GNL Québec pourrait coûter 1,5 milliard de dollars à Hydro-Québec

Des opposants au projet GNL Québec ont déployé cette semaine des banderoles dans six villes de la province, dont à Montréal, près de l’autoroute Bonaventure.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des opposants au projet GNL Québec ont déployé cette semaine des banderoles dans six villes de la province, dont à Montréal, près de l’autoroute Bonaventure.

L’alimentation électrique de tout le projet industriel GNL Québec pourrait provoquer un manque à gagner de près de 1,5 milliard de dollars pour Hydro-Québec, et ce, uniquement pour les trois premières années d’exploitation de l’usine gazière et du gazoduc. Ces chiffres, compilés par des organisations environnementales, sont corroborés par une analyste de l’Union des consommateurs, qui prévient que la facture sera refilée aux autres clients de la Société d’État.

Le Devoir révélait le mois dernier une analyse produite par l’Union des consommateurs qui conclut que l’alimentation en électricité du complexe de liquéfaction de gaz naturel devrait entraîner un manque à gagner de près d’un milliard de dollars pour Hydro-Québec pour la période de 2027 à 2030, soit au début de l’exploitation de l’usine Énergie Saguenay.

 

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Il faut dire que le complexe gazier consommerait chaque année environ 5 térawattheures (TWh), soit l’équivalent de 250 000 clients résidentiels. Il aurait aussi droit au « tarif L » offert aux clients industriels, soit environ 5 ¢ le kilowattheure. Mais puisque la Société d’État entrevoit la fin de ses surplus à partir de 2027, et qu’elle devra donc acquérir de l’énergie à plus fort prix, tout indique qu’en 2030, l’approvisionnement du projet risquerait de coûter plus de 11 ¢ pour chaque kilowattheure.

Ce portrait dressé par l’Union des consommateurs ne tenait toutefois pas compte de l’approvisionnement en électricité d’Hydro-Québec qui sera demandé par Gazoduq, qui exploitera le gazoduc de 780 kilomètres qui alimentera l’usine de liquéfaction. Or, selon les informations de la Coalition Fjord, qui s’oppose au projet, le fonctionnement du gazoduc nécessiterait 1 TWh chaque année, soit l’équivalent de 50 000 clients résidentiels.

Cet ajout de consommation vient alourdir le manque à gagner qui devrait être absorbé par Hydro-Québec pour les trois premières années d’exploitation de tout le projet de transport, de liquéfaction et d’exportation de gaz naturel albertain. Dans une sortie publique prévue ce jeudi, Greenpeace, Équiterre et Nature Québec l’évaluent ainsi à 1,5 milliard de dollars pour la période 2027-2030. Des chiffres corroborés par l’analyste Viviane de Tilly, spécialiste des politiques et de la réglementation en matière d’énergie à l’Union des consommateurs.

Choc tarifaire

Les groupes écologistes et Mme de Tilly ajoutent que ce manque à gagner provoquerait un véritable « choc tarifaire » en 2030, soit au moment de présenter le dossier tarifaire quinquennal d’Hydro-Québec. Selon leur estimation, la « hausse supplémentaire » des tarifs pour les clients de la Société d’État s’élèverait alors à 2,5 %. Cette hausse s’ajouterait à la hausse tarifaire de 2 % prévue par Hydro-Québec en l’absence de ces deux projets.

Selon Hydro-Québec, il est toutefois hasardeux actuellement de présumer que l’alimentation électrique du projet GNL Québec aurait un impact sur la facture d’électricité des autres clients. « Tout nouvel approvisionnement pourrait en théorie avoir un impact sur l’ensemble de nos tarifs. Il faut toutefois garder en tête que nos efforts en efficacité énergétique auront également un impact sur l’état de nos ressources en libérant de l’énergie et de la puissance. De plus, d’autres facteurs sont à considérer, comme la réalisation ou non de plusieurs projets. Il serait donc hasardeux de conclure qu’un projet en particulier aurait un impact direct sur l’ensemble de nos tarifs », a déjà expliqué au Devoir la société d’État, dans une réponse écrite.

Hydro-Québec n’a pas voulu préciser jusqu’ici quelle serait la consommation d’électricité des compresseurs installés sur le tracé de la conduite de transport de gaz, qui serait connectée au réseau de TC Energy en Ontario. « Hydro-Québec ne rend pas publique la consommation de ses clients. Il s’agit d’informations confidentielles », a ainsi déjà indiqué la Société d’État.

Gazoduq a pour sa part fait valoir que les analyses sont toujours en cours. « Nous sommes actuellement en développement de nouvelles technologies pour nos compresseurs électriques et pour l’intégration de composantes utilisant l’intelligence artificielle et l’apprentissage automatique pour notre système de contrôle, nous ne sommes ainsi pas en mesure de quantifier à ce stade-ci la consommation annuelle de nos installations », a expliqué l’entreprise dans un courriel au Devoir.

En ce qui a trait à la consommation de l’usine Énergie Saguenay, celle-ci avait été évoquée lors des travaux du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). Dans un communiqué publié mercredi au moment où le BAPE remettait son rapport sur le projet d’usine et de terminal maritime, GNL Québec a réitéré son souhait d’utiliser « l’hydroélectricité pour alimenter l’usine ».

« Carboneutralité »

Énergie Saguenay et Gazoduq ont mis de l’avant le recours à cette énergie renouvelable produite par Hydro-Québec pour affirmer que leurs projets seraient développés dans l’optique d’atteindre la « carboneutralité ». Cela ne tient toutefois pas compte des huit millions de tonnes de gaz à effet de serre liées à l’exploitation et au transport du gaz naturel, qui serait exploité en Alberta.

Pour les écologistes, l’enjeu de la consommation énergétique de l’usine et du gazoduc constitue un argument de plus pour rejeter le projet. « Annoncer en grande pompe qu’on veut faire construire un gazoduc “carboneutre” en utilisant de l’électricité propre pour transporter du gaz albertain issu de la fracturation, c’est l’apogée du greenwashing. Ce n’est pas aux Québécois de financer l’utilisation d’une énergie renouvelable dans le but d’exporter une énergie extrêmement polluante en payant leurs comptes d’Hydro plus chers », résume la directrice générale de Nature Québec, Alice-Anne Simard.

« Il n’y avait déjà aucune acceptabilité sociale pour GNL Québec et Gazoduq. L’opposition sera encore plus forte, considérant que le projet entraînerait un gigantesque manque à gagner pour Hydro-Québec et une hausse des tarifs d’électricité pour des millions de ménages québécois », ajoute Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace.

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