Le gouvernement Trudeau qualifie le gaz naturel liquéfié d’«énergie propre»

Le gaz naturel qui serait chargé au terminal de GNL Québec pourrait être transporté vers l’Europe.
Photo: iStock Le gaz naturel qui serait chargé au terminal de GNL Québec pourrait être transporté vers l’Europe.

Le gouvernement Trudeau affirme que les projets de gaz naturel liquéfié font partie du développement de « l’énergie propre », dans un contexte de lutte contre la crise climatique. Le ministre des Ressources naturelles Seamus O’Regan a fait cette déclaration mardi, au moment de signer un partenariat énergétique avec l’Allemagne, un pays qui pourrait être un client du projet gazier Énergie Saguenay, de GNL Québec.

Le Canada et l’Allemagne ont en effet signé mardi un « partenariat énergétique » qui doit permettre une collaboration en vue de l’atteinte de la carboneutralité d’ici 2050, un objectif que les deux pays se sont fixés afin de lutter contre la crise climatique.

Cette entente, annoncée dans le cadre du « Dialogue de Berlin » sur la transition énergétique, « fait du Canada un partenaire de choix pour l’Allemagne en ce qui concerne l’énergie propre, notamment l’hydrogène, les minéraux critiques et le gaz naturel liquéfié », précise le communiqué publié par Ressources naturelles Canada.

Dans un texte de La Presse canadienne, on peut également lire que le ministre des Ressources naturelles Seamus O’Regan estime que le gaz naturel liquéfié pourrait servir de « carburant de pont » pour atteindre le territoire des « énergies vertes ». L’Allemagne, a-t-il affirmé mardi, vise d’ailleurs à intégrer dans sa stratégie énergétique les importations de gaz naturel liquéfié ainsi que la production d’hydrogène.

Évaluation fédérale

Même si le marché européen, dont celui de l’Allemagne, a été évoqué par les promoteurs de GNL Québec, le gouvernement Trudeau n’a pas souhaité se prononcer sur l’avenir de ce projet d’exportation de gaz naturel liquéfié. « Les projets Énergie Saguenay et Gazoduq font actuellement l’objet d’une évaluation fédérale par l’Agence d’évaluation d’impact du Canada. Ce processus d’évaluation est juste, rigoureux et fondé sur la science, les preuves et les connaissances traditionnelles autochtones. Une fois ce processus terminé, notre gouvernement prendra une décision sur les projets en question », a répondu au Devoir l’attaché de presse du ministre Seamus O’Regan, Ian B. Cameron.

Pour GNL Québec, qui pilote le projet d’usine de liquéfaction et de terminal maritime Énergie Saguenay, cette annonce de partenariat avec l’Allemagne « prouve que le gaz naturel liquéfié produit par Énergie Saguenay sera une source d’énergie clé dans la transition énergétique mondiale, en plus d’avoir une des plus faibles empreintes carbone ».

Dans une réponse écrite aux questions du Devoir, l’entreprise a également rappelé qu’elle est « en discussion avec plusieurs pays qui se sont dotés de politiques de transition énergétique. L’Allemagne, avec son engagement de sortir du charbon (qui représente encore 40 % de ses sources de production électrique), en fait donc évidemment partie ».

Lors des travaux du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), les promoteurs avaient indiqué que des « discussions » étaient prévues avec des acheteurs en Pologne, en Allemagne, en Corée du Sud et en Chine, mais sans donner davantage de détails.

Pour le porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin, « qualifier le gaz naturel d’énergie propre est aussi aberrant que de dire que la cigarette est bonne pour la santé. En faisant la promotion du GNL, le ministre se fait le cheerleader de l’industrie gazière ».

« Contrairement aux énergies renouvelables, le gaz fossile, qui est majoritairement produit par fracturation hydraulique au Canada, pose de sérieux risques de contamination de l’eau potable et de détérioration de la santé humaine et entraîne des émissions massives de méthane qui aggravent la crise climatique », a-t-il fait valoir mardi.

Fracturation hydraulique

« Aucune démocratie dans le monde n’a autant de ressources naturelles à sa disposition que le Canada. L’établissement de nouvelles relations internationales en matière d’énergie, comme celle-ci avec l’Allemagne, nous aidera à réduire les émissions à l’échelle planétaire », a par ailleurs affirmé le ministre Seamus O’Regan.

Le Canada est actuellement le quatrième producteur mondial et le sixième plus important exportateur de gaz naturel. Les réserves du pays sont telles que les ressources commercialisables de gaz naturel « peuvent maintenir les niveaux de production actuels pendant 300 ans », selon Ressources naturelles Canada.

La vaste majorité de l’exploitation actuelle et future s’appuie sur le recours à la fracturation hydraulique. Selon la Régie de l’énergie du Canada, près de 65 % du gaz canadien est exploité par fracturation. Ce taux devrait atteindre 80 % au cours des prochaines années.

L’exploitation gazière par fracturation, qui est interdite au Québec, suscite toutefois une certaine controverse, notamment en raison de ses impacts environnementaux. Elle émet par exemple d’importantes quantités de méthane, un gaz à effet de serre qui peut être au moins 30 fois plus puissant que le CO2. Cette exploitation peut aussi nécessiter jusqu’à 10 millions de litres d’eau pour chaque forage.

Quoi qu’il en soit, le gouvernement Trudeau a offert en 2019 un montant de 275 millions de dollars de financement pour l’imposant projet gazier d’exportation LNG Canada (situé sur les côtes de la Colombie-Britannique), évalué à 40 milliards de dollars.

Fait à noter, c’est la construction du gazoduc Coastal Gaslink, qui doit alimenter l’usine de liquéfaction LNG Canada, qui a suscité une vive controverse au sein de plusieurs Premières nations à travers le pays. Cette controverse a même provoqué des blocus ferroviaires un peu partout au Canada dans les premiers mois de 2020.

 

GNL Québec est toujours à la recherche de financement, selon François Legault

La députée de Québec solidaire Manon Massé a interpellé mardi le premier ministre François Legault dans le dossier de GNL Québec, au cours de la période des questions à l’Assemblée nationale. Selon elle, « les Québécois ne veulent pas se lancer dans cette aventure-là », puisque le projet d’exportation de gaz naturel « n’est pas un projet d’avenir » et qu’il risque d’imposer un choc tarifaire aux clients d’Hydro-Québec. Le premier ministre a répliqué en évoquant le fait que les promoteurs de ce projet de 14 milliards de dollars n’ont toujours pas les moyens financiers nécessaires pour démarrer la construction. « Ça fait des années que les promoteurs de GNL Québec cherchent le financement. Ils ne l’ont toujours pas trouvé », a-t-il affirmé à deux reprises. M. Legault a également fait valoir que les citoyens du Saguenay-Lac-Saint-Jean sont « préoccupés » par la création d’emplois. Il n’a toutefois pas réitéré son appui au projet, se contentant de rappeler que le rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sera rendu public d’ici le 25 mars.



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