Une meilleure gestion des eaux pluviales pour s'adapter aux événements extrêmes

Pascaline David
Collaboration spéciale
«L’augmentation de la fréquence des événements pluvieux intenses représente l’un des aléas climatiques les plus importants à Montréal», souligne la professeure Sophie Van Neste.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «L’augmentation de la fréquence des événements pluvieux intenses représente l’un des aléas climatiques les plus importants à Montréal», souligne la professeure Sophie Van Neste.

Ce texte fait partie du cahier spécial Environnement

La gestion des eaux de pluie abondante dans les villes, liées aux changements climatiques, est un défi de taille pour les chercheurs, urbanistes et autres ingénieurs. Pour pallier les problèmes d’inondation et de déversement, la professeure à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) Sophie Van Neste s’intéresse aux infrastructures vertes comme l’aménagement végétalisé.

Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en action climatique urbaine, Sophie Van Neste se penche depuis plusieurs années sur l’adaptation des villes aux changements climatiques. « L’augmentation de la fréquence des événements pluvieux intenses représente l’un des aléas climatiques les plus importants à Montréal », souligne-t-elle.

À Montréal comme dans la plupart des villes du monde, les chercheurs et praticiens constatent que les réseaux souterrains n’arrivent pas à contenir les pluies lorsqu’elles sont abondantes, créant des inondations intra-urbaines comme celle du métro montréalais en 2012. La ville s’est également densifiée avec le temps, donc les eaux usées prennent davantage de place dans le réseau. Cela est à l’origine d’un autre problème écologique majeur, puisque des débordements peuvent avoir lieu dans le fleuve Saint-Laurent directement, sans traitement de l’eau.

Pratiques vertes

Plusieurs villes cherchent désormais à se tourner vers une gestion des eaux pluviales plus localisée. « L’eau est retenue ou infiltrée au plus proche de l’endroit d’où elle est issue, plutôt que d’être acheminée par un grand réseau à l’autre bout de la ville », explique la chercheuse.

L’idée est d’aménager des bassins de rétention en surface afin de retenir l’eau durant les précipitations abondantes, qui sera ensuite graduellement intégrée dans le réseau. Une autre solution pour retenir les pluies moins abondantes consiste à végétaliser, donc à ajouter des plantes sur les trottoirs dans les rues.

Image: Alliance ruelles bleues-vertes Projection de la future ruelle bleue-verte dans le quartier Pointe-Saint-Charles, situé dans le sud-ouest de Montréal

Ces initiatives sont intégrées dans le projet pilote des ruelles bleues-vertes, qui consiste à mettre en place des solutions innovantes et participatives de gestion des eaux pluviales avec la communauté montréalaise dans les ruelles vertes. Les bénéfices sont multiples, tels que la diminution des îlots de chaleur, l’augmentation de la biodiversité, de la qualité de l’air et bien sûr, une meilleure résilience face aux inondations.

Collaboration

Un des défis de ces nouveaux aménagements est de réfléchir aux nombreux aspects à prendre en compte en amont, comme la topographie. « Souvent, les parcs sont bâtis en haut de pentes, ce qui ne permet pas aux plantes de retenir l’eau », commente Sophie Van Neste. Il est donc nécessaire, selon la chercheuse, de trouver de nouvelles manières de collaborer avec la diversité des acteurs qui doivent être impliqués.

Elle a récemment participé à un projet dans Lachine-Est, en partenariat avec la Ville de Montréal et Ouranos, consortium en climatologie, pour déterminer les enjeux de coordination et d’expertise. Parmi les recommandations, qui pourraient s’adapter à d’autres quartiers, Mme Van Neste cite la nécessité d’adapter certains processus de gouvernance. « Pour l’instant, personne n’est chargé spécifiquement des infrastructures vertes à Montréal, mentionne-t-elle. Le Service de l’eau s’occupe de l’eau, mais ne prend pas en compte les autres éléments. »

Il serait également judicieux, selon l’équipe de recherche, d’intégrer les citoyens dans des espaces de discussion et de délibération. La gestion des eaux pluviales doit ainsi être pensée comme un principe transversal, en faisant attention à verdir et à améliorer le milieu de vie de manière équitable.