La CAQ a délaissé quatre projets d’aires protégées annoncés en 2018

Au cabinet du ministre Charette, on assure que les quatre projets en Outaouais ne sont pas abandonnés.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Au cabinet du ministre Charette, on assure que les quatre projets en Outaouais ne sont pas abandonnés.

Le gouvernement Legault a délaissé quatre projets d’aires protégées situés en Outaouais qui avaient pourtant été annoncés dès 2018 par l’ancien gouvernement libéral. Ces projets, qui totalisent 1600 km2, étaient d’ailleurs soutenus par les élus locaux, qui dénoncent un revirement de situation qu’ils jugent incompréhensible. Québec assure toutefois qu’il n’existe aucun projet d’exploitation forestière sur ces territoires, « pour le moment ».

En août 2018, quelques jours avant le déclenchement des élections provinciales, le gouvernement de Philippe Couillard avait annoncé son intention de créer quatre nouvelles « réserves de biodiversité projetées » en Outaouais. Cette annonce s’inscrivait dans le contexte de l’atteinte de la cible de protection de 17 % du territoire terrestre de la province avant la fin de 2020.

On y retrouvait le projet « Noire-Coulonge » (822 km2), conçu pour préserver des écosystèmes sous-représentés dans le réseau des aires protégées, dont des forêts anciennes et des habitats d’espèces en péril. Un projet dit « de la Rivière-Fortier » (545 km2) était aussi prévu pour cet important tributaire de la rivière Gatineau. Les libéraux avaient également promis de protéger le secteur « Cabonga » (200 km2), dans la réserve faunique La Vérendrye, ainsi que le territoire Mashkiki (35 km2), un milieu qui abrite plusieurs espèces de plantes vulnérables.

La protection de ces milieux naturels, qui totalisent 1600 km2, était d’ailleurs une priorité pour les élus de la région, insiste le préfet de la MRC de Papineau, Benoit Lauzon. « Nous avions une position très favorable à ces projets dans la région. Ça faisait partie de notre vision de protection du territoire. C’est extrêmement important pour nous », souligne-t-il, en rappelant qu’il a fallu plusieurs années de travail pour en arriver à définir ces quatre projets.

Déception

Or, ces territoires n’ont pas été retenus par le gouvernement Legault dans le cadre de l’atteinte de l’objectif de protection de 17 % du territoire avant la fin de 2020, et ce, même si tout portait à croire que leur inclusion était acquise, selon M. Lauzon. « Dès 2018, on nous avait dit qu’on avait un bon dossier. On a donc été très déçus de la décision du gouvernement, puisque les territoires de notre région n’ont pas été retenus », déplore-t-il.

La députée libérale Isabelle Melançon, qui était ministre de l’Environnement au moment de l’annonce concernant les quatre réserves de biodiversité projetées en août 2018, assure que l’ajout de ces territoires au réseau d’aires protégées de la province était acquis à ce moment. « Ça prend un consensus avec les projets d’aires protégées. Lorsqu’on fait une annonce, ça veut donc dire que le travail a été fait. Le gouvernement de la CAQ aurait donc pu poursuivre dans cette voie », dit-elle.

« Je suis déçue et choquée de voir que le gouvernement a mis la hache dans des projets comme ceux-là, qui avaient été portés par les gens de la région. C’est difficile à comprendre », ajoute Mme Melançon, qui est aujourd’hui porte-parole de l’opposition officielle en matière d’environnement. « Est-ce que le gouvernement a des objectifs de développement d’activités industrielles sur ces territoires ? » demande-t-elle.

Benoit Lauzon affirme qu’il n’a pu obtenir aucune explication concernant les raisons qui justifient d’avoir délaissé la protection des territoires de sa région, qui sont tous situés au sud de la « limite nordique des forêts attribuables ». Une rencontre serait toutefois prévue au cours des prochains jours avec le ministre de l’Environnement Benoit Charette, pour discuter du dossier.

Cible 2030

Au cabinet du ministre Charette, on assure que les quatre projets en Outaouais ne sont pas abandonnés. « L’atteinte de nos cibles en 2020 n’est pas une fin en soi et nous poursuivrons le travail pour protéger davantage de territoire au sud. Les projets sont toujours sur la table », précise-t-on par courriel, tout en promettant « de nouveaux objectifs » de protection des milieux naturels à l’horizon 2030. La nouvelle mouture de la Loi sur la conservation du patrimoine naturel devrait d’ailleurs permettre « d’accélérer les processus de création des aires protégées ».

Entre-temps, les quatre territoires « n’ont pas de statut légal de protection », précise le ministère de l’Environnement de la Lutte contre les changements climatiques. Néanmoins, « à court terme, aucune activité forestière n’est prévue sur les quatre zones d’étude ». Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) indique aussi qu’aucune coupe forestière « n’est prévue pour le moment ». « Pour les projets d’aires protégées n’ayant pas fait l’objet d’une désignation en 2020, aucune décision n’a encore été prise quant à leur devenir », ajoute-t-on.

Pour la directrice générale de Nature Québec, Alice-Anne Simard, il ne fait toutefois aucun doute que le blocage des projets découle du MFFP. « On constate qu’il bloque systématiquement les projets d’aires protégées qui auraient pour effet de réduire la possibilité forestière. » C’est pour cette raison, selon elle, que les écosystèmes du sud du Québec sont « sous-représentés » dans le réseau d’aires protégées.

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