Le Québec exhorté à mieux traiter ses eaux usées

Selon une étude publiée l’an dernier par des chercheurs de l’Université McGill, la pollution par les microplastiques est très présente dans les sédiments du Saint-Laurent.
Olivier Zuida Le Devoir Selon une étude publiée l’an dernier par des chercheurs de l’Université McGill, la pollution par les microplastiques est très présente dans les sédiments du Saint-Laurent.

Le Québec a encore « beaucoup à faire » pour traiter efficacement ses eaux usées afin de mieux protéger l’environnement et la santé de la population. Les systèmes d’épuration sont généralement vieillissants et mal conçus pour traiter certains contaminants pourtant très nocifs, conclut un rapport produit par Réseau Environnement en prévision du Forum d’action sur l’eau du gouvernement Legault, qui commence ses travaux mardi. Le document rappelle aussi que 80 municipalités n’ont toujours pas de station d’épuration.

« Le Québec a pris du retard dans la mise à niveau de ses installations d’assainissement des eaux et il a pris du retard en matière de prévention de la pollution de l’eau. Il faut donc alerter le gouvernement et lui faire des recommandations pour trouver des solutions », résume Christiane Pelchat, présidente-directrice générale de Réseau Environnement, qui regroupe des experts des enjeux environnementaux issus du secteur public et du secteur privé.

Selon ce qu’on peut lire dans le rapport transmis au Devoir et aux responsables gouvernementaux, le plus récent bilan de performance des ouvrages municipaux d’assainissement des eaux usées « énumère de nombreuses municipalités ne réussissant pas à respecter les normes réglementaires ou les performances attendues ». Qui plus est, le « vieillissement » des systèmes est tel qu’il faudrait investir pas moins de 17 milliards de dollars afin de rénover les systèmes en place.

Dans ce contexte, le vice-président Technologie chez Sanexen Services Environnementaux, Jean Paquin, estime que le Québec doit absolument mettre à niveau ses infrastructures en tenant compte des produits toxiques qui échappent en bonne partie aux systèmes actuels. « Étant donné que nous sommes en train de préparer des plans d’action pour moderniser les stations d’épuration, on ne devrait pas seulement prendre en compte les paramètres traditionnels, comme les matières en suspension. Il faut tenir compte de l’ensemble des composés nocifs. On pourrait donc éviter d’avoir à réinvestir dans quelques années parce que les systèmes seraient mal conçus pour tenir compte de tous les composés nocifs. »

Le rapport, intitulé « Pour mieux assainir les rejets aqueux d’origine anthropique dans nos milieux naturels au Québec », souligne ainsi le besoin criant de s’attaquer à certains polluants de plus en plus présents. C’est le cas des microplastiques, comme les fibres synthétiques provenant des textiles, qui « interfèrent avec le zooplancton et le vivant en général dans les écosystèmes aquatiques ». Selon une étude publiée l’an dernier par des chercheurs de l’Université McGill, cette pollution est d’ailleurs très présente dans les sédiments du fleuve Saint-Laurent.

Réseau Environnement, qui a rédigé ses recommandations en collaboration avec Stratégies Saint-Laurent, estime aussi important de se pencher sur le cas des « polluants organiques persistants » (qu’on retrouve notamment dans les additifs aux produits de plastique) et des « perturbateurs endocriniens » (comme les retardateurs de flammes utilisés dans plusieurs produits). L’exposition à ces derniers, même à faible dose, « influe sur le développement hormonal et entraîne des répercussions sur des espèces animales et sur l’humain avec des effets négatifs sur la fertilité, les capacités cognitives, le système immunitaire, le système hépatique, des problèmes de diabète, d’obésité et certains cancers ».

On ne devrait pas seulement prendre en compte les paramètres traditionnels, comme les matières en suspension. Il faut tenir compte de l’ensemble des composés nocifs.

« Les stations d’épuration des eaux usées n’ont pas été conçues en fonction de ces composés nocifs, qui sont partout. Ils ne sont donc pas enlevés de façon significative par les systèmes traditionnels. Il faudrait pourtant les retirer de nos eaux usées avant qu’ils s’accumulent dans les cours d’eau d’où on tire aussi notre eau potable », souligne M. Paquin.

Le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques répond que « les stations d’épuration de grande et de très grande taille » doivent justement procéder à une caractérisation des eaux qui sortent des usines d’épuration. « Cette étude, dont les premiers résultats devraient être connus en 2022, vise à analyser la présence de 330 contaminants, [dont] des perturbateurs endocriniens et des polluants organiques persistants, dans les eaux usées traitées », précise-t-on par courriel.

« Sur la base de ces connaissances, le ministère pourra identifier les actions et les investissements requis afin de diminuer les rejets de ces contaminants, dont l’amélioration des systèmes de traitement, mais également d’évaluer comment les réduire à la source », ajoute le ministère.

Absence d’usine d’épuration

Réseau Environnement rappelle par ailleurs que plus de 80 municipalités du Québec n’ont toujours pas de station d’épuration. Selon une liste obtenue auprès de la Fondation Rivières, on constate d’ailleurs qu’on retrouve des municipalités qui déversent directement leurs usées dans plusieurs régions de la province.

Selon Jean Paquin et Christiane Pelchat, les petites municipalités auraient besoin d’un meilleur « accompagnement » du gouvernement provincial, afin de se doter des infrastructures nécessaires.

Le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation indique qu’il « met à la disposition des municipalités différents programmes d’aide financière pour soutenir la réalisation de projets d’infrastructures d’aqueduc et d’égouts visant la mise aux normes visant la conformité à la réglementation ». Le ministère de l’Environnement promet aussi de « renforcer son accompagnement auprès de ces municipalités afin de les soutenir à travers les différentes étapes », qui peuvent s’échelonner sur « plusieurs années ».

À voir en vidéo