Élus et Autochtones promettent de bloquer Hydro-Québec sur la rivière Magpie

La rivière Magpie est reconnue parmi les meilleures au monde dans divers palmarès pour le rafting et les activités en eau vive.
Photo: Association Eaux vives Minganie La rivière Magpie est reconnue parmi les meilleures au monde dans divers palmarès pour le rafting et les activités en eau vive.

Même si le gouvernement Legault a délaissé un important projet d’aire protégée pour la rivière Magpie, des élus de la Côte-Nord et des représentants des Premières Nations promettent de préserver le cours d’eau en lui accordant un statut de « personnalité juridique ». Ils entendent donc bloquer la voie à Hydro-Québec, qui n’a pas renoncé au développement d’un projet hydroélectrique sur cette rivière.

« Le gouvernement du Québec avait l’occasion de préserver la rivière avec les projets d’aires protégées. Mais le projet pour la Magpie a été complètement ignoré. Maintenant, on ne peut plus attendre, donc on agit et on veut protéger la rivière », a résumé mardi le chef du Conseil des Innus de Ekuanitshit, Jean-Charles Piétacho. « Il n’y aura pas d’ouvrage d’Hydro-Québec sur la Magpie », a-t-il ajouté.

Préfet de la MRC de Minganie, Luc Noël, a lui aussi plaidé pour la protection de ce cours d’eau, jugeant que celui-ci représente un élément central du « développement récréotouristique » de la région. « On ne veut pas juste devenir des réservoirs pour Hydro-Québec […]. La protection de la rivière Magpie s’inscrit pour nous dans une équivalence, après le harnachement de la rivière Romaine, et représente un équilibre nécessaire et sain avec le développement hydroélectrique et industriel de notre région. »

« Personnalité juridique »

Pour ajouter du poids à leur demande, la MRC de Minganie et le Conseil des Innus de Ekuanitshit ont annoncé mardi l’adoption de résolutions qui accordent un statut de « personnalité juridique » à cette rivière de près de 300 kilomètres, qui se déverse dans le golfe du Saint-Laurent à l’ouest de Havre-Saint-Pierre.

Ce statut signifie que les intervenants affirment que la Magpie est une « entité vivante » qui possède des droits qui lui sont propres, « au même titre qu’un être humain ou qu’une corporation ». Ces droits comprennent le droit « au respect de ses cycles naturels » et « le droit de maintenir son intégrité » écologique.

Les résolutions prévoient aussi la nomination de « gardiens » qui auront pour tâche de « veiller au respect des droits de la rivière », notamment devant les tribunaux. Une telle initiative pourrait d’ailleurs devoir subir le test des tribunaux si un projet, comme la construction d’un barrage, était présenté par Hydro-Québec. La présidente de l’Observatoire international des droits de la nature, Yenny Vega Cardenas, estime toutefois que les assises juridiques sont solides, même s’il s’agit d’une première au Canada.

Photo: Boreal River La Magpie est une rivière relativement épargnée par l'activité humaine.

Chose certaine, les élus et les groupes écologistes qui ont participé à l’annonce de mardi promettent de préserver la rivière, même si le gouvernement Legault a rejeté un projet d’aire protégée qui devait occuper un territoire de 2602 km2 de long de la Magpie. Ce projet, qui faisait partie des 83 projets d’aires protégées délaissés dans la portion sud du territoire québécois, a vraisemblablement été mis de côté en raison du potentiel hydroélectrique de la rivière.

Au moment où Le Devoir révélait l’abandon de ce projet d’aire protégée, la société d’État a d’ailleurs indiqué clairement qu’elle ne fermait pas la porte à un projet de développement. « Nous n’avons aucun projet en vue sur la Magpie à court ou à moyen terme. Aucun projet n’est envisagé ou même prévisible dans la prochaine décennie. Mais à long terme, nous ne connaissons pas les besoins futurs du Québec en matière de demande d’énergie », a alors expliqué Hydro-Québec, dans une réponse écrite aux questions du Devoir.

« Présentement, nous considérons donc qu’il ne serait pas responsable, d’un point de vue de la sécurité énergétique du Québec, de renoncer définitivement au potentiel de cette rivière. Il faut toutefois rappeler que si jamais nous devions, dans de nombreuses années, proposer un projet sur cette rivière, il devrait alors répondre à plusieurs critères. Ce qui comprend l’acceptabilité sociale », a ajouté la société d’État.

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