Politique charbonnière: le gouvernement albertain fait volte-face

La ministre de l’Énergie, Sonya Savage
Photo: Amber Bracken La Presse canadienne La ministre de l’Énergie, Sonya Savage

La ministre de l’Énergie, Sonya Savage, a annoncé lundi la restauration complète de la régulation environnementale de 1976, annulée sans préavis voilà plusieurs mois. Cette décision, prise sans consultation, avait suscité l’émoi et un fort élan de contestation.

« Les Albertains ont parlé haut et fort et nous les avons entendus. Non seulement nous allons rétablir l’intégralité de la politique charbonnière de 1976, mais nous allons également mettre en place des protections supplémentaires et consulter les Albertains sur une nouvelle politique charbonnière moderne. Le gouvernement de l’Alberta est absolument déterminé à protéger les majestueux versants orientaux et l’environnement naturel environnant », a déclaré Mme Savage lors de son point presse du jour.

En mai dernier, le gouvernement avait rayé d’un coup de plume la politique de protection de Peter Lougheed, ancien premier ministre de l’Alberta, et ce, sans consultation. Cette politique était un garde-fou pour protéger les zones fragiles des montagnes Rocheuses, notamment les versants Est, de l’extraction de charbon à ciel ouvert. L’extraction dans certaines zones est donc totalement interdite, tandis qu’elle reste autorisée dans d’autres, mais sous certaines conditions.

Dans l’intervalle, pas moins de 100 000 signatures avaient été rassemblées contre cette décision. La vague de contestation n’avait pas désenflé, bien au contraire.

Le 19 janvier, une contestation judiciaire avait été lancée à la Cour du Banc de la Reine de Calgary par des éleveurs de la région, appuyée par des militants de l’environnement et des Premières Nations. Pas moins d’une dizaine de municipalités s’étaient aussi associées contre cette décision, inquiètes des répercussions que le droit à l’extraction de charbon pourrait avoir sur leurs communautés et la santé de leurs citoyens.

La diffusion d’un élément hautement polluant dans les cours d’eau, appelé sélénium, inquiétait notamment nombre d’éleveurs. La levée de cette protection environnementale permettait aussi de faciliter les travaux d’un chantier minier de haute envergure, Grassy Mountain, qui prévoyait de décapiter une partie des montagnes Rocheuses.

Les Albertains avaient très mal accepté qu’une telle décision n’ait pas fait l’objet d’une consultation publique. Jason Kenney avait été clair sur cette question, arguant que le gouvernement n’avait pas à mener de consultation à ce sujet.

Fin janvier, la ministre de l’Énergie avait essayé de calmer le jeu, en annonçant ce que certains Albertains décriaient comme un écran de fumée, soit l’annulation de 11 concessions d’exploitation charbonnière représentant une surface de 0,13 %, ou 1854 hectares, de la surface concédée par le Parti conservateur depuis l’annulation de la politique charbonnière. Un faible pourcentage qui laissait entendre que la suspension de ces ententes ne protégeait qu’une petite portion de l’ensemble des terres détenues par le gouvernement albertain.

Le gouvernement Kenney change son fusil d’épaule

La ministre Savage a été claire : « La suppression du haut des montagnes ne sera pas autorisée et l’ensemble des restrictions prévues par les catégories de charbon de 1976 s’appliqueront, y compris toutes les restrictions relatives à l’exploitation minière à ciel ouvert dans les terres de catégorie 2. »

Elle a ajouté que « toutes les futures autorisations de prospection de charbon sur les terres de la catégorie 2 seront interdites, en attendant la mise en place de vastes consultations publiques sur une nouvelle politique charbonnière ».

Une date reste encore à définir. En attendant, la province a dit avoir informé l’Association canadienne du charbon, qui n’a pas encore réagi.