GNL Québec veut récolter des millions auprès d’investisseurs québécois avant le rapport du BAPE

Photo: Olivier Zuida Le Devoir Étant donné que la publication imminente du rapport du BAPE sur l’usine de liquéfaction obligera le gouvernement Legault à prendre position, les promoteurs souhaitent trouver des alliés en Abitibi et au Saguenay–Lac-Saint-Jean (photo).

GNL Québec recrute présentement des investisseurs québécois pour financer le développement de son projet d’exportation de gaz naturel albertain, a appris Le Devoir. Étant donné que la publication imminente du rapport du BAPE sur l’usine de liquéfaction obligera le gouvernement Legault à prendre position, les promoteurs souhaitent notamment trouver des alliés en Abitibi et au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Ceux qui participeront au financement se verront d’ailleurs offrir des « opportunités d’affaires » pour le projet d’usine et le gazoduc.

Selon ce qu’on peut lire dans des documents confidentiels obtenus par Le Devoir, la « société en commandite Symbio Infrastructure », qui est le nouveau nom de l’entreprise qui chapeaute Gazoduq et Énergie Saguenay, cherche à amasser « au moins » 100 millions de dollars dans le cadre de la « quatrième ronde de financement ». Cette somme comprend les fonds des investisseurs actuels, notamment américains, mais aussi ceux de « nouveaux » bailleurs de fonds que les promoteurs tentent de recruter au Québec.

Leurs efforts se concentrent entre autres sur l’Abitibi et le Saguenay–Lac-Saint-Jean, soit les deux régions touchées par le projet. Symbio Infrastructure tente d’y convaincre des groupes d’investisseurs d’injecter chacun « un montant minimum » de 1,6 million de dollars. Ces investissements doivent être assurés « au plus tard » le 31 mars. Une annonce publique serait d’ailleurs prévue au cours des prochains jours, possiblement dès mardi, pour dévoiler les noms d’investisseurs de l’Abitibi et du Saguenay–Lac-Saint-Jean qui soutiennent la démarche.

Les investisseurs portent un intérêt positif à nos projets

 

Fait à noter, cela doit coïncider avec le dépôt du rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), qui sera remis au plus tard le 10 mars au gouvernement Legault. Celui-ci aura alors 15 jours pour le rendre public, ce qui devrait obliger le gouvernement Legault à prendre position officiellement dans le dossier. Plusieurs ministres ont toutefois déjà plaidé pour le projet.

Les fonds recueillis par Symbio Infrastructure, qui est contrôlée par des intérêts financiers américains, serviront au « développement » du projet de gazoduc, d’usine de liquéfaction et de terminal maritime « avant la décision finale d’investissement », qui doit être prise en 2022 dans le cas d’Énergie Saguenay. Il faut dire que, même si les promoteurs réussissent à amasser 100 millions de dollars, cela représentera moins de 1 % de la facture pour la construction de tout le projet, qui totalise 14 milliards de dollars (9 milliards pour l’usine et 5 milliards pour le gazoduc).

Ce financement est néanmoins nécessaire, puisque Gazoduq et GNL Québec ont connu des difficultés financières au cours de la dernière année, ce qui a forcé les deux entreprises à faire des mises à pied. Cela a commencé en février 2020, avec le retrait du plus important investisseur attendu pour le projet, soit le fonds Berkshire Hathaway, propriété du milliardaire américain Warren Buffett. Celui-ci devait injecter pas moins de 4 milliards de dollars dans ce projet. Les présidents de GNL Québec et de Gazoduc ont aussi quitté leur poste au cours des derniers mois.

« Opportunités d’affaires »

Afin d’inciter les investisseurs individuels ou les entreprises à participer au projet, les documents obtenus évoquent des « opportunités d’affaires ». Ceux qui prendront part au financement « se verront offrir la possibilité de fournir des services, des fournitures et des contrats aux projets Énergie Saguenay et Gazoduq via leurs sociétés respectives sur une base privilégiée […] », peut-on y lire. « Cela comprend des opportunités pendant la période de développement, après la décision finale d’investissement et après le début des opérations commerciales », précise-t-on.

Même si les promoteurs de GNL Québec et Gazoduq ont toujours affirmé que les deux projets sont distincts, ce qui leur a permis d’éviter une évaluation environnementale globale sous l’égide du BAPE, les « opportunités d’affaires » permettent de confirmer que les différents aspects du projet gazier forment un tout. On souligne ainsi que « les projets Énergie Saguenay et Gazoduq tiendront conjointement des réunions [...] exclusives sur la chaîne d’approvisionnement pour les investisseurs afin de les informer des opportunités de s’engager dans les projets et de fournir des services […] ». Cela permettra aussi aux « entrepreneurs des Premières Nations » de s’informer sur les « opportunités » d’affaires dans le cadre du projet.

Dans des documents présentés aux investisseurs potentiels, Symbio Infrastructure écrit aussi qu’elle compte « allouer une partie de ces fonds à la recherche de gains d’efficacité ou de synergies potentielles rendues possibles par la construction du projet Énergie Saguenay et du projet de Gazoduq pour faciliter le développement d’activités complémentaires liées à l’objectif de carboneutralité de ces entreprises ». L’atteinte de cet objectif, qui exclut les 7 millions de tonnes d’émissions de gaz à effet liées à l’exploitation du gaz naturel en Alberta, passe par un approvisionnement électrique à partir du réseau d’Hydro-Québec.


 

Avant d’utiliser les fonds des nouveaux investisseurs, on indique toutefois que certaines « conditions » devront être respectées. Dans le cadre du processus de financement en cours, on fixe le montant minimal à 100 millions de dollars, y compris les investissements déjà acquis. Les documents obtenus par Le Devoir font aussi référence au rapport du BAPE sur le projet d’usine et de terminal maritime Énergie Saguenay. Il faudra que celui-ci contienne « des recommandations jugées acceptables », afin de poursuivre le développement du projet conçu pour exporter la production croissante de gaz naturel exploité principalement par fracturation dans l’Ouest canadien.

Interpellée lundi, la Société en commandite Symbio Infrastructure n’a pas donné de détails sur cette campagne de financement. Elle a toutefois indiqué par courriel qu’elle « entretient des discussions quant à son financement au Québec, au Canada et à l’étranger ». « Les investisseurs portent un intérêt positif à nos projets », assure-t-on.

Par courriel, on a également indiqué que, depuis 2014, « par son caractère innovateur et son rôle dans la transition énergétique, Symbio Infrastructure a été en mesure d’arrimer son financement afin de poursuivre les activités de développement de ses projets ». Jusqu’à présent, plus de 150 millions de dollars auraient été investis dans le projet.

Les principaux enjeux environnementaux du projet GNL Québec

Émissions de gaz à effet de serre. Les émissions liées au projet seront surtout produites en Alberta, mais aussi lors du transport du gaz naturel. Selon les évaluations des experts des gouvernements du Québec et du Canada, celles-ci devraient atteindre près de huit millions de tonnes par année. Les émissions produites par le projet en sol québécois devraient avoisiner les 500 000 tonnes chaque année. GNL Québec a toutefois pris l’engagement de compenser ces émissions.

 

Transport maritime. Le gaz naturel liquéfié sera exporté à bord de navires méthaniers qui traverseront le seul parc marin du Québec, soit celui du Saguenay–Saint-Laurent. Selon les prévisions du promoteur, le projet impliquera au moins 320 passages chaque année pour des navires de 300 mètres de longueur et 50 mètres de largeur. Ce volet soulève des questions sur la protection de mammifères marins du Saint-Laurent, dont le béluga et d’autres espèces en voie de disparition.

 

Le projet de gazoduc de l’entreprise Gazoduq. Le gazoduc qui alimentera l’usine de GNL Québec n’est pas évalué en même temps que l’usine. Le gouvernement Legault et le gouvernement Trudeau ont annoncé en mai 2020 qu’une seule évaluation environnementale commune sera menée pour ce projet. La décision d’autoriser la construction appartient uniquement au gouvernement fédéral, puisqu’il s’agit d’un gazoduc interprovincial. L’habitat de plusieurs espèces menacées se trouve sur le tracé du gazoduc.

26 commentaires
  • Serge Lamarche - Inscrit 9 mars 2021 03 h 35

    Religieux

    Il faut une foi inébranlable pour croire à un gouffre à milliards comme ça. Les églises du dollars ont des sous à risquer.

    • Daniel Grant - Abonné 9 mars 2021 14 h 40

      Un bon diplomate est capable d’envoyer son interlocuteur chez le diable avec des tournures de phrases
      qui fait que son interlocuteur lui demande poliment la route à suivre.

      C’est l’impression que Churchill aurait à voir nos élus de la CAQ se faire enfumer par les charlatans du fossiles.

      Un optimiste voit des opportunités dans les difficultés, alors qu’un pessimiste voit des difficultés dans les opportunités,
      mais comment nomme-t-on
      ceux qui ont la solution mais qui cherche un problème?

      Le Québec est une solution qui cherche un problème.

      Je pense que la CAQ ferait plus de sens à être religieux que de consulter l’horoscope du jour pour décider de l’avenir.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 9 mars 2021 15 h 38

      Je recevais, récemment, un appel à TOUS de l'organisme québécois «Eau Secours» pour contrer ce projet gazier de GNL.
      Le message est le suivant:
      "Alors que le gouvernement Legault risque d'approuver le projet GNL Québec d'ici la fin du mois de mars, l'opposition au projet ne fait qu'augmenter.
      En novembre 2020, un sondage de la firme Léger a fait état de l'absence d'acceptibilté sociale du projet et, le gouvernement Legault qui la soutenait jusqu'alors, a amorcé un début de marche arrière.
      En décembre, près de 120 00 personnes ont signé la pétition pour demander à ce que GNL/Gazoduc soit abandonné.

      Passons maintenant à la vitesse supérieure !
      Il ne nous reste que quelques jours avant que le gouvernement ne rende sa décision.
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      Ensemble, rappelons à notre gouvernement que les Québécois.es s'opposent à la réalisation de ce projet du passé.
      Merci et n'oubliez pas de partager dans vos réseaux.!
      L'Équipe de Eau Secours.."

  • René Racine - Abonné 9 mars 2021 04 h 54

    L'Apocalypse nous tombe dessus

    La religion environnementale prend le contrôle de la planète, l'apocalypse nous tombe dessus surtout avec le chant de la sirène Greta. Vite une marche de santé pour nos plus jeunes qui s'inquiètent dans les rues de Montréal de ne pas posséder son permis de conduire dès l'âge de raison pour l'achat rapide à 18 ans d'un VUS ou un pick-up énergivore. Une bonne nouvelle économique porte toujours son revers environnemental. Pour les ennemis du projet c'est comme la cerise sur le gâteau de penser à la menace pour la survie d'un poisson ou mammifère menacé d'extinction, puis toutes les autres espèces animales vont subir la damnation "divine" des émissions de gaz à effet de serre. La plus importante menace de cette histoire est le financement en cours, on fixe le montant minimal à une peanut de 100 millions de dollars; le niveau de risque financier est stratosphérique. De très gros investisseurs parmi les plus sérieux se sont retiré du projet qui bas de l'aile.
    Ça me fascine et ça intrigue la Fin du monde, le Jugement dernier et la Résurrection des corps, la Vision du futur apocalyptique environnemental, ça fait toujours effet de peur, ça permet aussi de motiver les troupes qui sont sur le point de partir en avion polluant pour une destination lointaine et exotique, vacances obligent.

    • Bernard Plante - Abonné 9 mars 2021 09 h 40

      Incroyable. Les dinosaures existent encore. Ils sont aveugles mais ils existent bel et bien.

    • Dominique Favreau - Abonnée 9 mars 2021 10 h 30

      Pour les dinosaures, en effet, c'est l'apocalypse...

    • Richard Lupien - Abonné 9 mars 2021 10 h 59

      Dénoncer les Greta de ce monde et être lecteur du Devoir, on pourrait croire qu'il y a quelque chose qui manque dans l’équation. Soit que le journal ne remplit pas bien son devoir d'informer la population, soit que certain lecteur comprenne difficilement les enjeux de société.

    • Daniel Grant - Abonné 9 mars 2021 15 h 08

      Mais qu’est qui peut bien vous donner cet air complaisant envers l’environnement M.Racine?

      Êtes-vous dans le déni
      ou
      prit de torpeur devant l’ampleur du problème.

      Ne vous pensez pas rassurant et tromper les lecteurs du Devoir en adoptant ce petit air d’auto-satisfaction.

      Greta, elle, a le courage de ses convictions.

    • Jean-Claude Lajoie - Abonné 9 mars 2021 17 h 45

      En effet M. Racine, la pandémie a quand même eu quelque chose de bon. Elle a forcé Greta à retourner à l'école et à ranger ses poupées avec l'aide de sa maman. J'espère de tout coeur que le projet GNL va se réaliser. Il ne faut surtout pas oublier que le Québec est le royaume du F-150, le véhicule le plus vendu dans la province. Certains semblent l'oublier et se font les apôtres de la verdoyance. Bien sûr, ils seront tous canonisés, sans exception, dans un champ de salade près de chez vous. C'est la moindre des choses pour leur grande contribution à l'appauvissement d'une province déjà pauvre, qui a besoin de l'aide des autres provinces pour boucler son budget. À chacun ses "croyances".

  • Yvon Pesant - Abonné 9 mars 2021 05 h 53

    Symbiose?

    Le projet global de GNL, usine et gazoduc, en est un qui fait abstraction de tout ce qui est biologique et environnemental quand on le considère globalement. On est loin de la première définition du mot symbiose. Très loin, même.

    Quand le gouvernement en place donne comme directive à un organisme comme le BAPE de scinder le dossier et de faire, lui aussi, complètement abstraction d'à peu près tout ce qui devrait normalement et vraiment être pris en considération en amont comme en aval hors du territoire québécois comme impacts sur la biodiversité et sur l'environnement en général, il ne nous donne même plus le droit de nous poser les questions qui s'imposent et encore moins d'y répondre.

    "Désolé! Votre message ne sera pas enregistré." Désolé, mon œil!

    Quand le ministre responsable de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charrette, se dit d'entrée de jeu très ouvertement favorable à la réalisation de ces deux gigantesques chantiers sans plus de rigueur pour les analyser "officiellement" dans toutes leurs dimensions environnementales, ça augure mal en t... ti-pépère, disons, pour rester poli envers cet homme qui nous apparaît toujours comme en étant un de faire valoir pour les autres. Ces quelques autres dont le PM qui sont les seuls, peu nombreux, qui mènent la barque dans ce parti pris politique qu'est la CAQ. C'est vrai dans un dossier majeur comme celui-ci comme c'est vrai pour d'autres pour lesquels il tient vraiment mal son rôle à titre de défenseur de l'E et de lutteur CCC.

    S'il se réalise, le projet GNL dans son ensemble se présente comme une amorce à tout ce qui risque fort de se passer par la suite. À savoir, le développement de l'industrie gazière de schiste partout sur le territoire québécois où la dite industrie trouvera possible et intéressant de le faire. Sans trop de restrictions, on peut le croire, fracturation hydraulique comprise., s'il n'en tient qu'à la CAQ cet à monsieur Legault.

    Un moratoire, ça ne fait qu

    • Yvon Pesant - Abonné 9 mars 2021 10 h 10

      Ça finissait comme suit:

      Un moratoire, ça ne fait qu'un temps et ça finit par avoir une fin. Surtout quand il y a des moyen$$$ qui trouvent les moyens d'en justifier la fin.

      Et j'ajoute ici:

      "On verra.", comme disait si souvent monsieur Legault qui, en 2018, voyait toujours et encore une mine d'or à faire dans nos poches avec l'exploitation du gaz de schiste chez nous.

  • francois bronsard - Abonné 9 mars 2021 06 h 29

    Projet toxique

    Encore une fois, merci M. Shields pour ce travail d'enquête et ces informations tellement importante. On voit bien avec cet article et ceux qui ont précédés, que l'étaut se resserre sur ce projet arrièré qui date d'une autre époque.

    On verra la suite, mais bon, j'ai l'impression que ce sera "business as usual".

  • Françoise Labelle - Abonnée 9 mars 2021 07 h 10

    Jonas dans le béluga

    Ils vont nous avaler de force, à petites bouchées, n'épargnant aucune tricherie, comme l'entreprise à plusieurs faces cana-québécoise. La confusion fait partie de la «boîte à outils» : «Effectivement, il y a eu un changement de nom [Symbio Infrastructure] début février pour la société en commandite. Il y a souvent eu une confusion entre la société en commandite [GNL Québec], qui parraine les projets Énergie Saguenay et Gazoduq, et la société GNL Québec basée à Saguenay. » La coquille « Symbio Infracstructure» en encadré est plus menaçante ; on passerait ensuite à la fracturation.

    L'argument de «prospérité», sauf pour les promoteurs et le ridicule plaidoyer pour «sauver» la planète en augmentant proportionnellement les émissions albertaines sont leurs seules cartouches depuis longtemps périmées. Quant au «projet porteur» dans le jargon, de porteurs d'eau on devient porteurs d'hydrocarbure, car le projet aura des suites.