cuda Oil and Gas qui a, à son tour, cédé ses actifs québécois à Ressources Utica.

Le gouvernement Legault souhaiterait se départir de sa participation dans le projet d’exploration pétrolière Galt, situé en Gaspésie, mais aucun acheteur n’est intéressé, admet le ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon. Québec demeure donc partenaire de ce projet piloté par une entreprise qui a intenté une action en justice contre le gouvernement pour l’obliger à lui accorder le permis de forage qu’il lui a refusé pour le projet Galt.

« Si c’était un compte de banque, j’irais chercher l’argent », a laissé tomber mercredi le ministre Fitzgibbon, après avoir été interpellé sur le sujet par la députée de Québec solidaire Ruba Ghazal au cours de la période des questions à l’Assemblée nationale. « J’aimerais beaucoup retirer nos billes, mais ce n’est pas un compte de banque, c’est un investissement qui est fait dans une entreprise », a-t-il ajouté.

Le gouvernement détient en effet une participation dans le projet Galt, à hauteur de 17 %, qui a été acquise à la suite d’un investissement de 8,4 millions de dollars du gouvernement Couillard en 2017, par l’entremise de Ressources Québec. L’information a été confirmée mercredi par Investissement Québec, qui a précisé que 10 millions de dollars de fonds publics ont également été injectés dans l’exploration pétrolière dans le cadre du projet Galt.

Or, même s’il souhaite aujourd’hui se départir de sa participation de 17 % dans le projet, le gouvernement Legault dit ne pas être en mesure de le faire, en raison du manque d’intérêt des investisseurs. « C’est sûr que s’il y avait un acheteur pour l’intérêt dans cette opération-là, nous le vendrions, mais il n’y a personne qui se présente », a souligné Pierre Fitzgibbon. « Si on peut trouver un acheteur, on va être les plus heureux de le faire. Ça n’existe pas. » L’intention du gouvernement a été confirmée par la suite par le cabinet du ministre, qui a évoqué du même coup le souhait d’obtenir « un prix compétitif ».


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Contestation judiciaire

En 2017, les libéraux ont signé un « partenariat » avec l’entreprise québécoise Junex afin de poursuivre l’exploration pétrolière dans un secteur situé à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Gaspé. Selon les données publiées alors par l’entreprise, le projet Galt contiendrait des « réserves de pétrole éventuelles récupérables » de huit millions de barils de pétrole. Mais de façon plus précise, il renfermerait des réserves prouvées et probables de 161 000 barils.

Depuis la signature de ce partenariat, Junex a été vendue à l’entreprise albertaine Cuda Oil and Gas, qui a elle-même cédé ses actifs québécois à Ressources Utica, qui est contrôlée par des investisseurs autrichiens.

En 2018, le gouvernement a également adopté la Loi sur les hydrocarbures, qui impose des règles environnementales plus strictes pour encadrer l’exploration pétrolière et gazière. C’est d’ailleurs en vertu de cette législation que le gouvernement Legault a refusé d’accorder un permis de forage à son partenaire dans le projet Galt, Ressources Utica, en 2020.

Le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles a alors évoqué une disposition qui interdit la réalisation de forages à moins de 1000 mètres d’un milieu hydrique, ce qui aurait été le cas pour le nouveau forage exploratoire pour le projet Galt. Ce refus est actuellement contesté devant les tribunaux par Ressources Utica, qui affirme que son programme d’exploration pétrolière ne représente pas de risque pour la protection des cours d’eau du secteur. L’entreprise demande donc l’autorisation de poursuivre l’exploration, afin de confirmer s’il existe un potentiel d’exploitation commerciale.

Porte-parole de l’organisme Environnement Vert Plus, un groupe qui milite contre les projets d’exploitation d’énergies fossiles, Pascal Bergeron salue la volonté du gouvernement Legault de se départir de sa participation dans le projet pétrolier Galt. « On est contents que la CAQ désavoue ce projet, mais on espère aussi que le gouvernement va désavouer toute la filière pétrolière et gazière au Québec », a-t-il fait valoir, en soulignant que le gouvernement a visiblement perdu des millions de dollars dans cette filière.

M. Bergeron a notamment rappelé que le gouvernement a injecté 12 millions de dollars dans les projets pétroliers et gaziers Bourque et Haldimand, alors qu’ils étaient développés par l’entreprise Pétrolia. Ces projets n’ont jamais atteint la phase d’exploitation commerciale et le projet Haldimand, situé près d’un secteur résidentiel de Gaspé, est désormais bloqué par les dispositions de la Loi sur les hydrocarbures. L’entreprise Pierideae Eergy, qui a racheté Pétrolia, réclame d’ailleurs 32 millions de dollars au gouvernement en guise de dédommagement.

Le gouvernement du Québec a par ailleurs perdu 92 millions de dollars dans le projet Hydrocarbures Anticosti, dont 62 millions de dollars en guise de compensations aux entreprises impliquées.

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