Trans Mountain risque de faire perdre 12 milliards au Canada, selon une étude

Les travaux d’expansion du pipeline Trans Mountain sont bien entamés en Alberta et en Colombie-Britannique.
Photo: Jason Franson Archives La Presse canadienne Les travaux d’expansion du pipeline Trans Mountain sont bien entamés en Alberta et en Colombie-Britannique.

Le gouvernement Trudeau a pris une très mauvaise décision financière en choisissant de racheter le pipeline Trans Mountain et d’en financer l’agrandissement, conclut une nouvelle étude universitaire. Risquant de perdre des milliards de dollars dans cette aventure pétrolière, Ottawa devrait stopper le projet et utiliser les fonds pour des énergies renouvelables, estiment les chercheurs.

Selon les résultats de cette étude produite par une équipe de l’Université Simon Fraser, en Colombie-Britannique, les Canadiens « vont perdre » plus de 11,9 milliards de dollars avec le projet d’agrandissement du pipeline Trans Mountain selon le scénario retenu. D’après les différents scénarios évalués, les pertes pourraient varier de 3,2 milliards à plus de 18,5 milliards. Quel que soit le scénario, aucun n’a permis de démontrer que le projet pourrait générer un bénéfice pour le gouvernement.

Selon le professeur Thomas Gunton, auteur principal de cette étude, le fait que les coûts de construction du projet ont « plus que doublé », passant de 5,4 milliards à 12,6 milliards, explique en bonne partie le manque à gagner qui découlera de ce projet.

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La non-rentabilité du projet s’expliquerait aussi par la mise en œuvre de politiques climatiques plus ambitieuses annoncées par le Canada et plusieurs autres pays, ce qui aura pour effet de « réduire la demande future » pour le pétrole au point où ni le pipeline Keystone XL ni le prolongement du pipeline Trans Mountain ne seraient nécessaires.

L’étude évalue notamment que les contrats de vente du pétrole, qui serait transporté une fois le projet d’agrandissement terminé, « ne couvrent pas les dépassements des coûts de construction ». Qui plus est, ceux-ci risquent de ne pas être renouvelés d’ici 15 à 20 ans, ce qui minerait la rentabilité de Trans Mountain.

Le gouvernement a confiance que le projet Trans Mountain est un investissement responsable pour les Canadiens

 

Selon l’analyse des universitaires, les « coûts environnementaux » liés à ce pipeline pourraient également être élevés. Uniquement pour les risques associés à un déversement pétrolier en milieu marin, à partir d’un pétrolier qui serait chargé de ce pétrole des sables bitumineux, les chercheurs évaluent les coûts du nettoyage à 2,6 milliards de dollars.

Stopper le projet

Compte tenu de la hausse des coûts de construction du nouveau pipeline Trans Mountain, de la mise en œuvre de politiques climatiques plus ambitieuses, de l’incertitude pour les ventes de pétrole et des risques environnementaux, l’étude conclut que le gouvernement Trudeau devrait stopper la construction du projet d’expansion.

Même si la construction est déjà bien entamée en Alberta et en Colombie-Britannique, les chercheurs recommandent l’arrêt des travaux et suggèrent à Ottawa d’utiliser les fonds prévus pour des projets de développement de l’énergie renouvelable et d’autres secteurs qui pourraient générer davantage d’emplois dans les provinces concernées.

Des entreprises comme BP et Shell s’adaptent au déclin de la demande de pétrole en réorientant leurs investissements vers les énergies renouvelables. Le gouvernement fédéral devrait faire de même.

 

« Des entreprises comme BP et Shell s’adaptent au déclin de la demande de pétrole en réorientant leurs investissements vers les énergies renouvelables. Le gouvernement fédéral devrait faire de même », résume M. Gunton.
Ottawa garde le cap Appelé à réagir à la publication de cette nouvelle étude, le gouvernement fédéral se veut rassurant. « Le gouvernement a confiance que le projet Trans Mountain est un investissement responsable pour les Canadiens et s’engage à investir chaque dollar gagné dans des projets d’énergie propre », précise le cabinet de la ministre des Finances, Chrystia Freeland, dans une réponse écrite au Devoir.

« Le gouvernement ne prévoit pas être le propriétaire à long terme de Trans Mountain Corporation. Il a l’intention de lancer un processus de désinvestissement une fois que les risques liés au projet d’agrandissement auront été atténués et après la conclusion de l’engagement avec les groupes autochtones », ajoute le cabinet.

Le gouvernement Trudeau a toujours soutenu qu’une fois terminé, le réseau de pipelines serait vendu à un exploitant privé. Aucun acheteur n’est toutefois connu pour le moment. Le Canada est actuellement propriétaire du pipeline Trans Mountain, racheté en 2018 pour la somme de 4,5 milliards de dollars à la pétrolière texane Kinder Morgan.

Le nouveau pipeline Trans Mountain découlant du projet d’expansion devrait être achevé en 2022. Ce duo de pipelines pourra alors transporter 890 000 barils par jour, contre 300 000 actuellement avec le pipeline construit dans les années 1950 et qui demeurera en fonction. Le projet d’expansion fera donc tripler le débit de pétrole et multiplier par sept le nombre de pétroliers chargé dans la région de Vancouver, qui passera de 5 à 34 bateaux par mois.
Bémols Dans un rapport publié en décembre dernier, le directeur parlementaire du budget (DPB) concluait que le projet pourrait bien être rentable pour gouvernement fédéral. « La décision du gouvernement en 2018 d’acquérir, d’agrandir, d’exploiter puis de céder les actifs de Trans Mountain continue d’être profitable pour le gouvernement fédéral, compte tenu du cadre stratégique actuel de la politique climatique », concluait le DPB, Yves Giroux. Deux éléments contribuent à cette conclusion : le fait que les tribunaux aient tranché en faveur du projet d’agrandissement et que, du coup, les travaux de construction progressent.

Le bureau d’Yves Giroux ajoutait des bémols à ce constat pour l’instant positif. « Si les mesures de lutte contre les changements climatiques durcissent, il est possible que les actifs de Trans Mountain présentent une valeur actualisée nette négative », est-il écrit dans son rapport.

De même, si les contrats ne sont pas au rendez-vous, la valeur de cet actif fédéral pourrait diminuer. Trans Mountain avait déjà signé des contrats de 15 ou 20 ans avec des producteurs de pétrole lui garantissant une utilisation à 80 % de la capacité de ses tuyaux. Ce que le DPB ignore, c’est si la capacité restante de 20 % sera utilisée et si, à l’expiration des contrats signés, ceux-ci seront renouvelés.

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