Favoriser la régénérescence des grands arbres au parc national d’Opémican

Pascaline David
Collaboration spéciale
Yves Bergeron et son équipe vont étudier les dynamiques de régénération des forêts de pins blancs et rouges.
Tadeusz Splawinski Yves Bergeron et son équipe vont étudier les dynamiques de régénération des forêts de pins blancs et rouges.

Ce texte fait partie du cahier spécial Environnement

Le parc national d’Opémican, situé en Abitibi-Témiscamingue, est l’un des rares endroits au Québec où il subsiste de grandes forêts de pins rouges et blancs. Un projet de recherche visant à développer une stratégie de gestion durable y est actuellement mené par l’Institut de recherche sur les forêts (IRF) de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT).

L'IRF s’intéresse à l’aménagement écosystémique dans le domaine forestier. « On regarde comment les forêts se régénèrent naturellement dans l’objectif de maintenir les processus naturels et la biodiversité », explique Yves Bergeron, professeur, codirecteur de l’IRF et responsable du projet au parc d’Opémican.

La particularité du parc, d’une superficie de 252 km2, est sa concentration en pins blancs et rouges, deux espèces qui ont été très exploitées depuis le XIXe siècle. « Cela a commencé par les Anglais qui n’avaient plus accès à l’Europe à cause de Napoléon et qui se sont tournés vers l’Amérique du Nord pour construire leurs bateaux en bois », raconte-t-il. S’en est suivie une période de coupe très intense, entraînant une forte diminution des peuplements d’arbres.

Aujourd’hui, il existe une volonté de les restaurer et de s’assurer de leur régénérescence lorsqu’ils sont exploités. Alors que peu d’incendies de forêt se manifestent habituellement dans le sud du territoire, un feu naturel s’est déclaré en 2018 à l’intérieur du parc d’Opémican. Les chercheurs ont eu l’idée d’étudier les conséquences de ce phénomène naturel par rapport à d’autres pratiques sylvicoles.

Techniques de recherche

« On sait que les coupes totales ne sont pas bonnes pour la survie des espèces et qu’il faut privilégier des coupes partielles ou progressives », indique Yves Bergeron. Les chercheurs comparent des peuplements qui ont été soumis à différentes perturbations, comme des feux de surface, mais aussi des épidémies de la tordeuse des bourgeons de l’épinette et de la rouille vésiculeuse du pin blanc.

S’ils ne recourent pas au brûlage dirigé dans le cadre de ce projet, ils vont tenter de colliger les informations nécessaires pour vérifier si cette technique pourrait favoriser la régénérescence des pins. « On va regarder le taux de succès des feux qu’il y a eus dans le passé », précise M. Bergeron.

Le brûlage dirigé consiste à préparer le terrain, à étudier les conditions climatiques favorables ou non, puis à allumer un feu dans le sous-bois et à le maintenir dans une zone précise. Cette technique, utilisée dans d’autres provinces au Canada, mais très peu au Québec, doit être extrêmement bien encadrée pour être sans danger.

Les résultats dégagés par l’équipe de l’UQAT permettront ainsi d’orienter les stratégies de gestion des forêts de pins blancs et rouges et d’évaluer les effets potentiels des changements climatiques sur la résilience des espèces.

Communautés autochtones

Le pin blanc est très présent dans les cultures autochtones. « Son tronc est haut et élancé et les branches vont dans le sens du vent dominant, explique Yves Bergeron. Cela permettait aux communautés autochtones de se retrouver sur le territoire en fonction de l’orientation des branches. » La diminution du nombre de pins blancs liée à l’exploitation massive par les peuples colonisateurs a eu des effets dévastateurs sur le milieu de vie des communautés algonquines qui vivent encore près du parc Opémican. L’arbre, qui peut atteindre 40 mètres de hauteur, est aussi associé à un symbole de paix dans la culture autochtone.

 

À voir en vidéo