Un sommet mondial sur le climat chargé de promesses

Washington considère les enjeux climatiques comme étant une question de «sécurité nationale». Sur la photo, un feu de forêt en Californie, en décembre dernier.
Photo: Ringo H.W. Chiu associated press Washington considère les enjeux climatiques comme étant une question de «sécurité nationale». Sur la photo, un feu de forêt en Californie, en décembre dernier.

Après quatre années de présidence climatosceptique, le nouveau chef de la Maison-Blanche, Joe Biden, veut marquer le retour en force des États-Unis dans la lutte contre la pire crise environnementale de l’histoire, en organisant le Sommet des dirigeants sur le climat, qui s’ouvre ce jeudi. Le gouvernement Trudeau doit d’ailleurs profiter de l’occasion pour annoncer la nouvelle cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) du Canada, qu’on promet plus ambitieuse.

Un peu plus de cinq ans après la signature de l’Accord de Paris, conçu pour limiter idéalement le réchauffement planétaire à 1,5 °C, la communauté internationale est toujours très loin du compte. Selon l’Organisation des Nations unies (ONU), les engagements officialisés jusqu’à présent par les pays pourraient conduire la planète sur la voie d’un réchauffement de 3 °C à 4 °C d’ici la fin du siècle. Cela équivaudrait à une catastrophe climatique, ou encore à un « pacte de suicide », selon les mots utilisés en février dernier par l’émissaire pour le climat du président Biden, John Kerry.

Les choses pourraient toutefois changer, le gouvernement américain ayant promis d’agir et d’inciter les autres grands émetteurs de la planète à passer aux actes. Samedi dernier, la Chine et les États-Unis, qui représentent à eux seuls près de 40 % des émissions mondiales de GES, se sont d’ailleurs engagés à « coopérer » dans la lutte contre les bouleversements climatiques. Une alliance « essentielle », a salué le secrétaire général des Nations unies, António Guterres.

« Il n’y a pas de plus grand défi pour ce gouvernement et pour les États-Unis que de combattre la crise climatique », a aussi insisté mercredi une responsable américaine citée par l’Agence France-Presse, à la veille du sommet virtuel de jeudi et vendredi. Lundi dernier, le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, avait déjà réaffirmé que Washington considère les enjeux climatiques comme étant une question de « sécurité nationale », puisque la crise « risque d’aggraver énormément chacun des défis sécuritaires auxquels les États-Unis sont confrontés ».

Appels à l’ambition

La rencontre internationale de cette semaine, qui doit permettre de prendre le pouls de l’ambition climatique internationale, réunira une quarantaine de leaders politiques, dont le président chinois, Xi Jinping, le président russe, Vladimir Poutine, le premier ministre indien, Narendra Modi, le président brésilien Jair Bolsonaro, la chancelière allemande Angela Merkel, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le premier ministre Justin Trudeau.

Les dirigeants qui prendront la parole lors du sommet, et dont les États représentent plus de 80 % des émissions mondiales de GES, ont été clairement invités à faire des annonces « pour relever leur ambition » climatique et préciser les mesures qu’ils entendent prendre pour verdir leurs économies afin de réduire les émissions mondiales de GES.

Le président Biden a déjà donné le ton au cours des derniers mois en promettant d’investir des centaines de milliards de dollars pour assainir le bilan américain et s’assurer que la relance économique après la crise de la COVID-19 sera « verte ». Il souhaite notamment électrifier les transports, investir dans les infrastructures de transports collectifs et décarboniser 100 % de la production nationale d’électricité d’ici 2035. Tout un défi pour un pays producteur d’énergies fossiles, dont l’électricité est produite à 60 % à partir de gaz naturel et de charbon.

Le sommet sur le climat de cette semaine sera l’occasion d’imprimer davantage sa marque, selon Alexandre Gajevic Sayegh, professeur adjoint au Département de science politique de l’Université Laval. « Ce sommet devrait servir à remettre les États-Unis sur la carte. C’est donc un sommet très important, notamment pour leur permettre de se défaire de l’image du gouvernement Trump. »

En s’appuyant sur son plan, qui devra toutefois passer le test du Congrès, le leader démocrate devrait annoncer jeudi son intention de réduire de 50 % les émissions de GES des États-Unis d’ici 2030, par rapport au niveau de 2005. Cette cible est deux fois plus ambitieuse que celle qui avait été mise de l’avant sous la présidence de Barack Obama. « C’est effectivement une cible très ambitieuse. Mais il faut faire attention : une cible climatique, ce n’est pas un plan d’action. Il faudra donc voir quelles seront les actions qui vont suivre », nuance Alexandre Gajevic Sayegh.

D’autres pays ont aussi pris des engagements en ce sens, à quelques mois du sommet de l’ONU sur le climat, la COP26, qui se tiendra en novembre. Les États membres de l’Union européenne ont ainsi annoncé mercredi leur intention de réduire de 55 % leurs émissions d’ici 2030, par rapport à 1990. Quant à la Chine, premier émetteur mondial et pays toujours très dépendant du charbon, l’objectif affiché est d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2060. Mais le plan quinquennal présenté début mars ne précise pas comment Pékin compte y parvenir et le groupe Climate Action Tracker estime toujours les engagements chinois « très insuffisants ».

Cible canadienne

Le premier ministre Justin Trudeau doit pour sa part annoncer jeudi, dans le cadre du sommet, quelle sera la nouvelle cible canadienne de réduction des GES à l’horizon 2030. Selon des informations publiées mercredi par Radio-Canada, la cible serait en fait une estimation de réduction de 40 % à 45 % par rapport au niveau de 2005. Cela signifie une réduction de 295 à 332 millions de tonnes au cours de la présente décennie.

 

 

Titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau estime qu’il est possible de réduire « de manière importante » les GES. « Mais il ne faut pas répéter les programmes des 20 dernières années qui ont échoué, et se préparer à changer de manière importante nos habitudes en transport, conception et rénovation des bâtiments, alimentation et consommation en général. »

Selon lui, « le cœur de la réduction est dans l’utilisation des véhicules personnels et de marchandises », puisque « la croissance de la consommation de produits pétroliers dans le secteur du transport explique l’augmentation des émissions de GES au Canada depuis 2009 ». Pour réduire cette consommation, M. Pineau plaide pour la mise en place « d’incitatifs pour lutter contre les véhicules individuels » et « miser sur une réduction des émissions dans le transport des marchandises ».

Il souligne aussi l’importance de « réduire de 80 % la consommation énergétique des bâtiments d’ici 2050 » et de développer des réseaux d’échange d’électricité renouvelable entre les différentes régions du pays.

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