Gestion des eaux des Grands Lacs - Le Québec, l'Ontario et les États limitrophes amorcent la consultation

Québec — Les Québécois seront consultés sur la proposition d'accord liant huit États américains, l'Ontario et le Québec en vue de la gestion commune des eaux du bassin des Grands Lacs.

Devant les pressions qu'exercent les États de l'ouest et du sud des États-Unis pour détourner une partie de l'eau des Grands Lacs, ce pacte revêt une importance capitale, selon le ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair. «Il y a une forte pression. Ça va être un débat politique important de l'élection présidentielle de cet automne aux États-Unis. Il y a des gens dans le Sud et dans l'Ouest qui n'y voient aucun problème. Les États limitrophes, le Québec et l'Ontario y voient un gros problème», a livré hier le ministre au Devoir.

Au Québec, deux rencontres publiques auront lieu, à Montréal le 14 septembre et à Trois-Rivières le 16 septembre, sur le bassin hydrographique des Grands Lacs et du fleuve Saint-Laurent en amont de Trois-Rivières. Il comprend tous les bassins versants des Grands Lacs et du fleuve jusqu'à Trois-Rivières. Des consultations publiques auront lieu également en Ontario et dans les huit États signataires — l'Illinois, l'Indiana, le Michigan, le Minnesota, New York, l'Ohio, la Pennsylvanie et le Wisconsin — jusqu'au 18 octobre. Le Conseil des gouverneurs des Grands Lacs tiendra des assemblées publiques à Chicago le 8 septembre et à Toronto le 20 septembre.

Réciprocité

La consultation se fait donc de façon simultanée dans les États et les provinces. «Ce genre de réciprocité augure très bien pour la gestion de l'avenir, pas juste des décennies à venir mais des siècles», a dit M. Mulcair.

Aux États-Unis, les dérivations de l'eau des Grands Lacs sont régies par le Water Resources Development Act (WARDA) qui, essentiellement, accorde un doit de veto à tout État des Grands Lacs sur tout projet de dérivation pouvant l'affecter. Or il s'agit d'une loi fédérale qui pourrait être revue par le Congrès américain, où les élus des États de l'Ouest et du Sud ont de plus en plus d'influence.

Certains États de l'ouest et du sud des États-Unis, dont le poids démographique dépasse largement celui des États limitrophes des Grands Lacs, sont frappés par une sécheresse d'une gravité inégalée depuis 500 ans.

Les experts estiment qu'il existe des zones de conflits probables liées à l'eau dans ces États, a signalé Louise Lapierre, de la Direction des relations intergouvernementales du ministère de l'Environnement.

De là la nécessité d'adopter un processus d'évaluation uniforme et objectif pour tous les projets de dérivation ou de prélèvement d'eau des Grands Lacs. Bien qu'ils recèlent près de 20 % de l'eau douce au monde, les Grands Lacs bénéficient d'un apport annuel d'eau dans le bassin qui ne dépasse pas 1 % de ce volume, a rappelé Mme Lapierre.

La norme commune dans l'entente prévoit que l'eau provenant d'une dérivation doit retourner au bassin des Grands Lacs ou à celui du fleuve Saint-Laurent. Cette norme s'applique aussi aux prélèvements importants. Les dérivations ou les prélèvements ne devront avoir aucun impact significatif sur la quantité ou la qualité des eaux du bassin des Grands Lacs.

De surcroît, toute demande de dérivation ou de prélèvement devra être accompagnée d'une proposition d'amélioration des eaux du bassin et des ressources naturelles qui en dépendent. En outre, des mesures de conservation d'eau devront être mises en oeuvre.

Éloigner les menaces

Avec ces conditions restrictives que ne peuvent pas remplir de simples projets de dérivation vers les États asséchés, l'entente cherche à éloigner les «menaces de tous ordres qui promettent de s'amplifier. Nous prenons des mesures de protection à long terme afin d'éviter d'éventuels conflits ou pénuries et afin de préserver l'environnement du bassin des Grands Lacs-Saint-Laurent pour les générations futures», peut-on lire dans les documents publiés par le Conseil des gouverneurs des Grands Lacs.

Les constats issus des consultations seront transmis au groupe de travail sur l'eau du Conseil des gouverneurs. Au début de 2005, des négociations auront cours entre les États et les provinces afin d'aplanir les derniers différends. Une fois l'entente conclue, les États des Grands Lacs devront obtenir l'aval du Congrès avant de s'engager formellement. De leur côté, l'Ontario et le Québec n'ont pas besoin de l'imprimatur du gouvernement fédéral pour mettre en oeuvre les dispositions de l'entente, a précisé Mme Lapierre.