Forte hausse des GES attendue en 2021 dans le monde

Les émissions de gaz à effet de serre imputables à la combustion du charbon augmenteront cette année, pour atteindre près de 15 milliards de tonnes, selon l’Agence internationale de l’énergie.
Photo: Ina Fassbender Agence France-Presse Les émissions de gaz à effet de serre imputables à la combustion du charbon augmenteront cette année, pour atteindre près de 15 milliards de tonnes, selon l’Agence internationale de l’énergie.

Après une année de déclin marqué des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), dû à la pandémie, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) prédit un rebond important cette année, en raison de la croissance des émissions imputables à la combustion du pétrole, du gaz naturel et du charbon. Cette hausse donne la mesure de l’ampleur du virage énergétique nécessaire pour lutter contre la crise climatique, à la veille du sommet international sur le climat organisé à l’invitation du gouvernement de Joe Biden.

Selon les données publiées mardi par l’AIE, le déclin des émissions de GES liées au secteur de l’énergie a atteint 5,8 % en 2020, dans le contexte de la crise de la COVID-19. Il serait toutefois en bonne partie chose du passé, puisque l’AIE prédit un rebond de 4,8 % en 2021, ce qui équivaut à une augmentation de 1,5 milliard de tonnes des émissions de GES du secteur énergétique.

Cette hausse devrait ramener les émissions globales liées à la combustion de pétrole, de gaz naturel et de charbon à quelque 33 milliards de tonnes de GES cette année, ce qui nous rapprocherait tout près du niveau d’émissions observé en 2019, soit avant la crise sanitaire planétaire.

L’AIE estime ainsi que les émissions imputables au pétrole pourraient bondir de 700 millions de tonnes cette année, alors que les GES liés au gaz naturel devraient augmenter de plus de 200 millions de tonnes, pour atteindre un niveau record de 7,35 milliards de tonnes de GES dans le monde.

À moins que les gouvernements n’agissent rapidement pour commencer à réduire les émissions, il est probable que nous affrontions une situation pire encore en 2022

La hausse des émissions liées au charbon est évaluée à 600 millions de tonnes (pour un total de 14,8 milliards de tonnes), dans un contexte où la croissance de la demande cette année pour ce combustible fossile serait « 60 % plus élevée » que celle de « toutes les énergies renouvelables combinées ». Le rebond sera tel, selon l’AIE, que la demande sera plus élevée qu’elle ne l’était en 2019.

Le secteur des énergies renouvelables est néanmoins promis à une croissance cette année, puisque l’AIE prédit une hausse de la demande de l’ordre de 8 %, principalement en raison de l’installation de capacités de production dans le domaine du solaire et de l’éolien. Cette croissance de la demande pour la production d’électricité propre pourrait amener la part des énergies renouvelables dans le « mix énergétique » à près de 30 % en 2021, contre environ 27 % en 2019.

« Sombre avertissement »

Globalement, a prévenu mardi le directeur de l’AIE, Fatih Birol, le portrait énergétique demeure insoutenable pour limiter les bouleversements du climat planétaire. « Voilà un sombre avertissement qui montre que la reprise économique après la crise de la COVID-19 est à ce jour tout sauf soutenable pour notre climat », a-t-il fait valoir, par voie de communiqué.

« À moins que les gouvernements n’agissent rapidement pour commencer à réduire les émissions, il est probable que nous affrontions une situation pire encore en 2022 », a ajouté M. Birol, jugeant que « le sommet sur le climat organisé par le président américain Joe Biden cette semaine est un moment critique pour s’engager à des actions claires et immédiates avant la COP26 de Glasgow ».

Dans le cadre de cette rencontre internationale, à la laquelle participeront une quarantaine de dirigeants politiques, dont le premier ministre Justin Trudeau, les pays sont invités à proposer des cibles plus ambitieuses de décarbonisation de leurs économies afin de réduire les émissions mondiales de GES en vue du respect des objectifs de l’Accord de Paris pour le climat. Pour espérer limiter le réchauffement selon les recommandations des scientifiques, soit à 1,5 °C, il faudrait que les émissions mondiales de GES chutent de 7,6 % chaque année d’ici 2030.

Or, les prévisions publiées mardi par l’AIE indiquent que le rebond des émissions est déjà en cours, alors que la crise de la COVID-19 est loin d’être terminée. Selon l’ONU, les engagements des États ne sont d’ailleurs toujours pas à la hauteur, plus de cinq ans après la signature de l’Accord de Paris, puisque les engagements officialisés par les pays pourraient conduire la planète sur la voie d’un réchauffement de 3 °C à 4 °C d’ici la fin du siècle.

Si ce scénario se confirmait, le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) prévient que le monde tel qu’on le connaît deviendrait carrément « méconnaissable », avec un « recul de l’espérance de vie » et « un recul de la qualité de vie » dans plusieurs régions de la planète. « L’état de santé et de bien-être » de la population serait ainsi « substantiellement réduit » et cet état continuerait de se dégrader au cours des décennies suivantes. Le GIEC met d’ailleurs en garde contre une hausse « majeure » des prix des aliments, des conflits et des migrations climatiques.

De gros pays émetteurs commencent toutefois à donner la mesure de leur engagement. C’est le cas de la Chine, premier émetteur mondial, qui dit vouloir atteindre la neutralité carbone d’ici 2060. Les États-Unis, sous la présidence de Joe Biden, pourraient aussi s’engager à bonifier substantiellement leur cible de réduction des GES à l’horizon 2030. Même chose pour le Canada, qui promet le dévoilement d’une nouvelle cible ce jeudi, plus de cinq ans après l’arrivée au pouvoir des libéraux de Justin Trudeau.

 

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