Le BAPE dépose son rapport sur GNL Québec

Des scientifiques ont soulevé des craintes par rapport aux impacts du projet GNL Québec sur les bélugas du Saint-Laurent.
Photo: Levon Drover Des scientifiques ont soulevé des craintes par rapport aux impacts du projet GNL Québec sur les bélugas du Saint-Laurent.

Le très attendu rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur le projet d’usine de liquéfaction et de terminal maritime Énergie Saguenay, de GNL Québec, a été remis mercredi au ministre de l’Environnement Benoit Charette. Celui-ci dispose maintenant de 15 jours pour le rendre public.

En janvier, le ministre de l’Environnement avait accepté que le mandat de la commission, qui devait se terminer le 13 janvier, soit prolongé jusqu’au 10 mars. La demande, qui découlait de la commission du BAPE, était liée principalement à l’ampleur de la documentation à analyser dans le cadre de cette évaluation environnementale. Les audiences ont donné lieu à « une participation citoyenne élevée », selon le BAPE, à la présentation de « plus de 900 questions écrites » de la part du public et de la commission, ainsi qu’au dépôt d’un « nombre record » de mémoires, soit près de 2600.

Voici un survol des principaux enjeux qui seront à surveiller dans le rapport :

1- Émissions de gaz à effet de serre (GES) :

Les émissions liées au projet seront surtout produites en Alberta, mais aussi lors du transport du gaz naturel, qui serait par ailleurs exploité principalement par fracturation. Selon les évaluations des experts des gouvernements du Québec et du Canada, les émissions de GES devraient atteindre près de huit millions de tonnes par année, soit l’équivalent de 3,4 millions de voitures à essence.

Les émissions produites par le projet en sol québécois devraient avoisiner les 500 000 tonnes chaque année. GNL Québec a toutefois pris l’engagement de compenser ces émissions. L’alimentation de l’usine en hydroélectricité devrait l’aider à atteindre son objectif de « carboneutralité ».

Est-ce que le BAPE tiendra compte de tous les GES dans son rapport ? « Vous allez devoir lire le rapport qui sera déposé au ministre [de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette] », a simplement répondu le président de cette commission du BAPE, Denis Bergeron, lors des audiences publiques.

2- Transport maritime :

Le gaz naturel liquéfié sera exporté à bord de navires méthaniers qui traverseront le seul parc marin du Québec, soit celui du Saguenay–Saint-Laurent. Selon les prévisions du promoteur, le projet impliquera au moins 320 passages chaque année pour des navires de 300 mètres de longueur et 50 mètres de largeur. Ce volet soulève des questions sur la protection de mammifères marins du Saint-Laurent, dont le béluga et d’autres espèces en voie de disparition.

Quel que soit le modèle de navire qui transportera le gaz liquéfié, le bruit que génèrent les méthaniers peut avoir des impacts sur les bélugas, a expliqué Véronique Lesage, de Pêches et Océans Canada, au cours des audiences du BAPE. « Dire que les grands navires marchands n’interfèrent pas avec la communication des bélugas ou leurs activités, c’est faux », a-t-elle résumé. Dans un avis scientifique rédigé en 2018 par des chercheurs de Pêches et Océans Canada, on souligne aussi que la construction prévue de deux ports majeurs sur le Saguenay, dont le projet gazier Énergie Saguenay, va à l’encontre des objectifs du plan de rétablissement du béluga du Saint-Laurent.

3- Acceptabilité sociale :

Au cours des audiences du BAPE, la majorité des intervenants qui ont pris la parole ou qui ont présenté des mémoires étaient contre le projet Énergie Saguenay. Des représentants du milieu des affaires au Saguenay ont cependant pris position en faveur de la construction de cette nouvelle usine. Certains ont d’ailleurs décidé d’investir dans le projet, dans le cadre de démarches menées par l’entreprise qui chapeaute le projet Énergie Saguenay et le projet de gazoduc qui doit alimenter l’usine.

Qui plus est plus, plusieurs ministres du gouvernement du Québec et le premier François Legault ont plaidé en faveur de GNL Québec. « Le projet de GNL Québec, autant l’oléoduc que l’usine, on parle d’un projet de 14 milliards de dollars et 4000 emplois payants », avait-il soutenu à l’Assemblée nationale en février 2020, en reprenant les données mises en l’avant par les promoteurs du projet d’usine. Le chef caquiste avait également affirmé que ce projet pouvait « aider la planète » à réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur énergétique.

Fait à noter, même si le gouvernement du Québec avait demandé une évaluation des conséquences psychologiques et sociales associées à la réalisation du projet GNL Québec, les promoteurs n’ont pas tenu compte de ces enjeux dans le cadre de leur étude d’impact. L’étude a pourtant été jugée recevable par le ministère de l’Environnement. Une erreur, selon les spécialistes consultés par Le Devoir, qui mettent en garde contre les effets d’un projet aussi polarisant sur la région du Saguenay.

4- Impacts sur l’industrie touristique :

Le projet GNL Québec soulève des craintes pour les paysages et la faune, mais il risque aussi d’avoir « des répercussions négatives » pour l’industrie touristique, en raison de l’image qu’il projettera ici et à l’international. C’est ce qui se dégage d’un avis produit par le ministère du Tourisme à la demande de la commission du BAPE qui a analysé ce projet qui alourdirait le trafic commercial sur le Saguenay, et notamment dans le secteur de Tadoussac.

« Le Québec touristique souhaite se distinguer par son offre touristique verte et durable », a notamment écrit le ministère. Or, « il est indéniable que ce projet amène des craintes quant à la préservation des paysages et de la faune maritime, la sécurité nautique de même qu’en regard de la qualité de vie et de celle de l’expérience touristique ».

Ces craintes pour l’économie touristique ont d’ailleurs été relayées au BAPE par le maire de Tadoussac, Charles Breton. « Il est évident que les gens recherchent le contact avec la nature, les paysages et l’immensité du fleuve. Se retrouver sur une route maritime achalandée risque de détériorer l’expérience touristique. Le fait de voir ces grands navires sur une base quotidienne va briser la magie dans le fjord. »

5- Évaluation à venir du projet de gazoduc de l’entreprise Gazoduq :

Le gazoduc qui alimentera l’usine de GNL Québec n’est pas évalué en même temps que l’usine, même s’il est contrôlé par les intérêts financiers américains et que les deux projets sont étroitement liés. Le gouvernement Legault et le gouvernement Trudeau ont annoncé en mai 2020 qu’une seule évaluation environnementale commune sera menée pour ce projet. La décision d’autoriser la construction appartient uniquement au gouvernement fédéral, puisqu’il s’agit d’un gazoduc interprovincial. L’habitat de plusieurs espèces menacées se trouve sur le tracé du gazoduc.

À voir en vidéo