Ottawa promet une nouvelle cible climatique d’ici le mois d’avril

Le gouvernement Trudeau a promis d’orienter le Canada vers l’atteinte de la « carboneutralité » d’ici 2050.
Photo: Jason Franson Archives La Presse canadienne Le gouvernement Trudeau a promis d’orienter le Canada vers l’atteinte de la « carboneutralité » d’ici 2050.

Un peu plus de cinq ans après son arrivée au pouvoir, le gouvernement Trudeau promet finalement de présenter d’ici le mois d’avril une cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) plus ambitieuse que celle de l’ancien gouvernement Harper. Selon le ministre de l’Environnement, Jonathan Wilkinson, l’arrivée de l’administration Biden à Washington pourrait d’ailleurs aider le Canada à faire preuve d’une plus grande ambition sur le plan climatique.

« Nous allons annoncer une nouvelle cible d’ici le mois d’avril, mais je ne peux pas dire précisément quelle sera cette cible. Nous devons faire le travail avec les provinces et les territoires, mais aussi avec les Américains », a affirmé le ministre mercredi dans le cadre d’un point de presse téléphonique tenu après sa première rencontre avec l’envoyé spécial du président américain pour le climat, John Kerry.

Invité à quelques reprises à préciser la cible de réduction des émissions de GES que se fixera le gouvernement fédéral pour l’horizon 2030, M. Wilkinson a simplement répété que le Canada doit « en faire plus » et que l’objectif d’Ottawa sera déterminé une fois que les « consultations » en cours avec les provinces seront complétées.

Le ministre a du même coup souligné que l’arrivée d’un gouvernement américain agissant désormais en « partenaire » du Canada dans le dossier climatique devrait contribuer à rehausser « le niveau d’ambition » du fédéral. « En raison des discussions avec les États-Unis, nous pensons que nous pouvons peut-être avancer plus vite que ce qu’on croyait encore en décembre 2020 », a indiqué M. Wilkinson.

Après la première rencontre de travail entre Justin Trudeau et Joe Biden, mardi, les deux gouvernements ont d’ailleurs convenu de « renforcer l’ambition en matière de climat » et d’agir en faveur de l’atteinte de l’objectif de carboneutralité d’ici 2050. Dans une déclaration commune, Ottawa et Washington ont notamment précisé leur volonté de collaborer pour le transport transfrontalier « d’électricité propre » et pour l’électrification du secteur des transports.

Cible à bonifier

Au moment de dévoiler son nouveau plan climatique, en décembre dernier, le gouvernement de Justin Trudeau avait promis une nouvelle cible chiffrée de réduction des émissions de 32 % à 40 % d’ici 2030, par rapport à 2005. À l’heure actuelle, plus de cinq ans après l’arrivée des libéraux au pouvoir, la cible climatique du Canada est toujours officiellement celle qui avait été mise de l’avant par les conservateurs de Stephen Harper. Celle-ci prévoit une diminution de 30 % des émissions de GES d’ici la fin de la présente décennie, par rapport à 2005.

Comme les émissions canadiennes atteignaient 730 millions de tonnes (Mt) en 2005, la cible fixée par les conservateurs devait permettre de ramener les émissions à 511 Mt en 2030. À supposer que le gouvernement Trudeau vise une réduction de 40 %, comme cela a été évoqué en décembre, les émissions pourraient reculer jusqu’à 438 Mt d’ici la fin de la décennie.

Même s’il n’a pas voulu s’engager mercredi à atteindre un tel objectif d’ici la fin de la décennie, M. Wilkinson a admis que le Canada et les autres pays qui ont ratifié l’accord de Paris sur le climat doivent relever leur niveau d’ambition. « Nous savons tous que nous devons en faire plus. Les engagements actuels pris dans le cadre de l’accord de Paris sont insuffisants pour limiter le réchauffement à 1,5 degré Celsius. Ils sont même insuffisants pour limiter le réchauffement à 2 degrés Celsius. »

Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), pour limiter le dérèglement climatique à 1,5 °C, il faudra réduire les émissions mondiales de CO2 de 45 % d’ici 2030 par rapport au niveau de 2010. Comme les émissions du Canada atteignaient 693 Mt (en équivalent CO2) en 2010, une telle cible nécessiterait que le Canada émette au maximum 381 Mt en 2030.

Le Réseau Action Climat, qui regroupe une centaine d’organisations au Canada, estime pour sa part que le pays devrait réduire les émissions nationales « d’un minimum de 60 % sous les niveaux de 2005 d’ici 2030 ». Cela équivaudrait à ramener les émissions canadiennes de GES à 292 Mt. Pour le porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin, Ottawa devrait également proposer une cible de réduction pour 2025, assortie d’obligations pour le gouvernement, dans le cadre de son projet de loi climatique C-12, présenté en novembre.

Collaboration

Pour le moment, les bilans des émissions de GES ne montrent toutefois pas de recul au cours des dernières années. En fait, selon les données de 2018 (les plus récentes disponibles), le total des émissions du pays atteignait alors 729 Mt, contre 714 Mt en 2017 et 706 Mt en 2016. Il s’agissait en fait du bilan le plus lourd depuis 2008.

Pour tenter de corriger le tir, le gouvernement Trudeau a annoncé en décembre des investissements de 15 milliards de dollars dans différents secteurs d’activité, par exemple les véhicules verts, les infrastructures de transport en commun, la plantation d’arbres et la protection des milieux humides. Le fédéral promet aussi d’augmenter significativement la taxe sur le carbone. Le prix plancher de 50 $ la tonne prévu pour 2022 sera haussé de 15 $ par année jusqu’à ce qu’il atteigne 170 $ par tonne de GES en 2030.

Titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau estime par ailleurs que le Canada devrait profiter du changement de garde politique à Washington pour collaborer à la décarbonisation de la production d’électricité, mais aussi à la distribution de cette « énergie renouvelable » dans les réseaux des deux pays.

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