Quatrième déversement d’eaux usées en trois ans à Saint-Jean-sur-Richelieu

Pour une quatrième fois en trois ans, Saint-Jean-sur-Richelieu devra déverser des millions de litres d’eaux usées non traitées directement dans la rivière Richelieu, afin de mener des travaux d’entretien. Ce déversement, autorisé par le ministère de l’Environnement, portera le total à plus de 210 millions de litres déversés depuis 2019. La Fondation Rivières réclame d’ailleurs un meilleur encadrement de ce type d’opération, mené dans plusieurs villes au cours des dernières années.

La municipalité, située sur le cours de la rivière Richelieu, prévoit d’y déverser, sur une période de 12 heures mercredi, environ 25 millions de litres d’eaux usées. Ce déversement est nécessaire pour mener des « travaux d’entretien d’équipements » à un poste de pompage qui achemine environ 60 % des eaux à traiter vers la station d’épuration.

Directeur, infrastructures et gestion des eaux à la Ville, Benoît Fortin explique que ce poste de pompage « névralgique » a été rénové dans les années 1990 afin de mieux traiter les eaux usées de la municipalité. Les travaux menés à l’époque n’avaient toutefois pas été réalisés de façon à modifier la configuration de l’installation, afin d’éviter les déversements lors des travaux d’entretien.

« La seule façon de mener les travaux est de rejeter l’eau à la rivière », admet-il en entrevue. « Aujourd’hui, on ne ferait probablement pas les choses de la même façon », ajoute M. Fortin, en précisant que la Ville planche sur un projet qui pourrait permettre de modifier les choses.

En attendant, les résidents, les industries, les commerces et les institutions ont été invités à « minimiser » leurs rejets d’eaux usées mercredi. Par voie de communiqué, la Ville estime qu’il est possible d’atténuer les effets de ce déversement planifié en réduisant la consommation d’eau, en « reportant l’utilisation du lave-linge, du lave-vaisselle et du broyeur à déchets » et en « ne jetant jamais, dans les toilettes ou dans l’évier, les résidus de table, les matières solides (tampons, serviettes hygiéniques, condoms, soie dentaire, lingettes humides, etc.) ».

En guise de « mesures d’atténuation », on souligne aussi que « ces travaux sont planifiés en saison froide, afin de limiter les impacts sur l’environnement et au moment où les activités récréatives sur la rivière sont restreintes ».

Depuis 2019, il s’agit du quatrième déversement planifié à Saint-Jean-sur-Richelieu. En octobre dernier, des travaux à des stations de pompage ont forcé le déversement de 45 millions de litres. En mars 2020, des travaux importants à la station d’épuration ont mené au déversement de 108 millions de litres. En mars 2019, des travaux avaient conduit au déversement de 35 millions de litres.

Fait à noter, ces déversements ne comprennent pas les surverses, soit les déversements qui surviennent lorsque les débits d’eau sont trop importants pour le réseau d’égout, par exemple lors de fortes précipitations. Or, selon des données publiées en octobre dernier par la Fondation Rivières, Saint-Jean-sur-Richelieu se trouvait en 2019 en neuvième position des municipalités pour le nombre de déversements de ce genre. L’organisme en a recensé un total de 1462 parmi les 60 660 comptabilisés au Québec.

Sur une période de trois ans, en incluant les travaux de mercredi, on évalue donc le total à plus de 210 millions de litres d’eaux usées déversées dans la rivière Richelieu dans le cadre de travaux planifiés. Ce volume équivaut à plus de 70 piscines olympiques déversées sans traitement ni suivi des impacts environnementaux dans le cours d’eau. Ces déversements se déroulent aussi en amont des prises d’eau de certaines municipalités, dont Chambly.

J’ai travaillé pendant 30 ans au gouvernement et je n’ai jamais vu de déversements de la sorte, systématiques, sur une base annuelle.

La Ville de Saint-Jean-sur-Richelieu n’est pas la seule municipalité à recourir à ce type de déversement planifié afin de mener des travaux sur son réseau. Le plus connu des dernières années demeure celui de Montréal qui, en novembre 2015, a dû déverser plus de huit milliards de litres d’eaux usées.

En 2018, Longueuil avait déversé 160 millions de litres dans le Saint-Laurent. La même année, un autre déversement planifié a eu lieu à Shawinigan. L’an dernier, la Ville de Trois-Rivières a par ailleurs déversé, sur une période de 17 jours, plus d’un milliard de litres d’eaux usées dans la rivière Saint-Maurice et le fleuve Saint-Laurent, en raison d’un bris d’une importante conduite.

Un cadre strict exigé

Inquiet du recours important aux déversements « planifiés » au Québec, le président de la Fondation Rivières, Alain Saladzius, affirme qu’il est urgent de mieux encadrer ce genre de pratique.

« Je ne comprends pas pourquoi il faut encore déverser à Saint-Jean-sur-Richelieu. J’ai travaillé pendant 30 ans au gouvernement et je n’ai jamais vu de déversements de la sorte, systématiques, sur une base annuelle. J’ai posé des questions, mais je n’ai pas eu de réponses claires. [...] Pourquoi ne pas les faire de nuit, afin de réduire la pollution ? »

Selon lui, il serait non seulement nécessaire de mener les travaux lorsque le débit des eaux usées est le plus faible, mais aussi d’exiger qu’une barrière de rétention des éléments qui flottent soit installée. Il faudrait aussi évaluer les solutions de rechange et demander une « redevance » aux municipalités, selon les volumes déversés, afin de les inciter à opter pour l’option qui a le moins de répercussions.

M. Saladzius estime toutefois que le ministère de l’Environnement semble peu enclin à imposer un encadrement plus strict des déversements planifiés. « Le ministère ne regarde pas ces travaux. La Ville n’a pas à obtenir une autorisation. Elle doit seulement aviser le ministère qu’elle va, par exemple, stopper la station de pompage. Il n’y a pas d’autorisation, puisque le ministère considère qu’il s’agit de situations d’urgence. » Ces déversements d’eaux non traitées sont pourtant dommageables pour l’environnement, souligne la Fondation Rivières.

Est-ce que le ministre de l’Environnement du Québec, Benoit Charette, estime que tout est fait pour limiter ce type de déversement et les répercussions sur les cours d’eau ? Il n’a pas été possible d’obtenir une réponse à ce sujet mardi auprès du cabinet du ministre.

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8 commentaires
  • Daniel Legault - Abonné 10 mars 2021 03 h 39

    Les déversements pour entretien - C'était prévisible

    Je suis à la retraite et j'ai participé à la conception de station d'épuration dans les années 1980. Les critères du ministère à l'époque étaient que les déversements pour entretien étaient acceptable et qu'on ne cherchait pas à minimiser les déversements pour réduire les coûts de construction.

    Nous avons des stations d'épuration veillisantes qu'il faut entretenir donc il y a des déversements qui sont inévitables.

    • Alain Saladzius - Abonné 10 mars 2021 20 h 59

      Dans le cas du poste de pompage Champlain dont il est ici l'objet du problème, il obtient un record d'arrêts pour cause d'entretien préventif. C'est un 8e arrêt depuis 2017. En plus des quelques 1200 déversements annuels lors de pluies, un autre record pour la rivière Richelieu Pourquoi des travaux correctifs ne sont-ils pas priorisés par la Ville et les ministères ? Une réforme s'impose dans la gestion de l'eau au Québec.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 10 mars 2021 06 h 57

    Ben voyons donc, l'exception confirme la règle et ce n'est que la pointe d'un iceberg!

    Monsieur Shields, merci pour votre chronique! Malheureusement, pour être vraiment dans le bain, il nous faudrait une enquête ehxaustive de tout le territoire du Québec concernant et les réseaux d'aqueduc et ceux des eaux usées des municipalités! C'est l'horreur où il n'y a pas de tels réseaux! Au 21e siècle, le Québec d'aujourd'hui n'a pas beaucoup évolué en ce qui concerne le bien-être et la santé des citoyens ailleurs que dans quelques grosses villes! On nous sature sur la pandémie tout en cachant ainsi tout ce qui est sale, ici-même, au Québec! Quand je pense aux Montréalais qui voudront venir au bord de la mer, et bien, n'oubliez pas que partout les eaux usées vont contamier les plages et les bords adjacents!
    Les deux paliers de gouvernement font des promesses depuis des décennies pour améliorer la situation! Dites-vous que plus tard ce sera peut-être à votre tour d'écrire le même commentaire! Pendant qu'on parle d'économie en coulisse, de tourisme en régions, c'est comme d'habitude, parler des deux côtés de la bouche! En attendant, bouchez-vous le nez et la vue pendant qu'on parade à la TV!

    • Patrick Boulanger - Abonné 10 mars 2021 10 h 09

      Quand j'ai été à Puvirnituq en 2019, un village du Nord-du-Québec, j'ai remarqué que les eaux usées étaient jetées dans la nature. Je présume que c'est encore le cas aujourd'hui.

      L'écrit de M. shields est un article et non une chronique.

  • Gilles Théberge - Abonné 10 mars 2021 08 h 44

    " Il n’a pas été possible d’obtenir une réponse à ce sujet mardi auprès du cabinet du ministre."... !

    Il parle beaucoup ce ministre d'habitude. Mais il ne dit rien...

  • Pierre Robineault - Abonné 10 mars 2021 08 h 47

    Encore une fois bravo, monsieur Shields !

    Alors si j'ai bien compris, il n'y aurait pas que les égouts qui soient plein de merde !

  • France Marcotte - Abonnée 10 mars 2021 14 h 07

    Gros ouvrages

    « Aujourd’hui, on ne ferait probablement pas les choses de la même façon », dit M.Fortin, direction à la gestion des eaux de cette ville.

    Il parle bien sûr de la conception de ces installations. Pour faire des travaux majeurs sans trop déranger le cours du traitement, il faut des voies de contournement du débit, donc un dédoublement de certaines infrastructures d'amenée du débit et du traitement. Soit on «oublie» de le prévoir lors de la conception, soit on sait que les coûts en seraient très importants et on ne pense pas pouvoir les rencontrer..

    Mais, pour le moment, planifier les travaux pour la nuit et lors de bas débits et aussi demander à la population de prendre part à la réduction des impacts et ainsi la sensibiliser ne serait-ce qu'à la présence d'une usine de traitement des eaux dans leur municipalité, est-ce une si mauvaise solution?
    Aussi, s'assurer de l'excellence et de l'intelligence de la conception de ces ouvrages structurants serait certainement une bonne façon de réduire au minimum la nécessité de devoir les arrêter pendant leur durée de vie utile.