Plusieurs espèces aquatiques en situation «précaire» au Québec

Les batraciens du Québec sont confrontés à la dégradation de leurs habitats, en raison de l’activité humaine.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Les batraciens du Québec sont confrontés à la dégradation de leurs habitats, en raison de l’activité humaine.

Confrontées à la dégradation de leurs habitats naturels, principalement en raison de l’activité humaine, plusieurs espèces d’amphibiens, de reptiles, de poissons et de mammifères marins du Québec sont aujourd’hui dans une situation « précaire », voire « critique », conclut un rapport gouvernemental. Les problèmes constatés par les experts de différents ministères pourraient d’ailleurs s’aggraver, en raison des bouleversements climatiques.

Le « Rapport sur l’état des ressources en eau et des écosystèmes aquatiques du Québec 2020 », partagé lundi sur le compte Twitter du ministère de l’Environnement pour souligner la « Journée mondiale de l’eau », met en lumière plusieurs problèmes persistants en matière de protection des ressources hydriques, mais aussi des espèces indigènes qu’on retrouve dans les milieux humides et les cours d’eau de la province.

Les auteurs soulignent notamment que « 56 % des espèces indigènes d’herpétofaune [qui est constituée des amphibiens et des reptiles] du Québec sont considérées comme étant dans une situation précaire ». À titre comparatif, ajoutent-ils, « le pourcentage est d’environ 20 % pour les mammifères, de moins de 15 % pour les poissons marins et d’eau douce et de moins de 6 % pour les oiseaux ».

Plusieurs de ces espèces se trouvent même dans un état « critique », peut-on lire dans ce rapport de 490 pages. Les « pressions » qui s’exercent sur ces espèces, dont cinq espèces de tortues d’eau douce et certains batraciens (comme des salamandres et la rainette faux-grillon), « sont liées principalement à la destruction, la dégradation et la fragmentation des habitats », en raison de l’activité humaine.

Dans le cas de la rainette faux-grillon, « l’urbanisation, par le développement résidentiel, industriel et commercial, est la cause principale de la dégradation de son habitat. On retrouve aussi l’intensification de l’agriculture, ayant mené au remblayage, au drainage, au nivellement des terres et au déboisement des milieux naturels ».

De très nombreux milieux humides dont elle dépend, tout comme plusieurs autres espèces, ont d’ailleurs été rayés de la carte dans le sud du Québec. Selon ce que rappelle le rapport, entre 40 % et 80 % de tous les milieux humides des basses-terres du Saint-Laurent ont disparu au fil des décennies.

Poissons précaires

Pour les poissons, les experts gouvernementaux évaluent que 21 % des espèces indigènes de la province « sont considérées comme étant dans une situation précaire », dont certaines se trouvent même dans un état « critique ».

Le rapport souligne entre autres que seulement 40 % des populations d’omble de fontaine (aussi appelée truite mouchetée), une espèce qui génère une importante activité économique, « sont en bon état ». « La fragmentation des habitats, le réchauffement des cours d’eau, la modification des régimes hydriques, l’apport de sédiments et la dégradation de la qualité de l’eau sont des éléments qui diminuent la qualité de l’habitat de l’omble de fontaine et affectent l’état de santé des populations. »

En plus des pressions actuelles sur les populations de poissons du fleuve Saint-Laurent, des lacs et des rivières, les bouleversements climatiques devraient aussi « nuire à leur capacité à résister aux autres pressions ». Le réchauffement entraînera entre autres une plus grande « instabilité du climat », des changements dans les précipitations et des périodes d’étiage plus sévères.

Contaminants bien présents

Le rapport sur l’état des ressources en eau, qui est publié à tous les cinq ans, permet aussi de constater que des rivières qui traversent des milieux agricoles sont toujours fortement contaminées.

Un échantillon de 22 cours d’eau a ainsi démontré que plusieurs sont en « mauvais » ou en « très mauvais » état, notamment en raison de la forte présence de phosphore et d’azote. Le rapport cite en exemples les rivières Yamaska, la Chaloupe, Châteauguay, Bayonne, Boyer et L’Assomption. Parmi les problèmes qui expliquent ces constats, on mentionne la production d’importantes quantités de déjections animales dans le cadre des élevages, la surfertilisation des sols et l’épandage.

Encore une fois, les changements climatiques pourraient accentuer les problèmes constatés, notamment lors des périodes d’étiage, qui réduisent la capacité de dilution des polluants. Qui plus est, le réchauffement pourrait contribuer à accroître les superficies cultivables, mais aussi la présence d’insectes ravageurs, ce qui risque « d’accentuer l’utilisation des pesticides et, par conséquent, le risque de contamination des cours d’eau et de l’eau souterraine ».

Cette montée vers le nord des activités agricoles pourrait aussi « étendre la problématique de contamination de l’eau de surface par les pesticides à des régions jusque-là moins touchées, comme le Saguenay–Lac-Saint-Jean ou d’autres régions du Québec où, par exemple, les cultures de maïs et de soya étaient moins présentes ».

Problèmes dans le Saint-Laurent

Malgré le fait que la vente de BPC est interdite au Canada depuis 1977, on en retrouve par ailleurs toujours de « fortes concentration » dans les sédiments des lacs Saint-Louis, Saint-François et Saint-Pierre, sur le cours du fleuve Saint-Laurent. « Des BPC sont mesurés dans les poissons des lacs fluviaux et dans les bélugas de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent », précise le rapport.

Ces mêmes bélugas sont aujourd’hui en « mauvais » état, constatent les experts du gouvernement du Québec. Ces mammifères révélateurs de la santé de l’écosystème marin du Saint-Laurent sont notamment très exposés à la pollution sonore générée par le trafic maritime. « Chaque navire qui transite par l’estuaire du Saint-Laurent expose jusqu’à 53 % des bélugas à des niveaux de bruits pouvant modifier leur comportement. Les lésions causées par le bruit au niveau des oreilles internes et des régions cervicales peuvent aussi provoquer l’échouage », souligne le rapport.

Puisqu’on compte plus de « 5000 passages » de navires marchands chaque année dans l’estuaire du Saint-Laurent, « ces dérangements récurrents ont des effets sur la santé, le succès de reproduction et les chances de survie de plusieurs populations qui sont déjà fragiles », dont les cétacés. « Le bruit est l’une des menaces les plus importantes pour les baleines qui dépendent du son pour assurer leur survie », précise-t-on.

Les collisions avec les navires font aussi partie des menaces. Or, ces risques sont appelés à croître au cours des prochaines années, en raison des projets de développement portuaire industriel sur le Saguenay, à Québec et à Contrecœur.

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