Les océans du Canada plus bouleversés que jamais par le réchauffement

La diminution des stocks de harengs pourrait menacer les populations de macareux moines, un oiseau marin qui niche sur des îles du golfe du Saint-Laurent.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir La diminution des stocks de harengs pourrait menacer les populations de macareux moines, un oiseau marin qui niche sur des îles du golfe du Saint-Laurent.

Sous l’effet combiné du réchauffement climatique et de l’activité humaine, les trois océans qui bordent les côtes canadiennes subissent plus que jamais des bouleversements majeurs qui menacent plusieurs écosystèmes marins et des ressources de la mer importantes, prévient un rapport de Pêches et Océans Canada. L’Atlantique et le golfe du Saint-Laurent n’échappent pas à ces phénomènes, qui se sont accélérés au cours des dernières années.

Alors que débute la décennie des océans décrétée par les Nations unies, les signaux inquiétants en provenance de l’Arctique, du Pacifique et de l’Atlantique se multiplient, selon ce qui se dégage du rapport Les océans du Canada maintenant, 2020. « Nos océans ont tous connu ces dernières années des changements physiques et biologiques marqués sous l’effet des changements climatiques et de l’activité humaine — les températures augmentent, les habitats se dégradent, la répartition des espèces se déplace et les réseaux trophiques [chaînes alimentaires] se transforment », peut-on y lire.

La plupart des problèmes de santé des océans qui bordent le littoral canadien découlent de l’accumulation de gaz à effet de serre dans l’atmosphère (principalement le dioxyde de carbone) et des bouleversements du climat. « À mesure que les océans du Canada absorbent cette chaleur et le dioxyde de carbone, ils se réchauffent et deviennent plus acides, leur taux d’oxygène diminue, la glace de mer en été dans l’Arctique diminue et les vagues de chaleur marines deviennent plus fréquentes », soulignent les scientifiques de Pêches et Océans Canada (MPO).

« Les courants et les mélanges océaniques redistribuent la chaleur et le dioxyde de carbone absorbés à la surface de la mer vers les eaux plus profondes, provoquant d’autres modifications des écosystèmes marins qui pourraient persister pendant des décennies », ajoutent-ils.

Le réchauffement se produit à un rythme accéléré dans les eaux de l’Arctique, mais les chercheurs observent également des hausses en Atlantique, ainsi que « des records successifs de températures élevées » dans certaines régions du golfe du Saint-Laurent.

Espèces fragilisées

Ce réchauffement affecte plusieurs espèces comme la crevette nordique, une ressource alimentaire « essentielle pour de nombreuses espèces » et qui fait l’objet d’une importante pêche commerciale. La hausse des températures joue aussi un rôle dans le « déclin » observé chez la plupart des populations de saumon de l’Atlantique, un poisson qui est aussi un emblème de plusieurs rivières de l’est du Québec. Même chose pour le crabe des neiges, qui « a subi les effets du réchauffement des eaux profondes, ce qui a contribué à de récents déclins dans certaines régions ».

Ce réchauffement des eaux de surface entraîne en outre une diminution du mélange avec les couches plus profondes de l’océan, ce qui réduit l’apport en oxygène nécessaire pour la bonne santé de toute la chaîne alimentaire océanique. Ce phénomène d’« hypoxie » s’aggrave aussi dans le golfe et dans l’estuaire du Saint-Laurent, ce qui a notamment des conséquences sur différentes espèces de poissons qui ne peuvent survivre dans des eaux faiblement oxygénées.

Les bouleversements climatiques provoquent aussi « une réduction de la quantité et de l’épaisseur de la glace de mer », un phénomène notamment de plus en plus visible au large de Terre-Neuve et en Arctique, mais aussi dans le Saint-Laurent. Ce déclin du couvert de glace en hiver a pour effet d’accélérer l’érosion côtière, un phénomène bien visible aux îles de la Madeleine et dans certains secteurs de la Côte-Nord et de la Gaspésie.

Autre phénomène de plus en plus préoccupant pour les scientifiques : l’acidification des milieux marins. Dans l’Atlantique et dans le golfe du Saint-Laurent, par exemple, on note une augmentation constante de l’acidité des eaux, une situation imputable à l’absorption du CO2 produit par la combustion d’énergies fossiles.

« Dans l’estuaire maritime du Saint-Laurent, les records de températures chaudes au fond, les nutriments supplémentaires provenant des activités humaines et la réduction de l’oxygène ont amplifié la menace posée par l’acidification », prévient aussi le rapport de MPO. Or, « cette menace peut être particulièrement grave pour les espèces à carapace dure », insistent les scientifiques, qui citent en exemple le homard. Ce crustacé, qui fait vivre toute une industrie de la pêche, affiche un taux de mortalité plus élevé et des problèmes de développement lorsque les eaux s’acidifient.

Exploitation

En plus de bouleverser le climat, l’activité humaine entraîne diverses dégradations des milieux marins, et ce, des habitats côtiers aux eaux profondes. Le rapport de MPO cite en exemple des « perturbations physiques », comme les engins de pêche qui touchent aux fonds marins, ou encore l’« extraction des ressources », mais sans nommer l’industrie pétrolière et gazière.

Les chercheurs fédéraux soulignent par ailleurs que plusieurs espèces animales ne se sont pas rétablies de la « surexploitation », dont le hareng, le maquereau et le capelan. Comme toutes ces espèces sont liées dans l’écosystème marin, un déclin comme celui du capelan « retarde le rétablissement de la morue qui s’en nourrit, et celui du hareng se répercute sur la santé des oiseaux de mer, comme les sternes et les macareux ». D’autres espèces sont stables ou en diminution en raison du déclin des poissons dont elles se nourrissent. C’est notamment le cas des fous de Bassan.

Pêches et Océans Canada n’a pas donné suite à notre demande d’entrevue mercredi, affirmant qu’aucun expert n’était joignable.

À voir en vidéo