Cartographier les vulnérabilités à Memphrémagog

André Lavoie
Collaboration spéciale
La MRC de Memphrémagog a cartographié ses zones inondables, qui comprennent notamment les territoires adjacents à la rivière aux Cerises.
Photo: Mireille Dagenais La MRC de Memphrémagog a cartographié ses zones inondables, qui comprennent notamment les territoires adjacents à la rivière aux Cerises.

Ce texte fait partie du cahier spécial Environnement

Sécheresse, érosion des berges, feux de forêt, espèces envahissantes : on ne compte plus les phénomènes prouvant les dérèglements du climat causés par le rythme excessif de l’activité humaine. Les contrer, c’est l’affaire de tous, y compris des municipalités régionales de comté (MRC).

Les entités administratives assurant la gestion régionale des municipalités locales assument plusieurs responsabilités, dont l’aménagement de leur territoire. Et certaines d’entre elles sont parfois malmenées, comme lors de grandes inondations en 2017 dans la MRC de Memphrémagog, horrible souvenir pour plusieurs résidents. Les zones inondables dans ce magnifique coin du Québec, c’est une grande préoccupation, selon Mélanie Desautels, coordonnatrice des services professionnels de cette MRC, qui a accueilli avec enthousiasme la proposition d’un groupe de chercheurs d’élaborer la toute première stratégie d’adaptation aux changements climatiques, et qui pourrait sans doute inspirer d’autres MRC.

« Notre premier plan d’action pour l’environnement remonte à 1995, et nous en sommes à notre sixième version, précise Mélanie Desautels, mais nous avons vu la pertinence d’aller plus loin, d’accompagner les municipalités, de transmettre de l’information et d’établir un portrait des changements climatiques à l’échelle du territoire. » Ce portrait, esquissé avec la collaboration de l’Université de Sherbrooke, de l’Université de Montréal (UdeM) et du Consortium Ouranos, a été élaboré sur trois ans, et un rapport final remis en janvier dernier. « Mais il faut garder mobilisé l’ensemble des partenaires et des participants à ce projet », admet Mélanie Desautels.

Cet enjeu, Isabelle Thomas, professeure à l’École d’urbanisme de l’UdeM, spécialiste en développement durable, le considère comme crucial, faisant partie des chercheurs impliqués dans l’élaboration de la stratégie de la MRC. Un tel exercice de réflexion et de politique publique ne peut se faire en vase clos, parce qu’il touche le quotidien des citoyens et qu’il revêt un caractère d’urgence devant les phénomènes climatiques extrêmes.

Mot d’ordre : gouvernance participative

« Avec nos savoirs universitaires et d’experts, on peut développer des méthodes face aux vulnérabilités d’un territoire, mais c’est fondamental de travailler avec les acteurs locaux », dit celle qui s’intéresse depuis longtemps aux phénomènes des inondations. Et pour élaborer cette première stratégie d’adaptation, son équipe n’a pas lésiné sur les moyens, et encore moins sur le nombre d’espaces de discussion, favorisant ainsi la parole citoyenne : tables sectorielles, tables régionales, cafés-climat, etc.

Cette MRC, qui englobe la ville de Magog, représente un véritable paradis du plein air, des auberges accueillantes, des villages pittoresques, « mais c’est aussi un territoire exposé aux risques naturels, que ce soit les pluies ou les vents intenses, en plus de l’étalement urbain et le développement immobilier », note Isabelle Thomas. D’où l’importance d’entendre aussi bien les travailleurs du secteur touristique que ceux de l’agriculture, de même que les riverains qui voient chaque montée des eaux comme une menace.

Un bouclier : la connaissance

« Il faut transformer ces grandes catastrophes en occasions, et pour ce faire, obtenir une acceptabilité sociale et politique », selon Isabelle Thomas. Et cela commence par la sensibilisation, l’éducation, afin de bien comprendre les enjeux, pour éviter autant la désinformation que les directives unilatérales qui ne s’appliquent pas à certaines réalités locales, ou reproduire les mêmes erreurs, comme cette manie de reconstruire à l’identique dans des zones inondables. Car derrière ces phénomènes qui font les manchettes se cachent souvent des drames humains.

Quand certains citoyens n’arrivent pas à se reloger convenablement après la destruction de leur maison, ou que certaines municipalités sont au bord de la faillite après une baisse radicale des taxes foncières, ce sont autant de tristes rappels sur la nécessité de repenser les infrastructures, vertes et bleues. « Renaturaliser des zones sinistrées, leur redonner un accès collectif, voilà qui peut à la fois améliorer la qualité de vie et permettre à une municipalité de devenir encore plus attrayante », affirme la professeure de l’UdeM. En somme, c’est en cartographiant ses vulnérabilités qu’un territoire pourra prendre la bonne direction, malgré les vents forts des changements climatiques.

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