Ottawa donne son feu vert à la construction du port industriel de Contrecœur

Photo: Alexandre Shields Le Devoir Le projet de Contrecoeur permettra de faire transiter plus d’un million de conteneurs chaque année.

Le gouvernement Trudeau a annoncé lundi qu’il autorise la construction du nouveau port industriel de conteneurs de Contrecœur. Ottawa permettra ainsi à l’Administration portuaire de Montréal de détruire une partie de l’habitat essentiel du chevalier cuivré, une espèce de poisson en voie de disparition et endémique au Saint-Laurent. Le fédéral n’a pourtant pas encore terminé la consultation publique en cours sur la préservation de cet habitat.

L’autorisation fédérale, publiée sans préavis en fin de journée par voie de communiqué, permet au promoteur de construire le terminal de 750 millions de dollars où transiteront chaque année plus d’un million de conteneurs et jusqu’à 1200 camions chaque jour. Il s’agit du plus gros projet portuaire des dernières décennies au Québec.

Le projet comprend également l’aménagement d’une gare ferroviaire de triage de sept voies, d’une aire d’entreposage et de manutention des conteneurs, d’une cour ferroviaire intermodale, de bâtiments de support, d’accès ferroviaires et routiers et d’une aire de contrôle des camions.

Selon ce qu’a fait valoir le ministre de l’Environnement, Jonathan Wilkinson, par voie de communiqué, la décision favorable du gouvernement Trudeau s’appuie sur un processus d’évaluation environnementale « rigoureux et fondé sur les données scientifiques ». Ottawa ajoute qu’à la lumière de ce processus, le projet « n’est pas susceptible d’entraîner des effets environnementaux négatifs importants lorsque les mesures d’atténuation sont prises en compte ».

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Conditions

Le ministre a d’ailleurs précisé lundi que « 330 conditions » accompagnent l’autorisation accordée au promoteur. Ce dernier aura tout de même le droit de détruire des éléments de l’habitat essentiel du chevalier cuivré, une espèce « en voie de disparition » dont l’habitat devrait être protégé depuis maintenant huit ans, en vertu des dispositions de la Loi sur les espèces en péril.

Visé par une action en justice lancée par la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP) et le Centre québécois du droit de l’environnement (CQDE) en raison des retards à protéger l’habitat de cette espèce unique au fleuve Saint-Laurent, le gouvernement Trudeau avait d’ailleurs annoncé le 19 février qu’il comptait finalement assurer la protection des zones cruciales pour la survie de ce poisson. Il avait toutefois indiqué par la même occasion qu’il autoriserait le projet d’expansion du Port de Montréal dans sa forme actuelle.

Selon l’évaluation des promoteurs, il est question de draguer au moins 750 000 mètres cubes de sédiments, sur une superficie estimée à 150 000 mètres carrés (environ 20 terrains de soccer). Dans le cadre de l’évaluation environnementale fédérale du projet, Pêches et Océans Canada a reconnu que le terminal industriel sera bel et bien construit « au sein même de l’habitat essentiel du chevalier cuivré ».

Il est scandaleux de voir le gouvernement s’empresser d’autoriser le projet alors qu’il tient une consultation inutile sur ce même arrêté avant son entrée en vigueur

La SNAP et le CQDE ont dénoncé cette porte ouverte du fédéral à la destruction d’éléments essentiels de l’habitat du chevalier cuivré. Les groupes ont aussi promis de poursuivre leur action en justice. « Le projet doit encore obtenir un permis en vertu de la Loi sur les espèces en péril. Nous sommes déterminés à utiliser tous les moyens légaux à notre disponibilité pour empêcher qu’un tel permis soit délivré », a également fait valoir lundi soir le directeur général de la SNAP Québec, Alain Branchaud.

« Après avoir retardé pendant plus de huit ans la publication de l’arrêté ministériel activant les mesures de protection de l’habitat essentiel du chevalier cuivré, il est scandaleux de voir le gouvernement s’empresser d’autoriser le projet alors qu’il tient une consultation inutile sur ce même arrêté avant son entrée en vigueur », a-t-il ajouté.

Soutien financier

Le gouvernement Legault soutient le projet de port de Contrecœur, puisqu’il a offert récemment une subvention de 55 millions de dollars afin de commencer les travaux de construction du futur terminal, qui devrait normalement obtenir le feu vert du fédéral au printemps.

Le gouvernement Trudeau s’était pour sa part empressé, dès décembre 2019, d’appuyer financièrement le projet de Contrecœur. Dans le cadre d’une conférence de presse, un haut responsable de la Banque de l’infrastructure du Canada avait alors promis 300 millions de dollars de fonds publics pour la construction de ce nouveau port industriel.

Fait à noter, cet appui indéfectible du fédéral était intervenu alors que l’étude d’impact du Port de Montréal n’avait pas encore été jugée complète par l’agence fédérale chargée d’étudier le projet. C’est le dépôt d’une étude complète qui déclenche le processus d’évaluation environnemental, dont l’objectif est d’éclairer la prise de décision du gouvernement.

Autre espèce menacée?

Le rapport préliminaire d’évaluation environnementale du futur port de Contrecoeur avait confirmé qu’on retrouve un « habitat essentiel » de la rainette faux-grillon, légalement protégé, sur les terrains du Port de Montréal. Le document estime toutefois que le projet n’empiétera pas sur cet habitat, ce qui aurait compromis ou retardé la construction du terminal de conteneurs.

On ne retrouverait donc pas le petit batracien en péril à l’endroit précis où on construira le quai en béton de 675 mètres, une gare ferroviaire de triage de sept voies, une aire d’entreposage et de manutention des conteneurs, une cour ferroviaire intermodale, des bâtiments de soutien, des accès ferroviaires et routiers, ainsi qu’une aire de contrôle des camions.

Cette information est cependant impossible à vérifier, le gouvernement du Québec ayant refusé de transmettre au Devoir les rapports des inventaires réalisés sur le terrain, malgré une demande d’accès à l’information.

Depuis 2018, à la suite d’un arrêté ministériel visant à faire respecter la Loi sur les espèces en péril, il est interdit de détruire « l’habitat essentiel » de la rainette sur les terres fédérales. Cette mesure légale s’applique donc aux terrains où le Port de Montréal souhaite construire son futur terminal.

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