Legault est «ouvert» à un gazoduc au Québec pour une usine de GNL en Nouvelle-Écosse

Le tracé du gazoduc qui transporterait du gaz pour le projet de GNL en Nouvelle-Écosse passe notamment par l’Estrie.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Le tracé du gazoduc qui transporterait du gaz pour le projet de GNL en Nouvelle-Écosse passe notamment par l’Estrie.

Le premier ministre François Legault se dit ouvert à la construction d’un nouveau gazoduc qui traverserait le sud du Québec pour alimenter une usine de gaz naturel liquéfié (GNL) en Nouvelle-Écosse, afin d’exporter ainsi du gaz albertain. Selon lui, un tel projet peut être intéressant s’il permet de réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Le Devoir révélait mardi que la construction d’une nouvelle usine de liquéfaction située dans les Maritimes, un projet nommé « Goldboro LNG », devrait nécessiter la construction d’un nouveau gazoduc sur le tracé d’une conduite existante qui passe par l’est de l’île de Montréal, mais aussi par la Montérégie et l’Estrie. Une telle conduite servirait à alimenter l’usine que souhaite construire l’entreprise albertaine Pieridae Energy, qui espère développer à terme un projet de dimension similaire à celui de GNL Québec.

La chef libérale, Dominique Anglade, a interpellé mardi le premier ministre François Legault à ce sujet lors de la période des questions à l’Assemblée nationale, tout en affirmant que « le gaz naturel n’est pas une solution énergétique à long terme » et que le recours accru à cette source d’énergie risque de ralentir « la transition vers des énergies renouvelables ». « Est-ce que le premier ministre peut, dès maintenant, signifier à Ottawa son opposition formelle quant à la construction d’un nouveau gazoduc sur notre territoire ? » a alors demandé Mme Anglade à M. Legault.

Après avoir affirmé que la cheffe libérale « est contre les énergies de transition », le premier ministre a dit avoir une position « claire » d’ouverture à un nouveau projet de gazoduc. « On est ouverts à ce projet-là », a-t-il laissé tomber. Dans la foulée de ses prises de position favorables au projet de GNL Québec, M. Legault a toutefois indiqué qu’un tel projet doit permettre « une réduction » des gaz à effet de serre (GES) à l’échelle internationale.

Concrètement, cela signifie que ce gaz naturel, exploité principalement par fracturation en Alberta, doit remplacer des énergies plus polluantes ailleurs dans le monde, comme le charbon. « Je sais qu’il y en a qui s’opposent à l’exportation d’hydroélectricité aux États-Unis parce qu’on harnache des rivières, mais on sait qu’aux États-Unis ça remplace de l’énergie beaucoup plus polluante », a dit François Legault.

« Transition »

Dominique Anglade, qui a pris position contre le projet GNL Québec, a également rappelé les constats du rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur ce projet gazier du Saguenay. Le BAPE concluait que le recours au GNL « pourrait constituer un frein à la transition énergétique sur les marchés visés par le projet ». Selon le BAPE, l’achat à long terme de gaz naturel d’origine fossile « aurait pour conséquence de verrouiller les choix énergétiques des pays clients et, conséquemment, les émissions de GES associées à la combustion du gaz naturel qui y serait livré ».

« Je pense que, dans certains cas, [le gaz naturel] est une énergie de transition. On est tous d’accord pour dire qu’éventuellement il faudra aller vers seulement des énergies renouvelables, mais il faut être réalistes », a répliqué M. Legault, en soulignant au passage que le Québec compte « une grande entreprise qui s’appelle Énergir, qui se spécialise dans la distribution de gaz ».

Le gouvernement caquiste a d’ailleurs prévu 35 millions de dollars de financement sur une période de deux ans pour le prolongement du réseau de distribution de gaz naturel au Québec. Un projet a d’ailleurs été annoncé lundi en Beauce.

Décision fédérale

Quant à la construction d’un nouveau gazoduc au Québec pour alimenter la future usine de Pieridae Energy en Nouvelle-Écosse, le projet pourrait se préciser lorsque l’entreprise albertaine aura officiellement annoncé sa décision d’aller de l’avant, d’ici le mois de juin.

Au ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles du Québec, on dit d’ailleurs ne pas avoir reçu de demande concernant ce projet, tout en précisant que le réseau de gazoducs qui devrait être bonifié est de compétence fédérale. Concrètement, cela signifie que la construction d’un nouveau gazoduc serait de compétence fédérale, à l’instar du gazoduc que souhaite construire GNL Québec pour son projet au Saguenay. C’est donc Ottawa qui déciderait de l’approbation.

Au cabinet du ministre des Ressources naturelles du Canada, Seamus O’Regan, on indique simplement que tout projet de gazoduc lié au projet de l’usine de Goldboro passerait par « un processus d’évaluation équitable et rigoureux », mené notamment sous l’égide de la Régie de l’énergie du Canada.

Le cabinet du ministre O’Regan n’a pas voulu préciser s’il appuyait ce nouveau projet d’exportation de gaz naturel albertain. Le gouvernement fédéral a toutefois signé le mois dernier un « partenariat énergétique » avec l’Allemagne, où est situé l’acheteur du gaz qui serait liquéfié en Nouvelle-Écosse. Dans le cadre de cette entente, Ottawa a d’ailleurs affirmé que les projets de GNL font partie du développement de « l’énergie propre », dans un contexte de transition énergétique et de lutte contre la crise climatique.

Qui plus est, le gouvernement Trudeau a fait l’objet de plusieurs démarches de lobbying de la part de Pieridae pour le projet Goldboro LNG au cours des derniers mois. Le registre fédéral des lobbyistes fait état de 25 « communications », notamment dans le but de « sécuriser un soutien fédéral » pour le projet. Sans se prononcer sur la nature du soutien demandé, James Millar estime que le projet « bénéficiera à tous les Canadiens et aux Premières Nations ».

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