Le climat a besoin d’une relance verte

Jean-François Venne
Collaboration spéciale
Au Québec, près de la moitié des émissions de GES viennent du secteur des transports.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Au Québec, près de la moitié des émissions de GES viennent du secteur des transports.

Ce texte fait partie du cahier spécial Environnement

Au rythme actuel, l’augmentation des températures devrait dépasser 3 °C au cours de ce siècle, bien au-delà de la cible de 1,5 à 2 °C de l’Accord de Paris sur le climat, rappelait récemment un rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (UNEP).

Inverser la tendance exigera une reprise post-COVID-19 verte, selon l’UNEP. C’est loin d’être gagné, si l’on regarde l’exemple du Canada et du Québec. « Le budget du Québec ne propose pas une relance verte, il maintient un statu quo et met l’accent sur les projets d’infrastructures et la construction », déplore Sabaa Khan, directrice générale pour le Québec et l’Atlantique de la Fondation David Suzuki.

Après trois années d’augmentation consécutives, les émissions de CO2 ont diminué d’environ 7 % en 2020 en raison de la pandémie, d’après l’UNEP. Le répit pourrait toutefois être de courte durée. « En général, les niveaux d’émissions remontent rapidement après une crise économique, à moins que des changements structurels ne viennent éliminer ou réduire les sources qui les génèrent », prévient Sabaa Khan.

Par ailleurs, les concentrations atmosphériques des principaux gaz à effet de serre (GES) sont restées en hausse en 2020, malgré la chute des émissions. « Les GES demeurent dans l’atmosphère longtemps après leur production donc même une fois que nous serons devenus carboneutres, nous devrons attendre plusieurs années avant d’en voir les effets », note Annie Chaloux, professeure adjointe à l’Université de Sherbrooke et spécialiste de la gouvernance climatique canadienne et québécoise.

Québec stagne

Québec avait annoncé des investissements majeurs dans les transports collectifs et dans l’électrification des transports dans son budget 2020-2021. Pas moins de 44 % des émissions de GES du Québec viennent des transports. Le gouvernement québécois gagnerait toutefois à revoir son approche fiscale, considère Annie Chaloux. « Québec maintient ses subventions pour l’achat des voitures électriques, mais n’augmente pas la taxation sur les véhicules à essence énergivores, comme les VUS, regrette-t-elle. Pourtant, cela ralentirait les ventes de ces populaires véhicules et les sommes perçues par cette taxation financeraient les crédits d’impôt pour véhicules électriques. »

44 %

C’est le pourcentage des émissions de GES du Québec qui viennent du secteur des transports.

En novembre 2020, Québec avait dévoilé son plan pour une économie verte (PEV) 2030, qui vise une réduction de 37,5 % de ses émissions de GES par rapport à 1990 et l’atteinte de la carboneutralité en 2050. Les groupes environnementaux l’avaient accueilli assez tièdement. Cela dit, les engagements de l’Accord de Paris ne se limitent pas à la diminution des émissions de GES, ils incluent d’autres volets, notamment l’aide aux pays émergents et les transferts technologiques. Québec est devenu en 2016 l’un des premiers États fédérés à financer la coopération climatique par l’entremise du Programme de coopération climatique internationale (PCCI). Ce programme a d’ailleurs remporté l’un des quinze Prix de l’action climatique de l’Organisation des Nations unies en 2019.

« Le Québec agit pour lutter contre les changements climatiques, mais l’Accord de Paris n’est pas statique, il demande aux gouvernements d’intensifier ses contributions tous les cinq ans, explique Annie Chaloux. Or, le PEV 2030 ne rehausse pas les engagements du Québec. Par exemple, la cible de 37,5 % de réduction d’émission de GES reste la même qu’en 2015. »

Ottawa reçoit le feu vert

Et le fédéral dans tout ça ? En novembre 2020, le gouvernement de Justin Trudeau a présenté son projet de Loi canadienne sur la responsabilité en matière de carboneutralité (C-12), assorti de cibles de réduction de GES en 2030, 2035, 2040 et 2045. L’objectif de zéro émission devrait être atteint en 2050. Ce projet de loi reste cependant bloqué depuis plusieurs mois à la Chambre des communes. « Les députés doivent rapidement l’envoyer au Comité permanent de l’environnement et du développement durable afin qu’il soit discuté et amendé », réclame Sabaa Khan.

En mars dernier, la Cour suprême a par ailleurs tranché avec une décision majoritaire en faveur du gouvernement fédéral dans le dossier de la tarification du carbone, qui l’opposait à l’Alberta, l’Ontario et la Saskatchewan. Le plus haut tribunal au pays a confirmé que cette tarification est constitutionnelle. Le juge en chef, Richard Wagner, a qualifié « d’existentielle » la crise du changement climatique, rappelant qu’elle ne connaît pas de frontières et requiert une action collective.

« L’accent était mis sur les provinces auparavant parce que le fédéral doutait quant aux gestes qu’il pouvait ou non poser dans ce domaine, indique Annie Chaloux. Le jugement de la Cour suprême vient modifier cela. Il renforce la capacité du fédéral de lutter contre les changements climatiques sur le plan national. Reste à voir comment il utilisera cette nouvelle marge de manœuvre dans les prochaines années. »



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