Un ancien proche conseiller d'Obama estime que Keystone est mort et enterré

Dès son premier jour à la Maison-Blanche, le 21 janvier, M. Biden a signé un décret qui annule le permis présidentiel accordé par Donald Trump pour le projet transfrontalier canadien.
Photo: Chris Machian / Omaha World-Herald via Associated Press Dès son premier jour à la Maison-Blanche, le 21 janvier, M. Biden a signé un décret qui annule le permis présidentiel accordé par Donald Trump pour le projet transfrontalier canadien.

Un ancien proche conseiller de Barack Obama estime qu’il est temps pour le Canada de faire son deuil de l’expansion de l’oléoduc Keystone XL aux États-Unis.

John Podesta, qui a aussi été chef de cabinet du président Bill Clinton pendant les dernières années de son deuxième mandat, estime que le projet est mort et enterré à Washington — qu’il ne renaîtra jamais. M. Podesta a fait ce constat vendredi lors d’un panel virtuel organisé par Canada 2020, un groupe de réflexion étroitement lié au Parti libéral fédéral.

Dès son premier jour à la Maison-Blanche, le 21 janvier, Joe Biden a signé un décret qui annule le permis présidentiel accordé par Donald Trump pour le projet transfrontalier canadien. « Il a révoqué le permis, il ne reviendra pas en arrière, a estimé M. Podesta.

« Il avait pris cet engagement. Il faut maintenant s’en remettre et passer à autre chose, trouver des secteurs en énergie propre où nous pouvons coopérer […] Je pense qu’il n’y a pas de retour en arrière à ce stade. »

M. Podesta participait au panel avec Gerald Butts, ancien secrétaire principal du premier ministre Justin Trudeau et aujourd’hui vice-président du cabinet de conseil en risques politiques Eurasia Group. M. Butts s’est montré moins catégorique à propos de Keystone XL : il a d’abord reconnu l’impact de cette décision sur une économie canadienne qui dépend fortement de la santé des gisements de pétrole en Alberta.

Mais il a convenu lui aussi que l’administration américaine ne changerait pas d’avis et qu’il fallait maintenant passer à autre chose. « Nous devons consacrer le plus de temps possible aux choses sur lesquelles nous sommes d’accord et minimiser nos désaccords, comme on le fait dans la plupart des relations productives. »

Les Américains produisent beaucoup

L’expansion de l’oléoduc Keystone XL, proposée pour la première fois en 2008, aurait acheminé plus de 800 000 barils supplémentaires par jour de bitume dilué de l’Alberta vers les raffineries et les ports le long de la côte du golfe du Mexique. Or, son abandon, a estimé M. Butts, a plus à voir avec une « augmentation astronomique » de la production nationale de pétrole et de gaz aux États-Unis que tout ce que le Canada pourrait dire ou faire.

« Les présidents Trump, Obama et Biden avaient quelque chose qu’aucun autre président depuis Eisenhower, peut-être même Truman, n’a eu à sa disposition en matière de pétrole et de gaz : des choix, a soutenu M. Butts. Ils ont exercé ces choix, au détriment du pipeline Keystone et de l’économie canadienne en général. »

Les partisans de l’oléoduc, quant à eux, ne montrent aucun signe de vouloir baisser les bras. Le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, dont le gouvernement a investi environ 1 milliard de dollars dans Keystone XL, a pratiquement déclaré la guerre à la Maison-Blanche, promettant une poursuite judiciaire et appelant Ottawa à envisager des « représailles économiques proportionnées ».

Les républicains au Capitole — en particulier ceux des États du Midwest, où des milliers d’emplois dépendent du projet — ont également continué à remettre en question les priorités du nouveau président. Sa décision sur Keystone XL a rapidement attiré l’attention sur le sort potentiel de deux autres oléoducs transfrontaliers importants, tous deux appartenant à Enbridge, de Calgary.

Les démocrates « purs et durs »

Le premier projet concerne la « canalisation 3 », qui traverse la frontière canado-américaine au Minnesota et relie les sables bitumineux de l’Alberta à la pointe la plus à l’ouest du lac Supérieur. Cet ouvrage devrait être remplacé, au coût de 9,3 milliards $.

L’autre, la « canalisation 5 », reprend là où se termine la « canalisation 3 » et traverse les Grands Lacs jusqu’à Sarnia, en Ontario. Cet oléoduc permet d’acheminer du pétrole de l’Ouest vers les raffineries de l’Ontario et du Québec. Or, la gouverneure du Michigan, Gretchen Whitmer, a ordonné la fermeture de cet oléoduc, qui passe sous le détroit de Mackinac ; Enbridge conteste cette ordonnance devant les tribunaux et propose plutôt de remplacer une section de l’oléoduc.

La nouvelle administration à Washington n’a pas laissé transpirer son opinion sur ces deux projets. Les « faucons du climat » dans le camp démocrate veulent la fermeture des oléoducs, pour limiter la dépendance des États-Unis aux combustibles fossiles, alors que les dirigeants syndicaux et les experts économiques plaident en faveur de bons emplois durables, résumait la semaine dernière James Lindsay, vice-président du Conseil des relations internationales.

Les promoteurs soutiennent également que, puisque les deux projets d’Enbridge impliquent le remplacement d’ouvrages existants, il devrait être plus facile de les autoriser, a ajouté M. Lindsay.

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