Le PLQ n’appuiera finalement pas GNL Québec

La cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne La cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade

Le Parti libéral du Québec rejette le projet GNL Québec. Sa cheffe Dominique Anglade en a fait l’annonce jeudi en affirmant que la demande pour le gaz naturel est plus incertaine que jamais, que l’utilisation d’hydroélectricité dans ce projet n’est pas « judicieuse » et que l’acceptabilité sociale n’est pas au rendez-vous. Le premier ministre, François Legault, a toutefois refusé de se positionner, disant attendre la sortie du rapport du BAPE, que son gouvernement a en main depuis une semaine.

« Le projet GNL Québec ne rencontre pas les conditions environnementales et économiques qui justifieraient sa mise en œuvre », a-t-elle fait valoir lors d’un point de presse à l’Assemblée nationale du Québec. « Le projet ne répond pas aux impératifs environnementaux qui doivent guider notre action collective », a ajouté la cheffe de l’opposition officielle.

Selon Mme Anglade, « la transition énergétique s’accélère et rend la demande pour les énergies fossiles plus incertaine que jamais ». Dans ce contexte, a-t-elle souligné, « il faut accélérer le virage vers les énergies qui sont propres », au lieu d’autoriser un projet qui a été conçu pour exporter chaque année 11 millions de tonnes de gaz naturel albertain exploité principalement par fracturation.

 

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Hydroélectricité

Le Parti libéral du Québec (PLQ) estime en outre que l’utilisation d’importantes quantités d’hydroélectricité pour alimenter l’usine de liquéfaction, le terminal maritime et le gazoduc de transport ne serait pas « judicieuse » et risquerait d’imposer une hausse de tarifs aux autres clients d’Hydro-Québec.

Selon des calculs de l’Union des consommateurs, le projet d’usine et le gazoduc qui doit l’alimenter en gaz naturel consommeraient chaque année autant d’énergie que 300 000 clients résidentiels de la société d’État, et ce, dans un contexte d’approvisionnement qui coûtera plus cher. L’alimentation électrique de tout le projet industriel GNL Québec pourrait ainsi provoquer un manque à gagner de près de 1,5 milliard de dollars pour Hydro-Québec, et ce, uniquement pour les quatre premières années d’exploitation.

À l’instar des groupes environnementaux, du Parti québécois et de Québec solidaire, les libéraux jugent par ailleurs que l’acceptabilité sociale n’est tout simplement pas au rendez-vous. « Le projet n’a pas reçu l’assentiment de la population et souffre de problèmes de gouvernance », a fait valoir Mme Anglade. Elle a ainsi rappelé que, lors des travaux du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), « 91 % des 2800 mémoires qui ont été déposés étaient défavorables ».

Absence d’investisseurs

Lors de son point de presse, mais aussi lors de la période des questions jeudi matin à l’Assemblée nationale, Dominique Anglade a demandé au premier ministre, François Legault, de fermer la porte à GNL Québec, un projet que l’ancien chef libéral Philippe Couillard avait pourtant appuyé lors de la campagne électorale de 2018.

« Nous, on voit que le projet ne verra pas le jour, et je pense que la CAQ commence à se dire la même chose. Il faut l’assumer et dire par la suite ce qu’on veut faire pour la suite des choses », a dit Mme Anglade, en soulignant que « le contexte a grandement évolué » depuis 2018 et en demandant au gouvernement de proposer « des projets porteurs » pour la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, par exemple en foresterie ou en développement de « l’aluminium vert ».

Interpellé sur une possible réaction négative du milieu des affaires en cas de rejet du projet d’usine gazière, le porte-parole de l’opposition officielle en matière d’économie et de lutte contre les changements climatiques, Carlos Leitão, a rappelé que « les grands investisseurs se sont déjà retirés du projet. Et aujourd’hui, à ma connaissance, il n’y a pas de très grands investisseurs locaux ou étrangers qui seraient prêts à investir dans le projet ».

Les difficultés financières vécues par les promoteurs de ce projet contrôlé par des intérêts financiers américains remontent au début de 2020. À la fin du mois de février 2020, le plus important investisseur attendu pour le projet, soit le fonds Berkshire Hathaway, propriété du milliardaire américain Warren Buffett, a en effet décidé de se désister. Celui-ci devait injecter pas moins de 4 milliards de dollars dans ce projet totalisant plus de 14 milliards de dollars (10 milliards pour Énergie Saguenay et 4 milliards pour le gazoduc de 780 kilomètres).

Depuis, le président de Gazoduq et le président de GNL Québec (qui pilote le projet d’usine) ont quitté leurs fonctions, de même que le gestionnaire principal du projet. Des employés des deux entités ont également été licenciés au cours des derniers mois. Malgré cela, Le Devoir révélait récemment que Symbio Infrastructure, qui chapeaute les deux portions du projet, tente toujours d’amasser 100 millions de dollars afin de mener le projet jusqu’au début de la construction.

Rapport du BAPE

Avant que les promoteurs annoncent s’ils vont de l’avant ou non, une décision qui est attendue d’ici 2022, les opposants et les partisans de GNL Québec attendent la publication du rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), qui a été remis au ministre de l’Environnement, Benoit Charette, le 10 mars. Celui-ci a jusqu’au 25 mars pour le rendre public.

Lors de la période des questions à l’Assemblée nationale jeudi matin, François Legault a d’ailleurs rappelé la publication prochaine du rapport, tout en réaffirmant que le gaz naturel est « une énergie de transition ». « Donc, si ça remplace des énergies, par exemple, qui sont produites avec du charbon, la planète est gagnante », a-t-il fait valoir, en répétant que les promoteurs sont toujours à la recherche de financement.

Le premier ministre a également accusé le PLQ d’être « dogmatique » en voulant prendre position contre GNL Québec avant la publication du rapport du BAPE. « Il me semble qu’on devrait avoir un petit peu de respect pour le BAPE et attendre le rapport », a-t-il affirmé.

Avant le début du BAPE qui avait finalement été annulé en mars 2020, mais après avoir rencontré les promoteurs du projet, François Legault avait plaidé en faveur de GNL Québec. « Le projet de GNL Québec, autant l’oléoduc que l’usine, on parle d’un projet de 14 milliards de dollars et de 4000 emplois payants », avait-il soutenu à l’Assemblée nationale en février 2020, en reprenant les données mises en avant par les promoteurs. Le chef caquiste avait également affirmé que ce projet pouvait « aider la planète » à réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur énergétique.

Le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, a aussi déjà dit que cette usine pourrait avoir des « mérites » environnementaux. Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, a dit que GNL Québec réduirait « de manière formidable » les émissions de gaz à effet de serre « à travers le monde ». Et avant le début des audiences du BAPE, en septembre dernier, la ministre caquiste déléguée au Développement régional, Marie-Ève Proulx, avait également soutenu que « ce projet-là est un projet porteur pour l’avenir du Québec ».

Écologistes contre promoteurs

Les groupes environnementaux qui militent contre le projet gazier ont pour leur part profité de la prise de position du PLQ jeudi pour réclamer de nouveau le rejet du complexe de liquéfaction. « L’opposition à l’Assemblée nationale reflète bien le consensus québécois à propos de la production et de l’exportation d’énergies fossiles. Il serait irresponsable d’enfermer le développement économique régional dans un secteur sans avenir. Le gouvernement a tous les arguments qu’il lui faut pour fermer définitivement la porte à cette bombe climatique », a résumé l’analyste des politiques climatiques chez Équiterre, Émile Boisseau-Bouvier.

Appelée à réagir, l’entreprise GNL Québec s’est dite surprise par la « réaction précipitée » du PLQ, « alors que le rapport des experts du BAPE n’a pas encore été rendu public ». « Leur prise de position met en lumière plusieurs incohérences, dont le fait qu’ils délaissent les régions avec une telle position sur un projet innovant/structurant de la nouvelle économie qui s’inscrit dans la transition énergétique mondiale », a indiqué l’entreprise dans une réponse écrite.

GNL Québec prévoit que le BAPE « reconnaîtra les engagements phares que nous avons pris à ce jour, notamment concernant la carboneutralité, la charte de protection des mammifères marins et les retombées économiques ». Les promoteurs s’attendent aussi à devoir « améliorer » certains aspects du projet.

Avis de ministères

Selon les données de l’entreprise, le recours au gaz liquéfié au Saguenay permettrait de réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) de 28 millions de tonnes. Les « avis » produits par les experts du gouvernement du Québec soulèvent toutefois des questions sur les incidences climatiques et fauniques du projet. Selon un avis produit par la « direction de l’expertise climatique » du ministère de l’Environnement, « les impacts du projet à une échelle planétaire sont très difficiles à anticiper ».

À l’échelle canadienne, cependant, les experts du ministère de l’Environnement précisent que les émissions liées à l’exploitation, au traitement et au transport du gaz jusqu’au Saguenay équivaudraient à 7,9 millions de tonnes de GES par année. Et globalement, le projet Énergie Saguenay « pourrait faire augmenter les émissions de GES canadiennes d’environ 8,5 millions de tonnes d’équivalents CO₂ par année ». Cela équivaut à l’ajout de 3,4 millions de voitures sur les routes.

Dans un autre « avis d’expert » publié par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), on souligne que « le gouvernement du Québec est hautement préoccupé par la protection de l’habitat du béluga du Saint-Laurent, une espèce en péril et d’intérêt commun reconnue par le gouvernement du Québec et le gouvernement fédéral ». Or, indique le document, « le bruit et le dérangement » provoqués par la navigation commerciale « ont été ciblés comme des facteurs de risque pour les femelles et les jeunes bélugas ».

Dans ce contexte, « les craintes pour le rétablissement de cette espèce sont concrètes et l’augmentation du trafic maritime dans son habitat, occasionné par le projet de GNL, ajoutera un effet cumulatif non négligeable ». Selon les plus récentes données scientifiques disponibles, 50 % de la population de bélugas fréquente le fjord du Saguenay (et 67 % des femelles), qui serait le point de passage des méthaniers de GNL Québec.

Selon un avis produit par le ministère du Tourisme à la demande du BAPE, le projet risque aussi d’avoir « des répercussions négatives » pour l’industrie touristique, en raison de l’image qu’il projetterait ici et à l’international. « Nous croyons que la présence d’un complexe de liquéfaction de gaz naturel sur le Saguenay, et plus particulièrement le trafic maritime lourd qu’il engendrerait, pourrait avoir des répercussions négatives sur le choix de la destination auprès de nos clientèles nationales et internationales », peut-on lire dans cet avis.

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