Protéger la biodiversité en mangeant moins de viande

La production animale mondiale accélère la destruction des écosystèmes naturels et la crise climatique, conclut un récent rapport de l’organisme britannique Chatam House.
Photo: Joe Raedle/Getty Images/AFP La production animale mondiale accélère la destruction des écosystèmes naturels et la crise climatique, conclut un récent rapport de l’organisme britannique Chatam House.

Notre régime alimentaire axé sur une consommation sans précédent de produits issus de l’élevage et l’utilisation intensive des ressources naturelles qui en découle représente la principale menace pour les espèces en voie de disparition, conclut une nouvelle étude internationale qui recommande un virage vers un régime essentiellement végétalien.

« Cruciale » pour la santé de la planète, mais aussi pour la survie de l’humanité, la biodiversité a pourtant été « sévèrement compromise et altérée à un rythme sans précédent » au cours des dernières décennies, déplore d’entrée de jeu le rapport de l’organisme britannique Chatam House, aussi connu sous le nom de Royal Institute of International Affairs. La situation est d’autant plus dramatique que la destruction des écosystèmes naturels et des espèces qui y vivent est surtout imputable à un aspect fondamental de notre vie quotidienne : l’alimentation.

Consommation à la hausse

« Au cours des 50 dernières années, la conversion des écosystèmes pour la production agricole et les pâturages a été la principale cause de pertes d’habitats, et donc du recul de la biodiversité », résume ainsi le rapport. Il faut dire que la seule production annuelle de viande a été multipliée par quatre au cours de la même période, passant de 75 millions de tonnes à plus de 300 millions de tonnes. Aujourd’hui, pas moins de 80 % des terres agricoles de la planète sont utilisées pour l’élevage, soit comme terres de pâturage, soit pour produire les plantes qui servent à nourrir les animaux.

Cette agriculture, plus que jamais « intensive » et industrielle, a permis de construire un système alimentaire qui s’inscrit dans une spirale basée sur la production de nourriture « au plus bas prix possible », peut-on lire dans le document de Chatam House. Cette façon de faire « dégrade les sols et les écosystèmes » terrestres et aquatiques, alors que « la croissance globale de la consommation » aggrave chaque jour les « pressions » sur les milieux naturels : utilisation accrue de pesticides, d’énergie, de terres et d’eau. En Amazonie, par exemple, près de 75 % des vastes régions naturelles de grande biodiversité qui ont été perdues l’ont été au profit de la production de viande ou des céréales nécessaires pour les animaux.

« Cela a réduit la diversité des paysages et des habitats naturels, ce qui a eu pour effet de menacer ou de détruire » des milieux essentiels pour une multitude d’espèces vivantes, des microbes aux mammifères, en passant par les oiseaux et les insectes. Concrètement, précise le rapport, l’agriculture mondiale est ainsi devenue la principale menace pour 24 000 des 28 000 espèces inscrites sur la « liste rouge » de l’Union internationale pour la conservation de la nature, en raison de leur risque d’extinction.

Pendant ce temps, les espèces élevées pour satisfaire nos besoins alimentaires ont pris de plus en plus de place, rappellent les auteurs en citant une étude publiée en novembre dernier dans Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America. La « masse globale » des mammifères sauvages a ainsi décliné de plus de 80 % depuis 1970, au point de représenter aujourd’hui à peine 4 % du total. Les animaux d’élevage (principalement les bovins et les cochons) représentent 60 % de la masse de tous les mammifères de la planète et l’être humain, un total de 36 % de cette masse.

Qui plus est, le maintien du système agricole actuel aggravera la crise climatique, souligne le document, en rappelant que « les écosystèmes terrestres et marins » absorbent près de 60 % des émissions mondiales annuelles de gaz à effet de serre (GES). A contrario, les émissions de GES du secteur agricole dépassent les 5,5 milliards de tonnes à l’échelle planétaire (huit fois les émissions totales du Canada) et la production animale est responsable à elle seule de 72 à 78 % de toutes les émissions du secteur.

Régime végétalien

Sans « réforme » de notre système alimentaire, cette tendance lourde à la destruction de la biodiversité se poursuivra et « menacera notre capacité à soutenir les populations humaines », prévient le rapport. Pour tenter de freiner ce déclin abrupt, les auteurs de l’étude réitèrent donc la nécessité de réduire radicalement la part des protéines animales dans notre alimentation, afin que celle-ci s’appuie principalement sur une diète végétalienne, soit « à base de plantes ».

Cela permettrait de réduire l’usage de terres pour l’agriculture, malgré un contexte de croissance continue de la population mondiale. En même temps, les auteurs du rapport insistent sur le besoin de « réduire substantiellement » le gaspillage alimentaire.À l’heure actuelle, 30 % de toute la production planétaire se retrouve à la poubelle, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. En éliminant ce gaspillage, qui équivaut à 1,3 milliard de tonnes chaque année, l’ONU évalue qu’il serait possible de régler une partie des problèmes de faim dans le monde.

En réduisant le déclin des espèces naturelles de la planète, un régime alimentaire végétalien contribuerait par ailleurs à « réduire les risques de pandémie », puisque le fait de rogner sur les milieux sauvages augmente les chances d’exposer la population humaine à des virus comme celui probablement à l’origine de la crise mondiale de la COVID-19.

Directrice générale d’Équiterre, Colleen Thorpe estime que le Québec devrait lui aussi effectuer « un virage majeur en agriculture » et qu’il est possible de tirer des leçons des conclusions du rapport de Chatam House. Elle rappelle que pas moins de « 70 % des meilleures terres agricoles du Québec sont utilisées pour produire du maïs et du soya », essentiellement pour nourrir le bétail.

Dans ce contexte, elle plaide pour la mise en œuvre d’un « plan » de production locale de « protéines végétales » qui serviraient directement à l’alimentation humaine. « On peut réduire notre consommation de viande et soutenir les agriculteurs qui innovent. Il y a une ouverture chez les consommateurs et c’est l’occasion de transformer notre agriculture. »

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