Benoit Charette promet une décision sur GNL Québec d’ici l’automne

Le projet GNL Québec a soulevé des craintes pour l’image de marque de l’industrie touristique sur le Saguenay.
Alexandre Shields Le Devoir Le projet GNL Québec a soulevé des craintes pour l’image de marque de l’industrie touristique sur le Saguenay.

Le ministre de l’Environnement Benoit Charette promet qu’une décision du gouvernement Legault sera prise d’ici l’automne prochain, voire d’ici la fin de l’été, concernant l’avenir du projet d’usine gazière de GNL Québec. Pour le moment, les échanges se poursuivent avec le promoteur, qui doit démontrer les bénéfices environnementaux et l’acceptabilité sociale de son projet d’exportation de gaz naturel albertain.

Un mois après la publication d’un rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) particulièrement critique du projet Énergie Saguenay, le ministre Charette a indiqué mercredi que le processus d’évaluation environnementale est toujours en cours.

« On ne veut pas que ça s’éternise sur de longs mois. L’échéancier sur lequel on travaille nous amène quelque part à la fin de l’été, ou sinon à l’automne. Il y a des discussions entre le ministère et le promoteur, et le promoteur semble se reconnaître dans cet échéancier », a-t-il précisé, dans le cadre de l’étude des crédits du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC). « Que l’on soit pour ou contre le projet, les gens veulent savoir quelle sera la suite », a ajouté M. Charette.

Il a d’ailleurs défendu le choix du gouvernement de ne pas prendre position immédiatement après la publication du rapport du BAPE. « Certains groupes auraient aimé, dès le rapport du BAPE, qu’on indique si on va de l’avant ou pas avec le projet. Or, la Loi sur la qualité de l’environnement prévoit une procédure qu’on ne peut pas interrompre », a-t-il fait valoir.

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Questions à GNL Québec

Benoit Charette a indiqué que le ministère a fait parvenir deux séries de questions au promoteur du projet d’usine et de terminal maritime. Celles-ci sont liées aux « trois conditions » fixées par les caquistes pour que le plus gros projet industriel privé de l’histoire du Québec puisse recevoir le feu vert du gouvernement Legault.

Les promoteurs doivent ainsi démontrer « l’acceptabilité sociale » de GNL Québec, mais aussi son rôle dans le contexte de la « transition énergétique » et sa capacité à générer une « diminution » des émissions de gaz à effet de serre « à l’échelle mondiale ».

Le rapport du BAPE a toutefois démontré que cette tâche pourrait être ardue pour les promoteurs. Les commissaires ont notamment constaté qu’en matière d’acceptabilité sociale, « la somme des risques afférents au projet dépasse celle de ses avantages ». Et peu importe la décision qui sera prise sur le projet, « le clivage sociétal observé risque de perdurer ».

Le rapport du BAPE conclut également que le projet de liquéfaction et d’exportation maritime de gaz naturel entraînera un « ajout net » d’émissions de gaz à effet de serre (GES). Les commissaires rejettent ainsi le principal argument mis en avant par les promoteurs, qui affirment au contraire que le projet permettrait de réduire les émissions mondiales de GES.

Le BAPE réfute aussi l’idée que ce gaz naturel, exploité « presque exclusivement » par fracturation, contribuerait à la « transition énergétique » nécessaire pour lutter contre la crise climatique, comme l’ont affirmé le premier ministre François Legault et certains de ses ministres dans les mois précédant l’évaluation environnementale.

Le rapport souligne plutôt que GNL Québec « pourrait constituer un frein à la transition énergétique sur les marchés visés par le projet ». L’achat à long terme de ce gaz naturel d’origine fossile « aurait pour conséquence de verrouiller les choix énergétiques des pays clients et, conséquemment, les émissions de GES associées à la combustion du gaz naturel qui y serait livré ». Donc, « la transition de ces pays vers une économie sobre en carbone pourrait en être retardée ».

« D’ailleurs, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) émet des réserves sur le rôle de l’industrie gazière comme acteur de la transition énergétique, parce que cette industrie est elle-même une source importante d’émissions de GES, notamment dans les activités d’exploration et d’extraction, en amont de la chaîne d’approvisionnement », peut-on lire dans le rapport de plus de 500 pages.

Dans ce contexte, Benoit Charette a fait valoir mercredi que les réponses qui seront fournies au cours des prochaines semaines par les promoteurs « devront être satisfaisantes pour qu’on puisse passer à l’étape suivante », soit un « avis » favorable du ministre au conseil des ministres du gouvernement Legault.

GNL en Nouvelle-Écosse

Interpellé lui aussi sur le projet GNL Québec, mais aussi concernant le projet d’usine de liquéfaction en Nouvelle-Écosse qui devrait impliquer la construction d’un nouveau gazoduc au Québec, le premier ministre François Legault a réitéré mercredi que son gouvernement approuverait seulement des projets qui permettent d’obtenir des gains économiques et environnementaux.

« Il faudra qu’il y ait des retombées économiques. Ce n’est pas vrai qu’on va accepter qu’un gazoduc passe sur le territoire du Québec et qu’on ne fasse pas d’argent, qu’il n’y ait pas de retombées et de création d’emplois. C’est très clair. Il faut aussi que ce soit acceptable du point de vue environnemental. Ce que ça veut dire, c’est qu’il doit y avoir une réduction de GES avec ce projet, pour la planète », a-t-il expliqué lors de l’étude des crédits du ministère du Conseil exécutif.

« L’avantage du GNL, c’est qu’il se transporte. Donc, si on a plus de gaz sur la planète et qu’on réduit la place du charbon, on vient de réduire les GES de façon importante. C’est ce qu’il faut regarder. Et d’ici 30 à 40 ans, il faudra avoir ni l’un ni l’autre, mais seulement des énergies vertes », a ajouté le premier ministre.

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