Brésil - Une course contre la montre est engagée pour sauver l'Amazonie

Brasilia — L'Amazonie, le poumon vert de la planète, est engagée dans une course contre la montre face à la déforestation massive dont elle est victime, mais les politiques de protection ne fonctionneront qu'en favorisant le progrès social de ses habitants, selon des experts réunis à Brasilia.

Contrairement aux idées reçues, le développement et la préservation de l'environnement sont loin de s'opposer, ont-ils souligné. «Le Japon est la deuxième puissance industrielle du monde et 70 % de sa surface est couverte de forêts», a noté Carlos Nobre, de l'Institut national des investigations spatiales (INPE, en portugais).

Ce scientifique de l'INPE (qui dépend du ministère des Sciences et technologies) a jugé possible une reforestation de l'Amazonie, la plus grande forêt du monde, et «une reconstruction de son écosystème» grâce à des projets concrets comme la production contrôlée de bois et l'écotourisme.

«Il y a des manières de traiter la question amazonienne de façon productive», a indiqué M. Nobre, lors d'un séminaire sur les politiques publiques amazoniennes tenu à Brasilia.

Déforestation

Ce séminaire et d'autres ont été organisés pour hier et aujourd'hui afin de préparer une conférence qui démarrera mardi prochain, en présence de 800 experts issus de centres brésiliens et internationaux traitant du problème de la déforestation.

L'Amazonie occupe une surface de 3,65 millions de kilomètres carrés, dont 70 % sont situés en territoire brésilien. Le fleuve qui la traverse contient environ 17 % des ressources d'eau douce de la planète.

Mais la portion brésilienne de l'Amazonie a perdu 15 % de sa surface boisée depuis les années 70, selon des observations satellitaires.

Selon le ministère de l'Environnement brésilien, 23 750 km2 de terres ont été déboisées en Amazonie brésilienne d'août 2002 à août 2003, soit 2 % de plus que pendant la période antérieure.

Elle est grignotée par les plantations de soja et l'élevage de bovins sur des superficies déboisées par suite d'incendies qui ont converti le Brésil en l'un des plus gros émetteurs mondiaux de gaz carbonique (CO2), avec 200 millions de tonnes par an, selon l'université de Brasilia.

L'Amazonie a été décrétée priorité numéro un du gouvernement Lula en matière de défense, et depuis la mi-juillet 18 hélicoptères militaires surveillent l'immense forêt pour combattre la déforestation en se basant sur les images satellitaires de l'INPE et du Système de protection de l'Amazonie sur les foyers de déforestation illégaux.

Eneas Salati, directeur technique de la Fondation brésilienne pour le développement durable (FBDS), a souligné l'importance aussi des négociations internationales pour la réduction des émissions polluantes dans le cadre du protocole de Kyoto.

Beaucoup de participants ont insisté toutefois sur la nécessité de faire davantage et de s'attaquer aux sources du problème de la déforestation.

«En dépit des progrès des techniques [d'observation], la déforestation continue de se faire à un rythme élevé et a même tendance à augmenter ces dernières années», a déploré Diogenes Alves, de l'INPE.

Il a appelé ses collègues à «appréhender le processus de déforestation dans l'optique également de ses protagonistes et de leurs problèmes sociaux et économiques».

En Amazonie vivent environ 18 millions de personnes, dont beaucoup d'indigènes et de populations très pauvres qui n'ont pas de moyens de subsistance.