Benoit Charette promet une «révolution» dans la gestion des matières résiduelles

À peine 27 % des matières dites «putrescibles» sont recyclées, selon le plus récent bilan de Recyc-Québec, soit celui de 2018. Tout le reste est envoyé dans les sites d’enfouissement, où les matières organiques produisent du méthane, un puissant gaz à effet de serre.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir À peine 27 % des matières dites «putrescibles» sont recyclées, selon le plus récent bilan de Recyc-Québec, soit celui de 2018. Tout le reste est envoyé dans les sites d’enfouissement, où les matières organiques produisent du méthane, un puissant gaz à effet de serre.

Pour la troisième fois en quelques mois, le gouvernement Legault devra décider s’il autorise l’enfouissement de millions de tonnes de déchets supplémentaires dans un dépotoir, cette fois pour le plus gros de la province. En entrevue au Devoir, le ministre de l’Environnement dit avoir été obligé d’approuver deux projets majeurs l’automne dernier pour éviter la fermeture des sites. Il promet toutefois une « révolution » dans la gestion des matières résiduelles, afin de réduire radicalement l’enfouissement d’ici 2030.

Dans un rapport rendu public vendredi matin, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) recommande d’autoriser l’agrandissement du plus important dépotoir du Québec, situé à Lachenaie. Cette demande de l’exploitant est justifiée, « car à moins d’une baisse drastique et rapide des besoins d’enfouissement de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), le refus d’autoriser ce projet pourrait créer un déficit de capacité d’élimination dans les prochaines années pour cette dernière ».

Le dépotoir de Lachenaie, exploité par Complexe Enviro Connexions, est le seul dépotoir en exploitation sur le territoire de la CMM, qui compte 82 municipalités. Les exploitants du site demandent l’autorisation d’enfouir 7,6 millions de tonnes métriques de matières résiduelles supplémentaires d’ici la fin de la décennie. Cela équivaut à environ 950 000 tonnes par année, soit 2600 tonnes par jour.

Le BAPE ne recommande toutefois pas d’acquiescer à la demande de l’entreprise. Il estime plutôt que le ministère de l’Environnement du Québec devrait préciser les tonnages autorisés chaque année en tenant compte de « la révision des projections des besoins en élimination de la CMM ». On recommande d’ailleurs d’imposer des tonnages maximaux « régressifs » qui soient « suffisamment significatifs pour encourager la réduction de l’enfouissement des matières résiduelles ».

Le cabinet du ministre de l’Environnement n’a pas indiqué vendredi s’il mettra en œuvre les recommandations du BAPE ou s’il autorisera le promoteur à aller de l’avant avec le projet d’agrandissement qu’il a présenté. « L’analyse environnementale » est en cours et une décision sera rendue « au printemps », a répondu le bureau du ministre Benoit Charette.

Le ministre, qui vient tout juste de mandater le BAPE pour qu’il examine tout le dossier de la gestion des matières résiduelles, a autorisé depuis l’automne deux importants projets d’agrandissement de dépotoirs exploités par WM Québec, une filiale de l’entreprise américaine Waste Management. À eux seuls, ces deux sites reçoivent plus du quart de tous les déchets de la province.

Il a ainsi autorisé WM Québec à poursuivre l’enfouissement de déchets à Saint-Nicéphore pendant 10 ans, à raison de 430 000 tonnes par année. Cette décision a été rendue alors que Waste Management poursuit la Ville de Drummondville pour exiger des modifications au règlement de zonage afin de pouvoir agrandir ce dépotoir. Un jugement de la Cour est toujours attendu dans ce dossier.

Au début du mois de décembre, le gouvernement Legault a aussi autorisé WM Québec à enfouir jusqu’à 18,6 millions de tonnes de déchets supplémentaires au dépotoir de Sainte-Sophie, à raison d’un million de tonnes par année (2800 tonnes par jour). Le décret précise cependant que cinq ans après le début de l’agrandissement, prévu en 2022, les tonnages annuels enfouis devront être approuvés par le gouvernement. Qui plus est, pour que l’entreprise puisse y enfouir des déchets jusqu’en 2040, elle devra réaliser un ou des projets permettant de valoriser les biogaz captés dans le cadre de l’agrandissement.

« Révolution »

Dans le cadre d’une entrevue accordée au Devoir, le ministre Benoit Charette a affirmé qu’il avait été obligé d’autoriser ces deux récents projets d’agrandissement. Il a ainsi rappelé que les Québécois génèrent chaque jour plus de 17 000 tonnes de déchets et que sans les projets d’agrandissement, des sites étaient menacés de fermeture.

Ce sera une très grande révolution. Actuellement, 60 % des matières envoyées dans les sites d’enfouissement sont des matières organiques. Ce sera donc une grosse transformation dans nos façons de faire.

Pourquoi ne pas avoir attendu les résultats du BAPE sur l’ensemble de la filière avant de prendre une décision pour les sites de Sainte-Sophie et de Saint-Nicéphore ? « Les échéanciers sont trop serrés », a-t-il dit, en ajoutant que le rapport attendu d’ici la fin de 2021 devra être suivi de l’élaboration et de la mise en œuvre d’une nouvelle réglementation.

Le ministre a toutefois promis un sérieux coup de barre. « C’est une révolution, littéralement, que nous avons entreprise l’année dernière dans le domaine de la gestion des matières résiduelles », a-t-il insisté, en évoquant le 1,2 milliard de dollars prévus pour recycler 70 % des matières organiques (aliments périmés, déchets de cuisine, etc.) d’ici 2030. L’accès au « bac brun » devrait ainsi être généralisé. « Ce sera une très grande révolution. Actuellement, 60 % des matières envoyées dans les sites d’enfouissement sont des matières organiques. Ce sera donc une grosse transformation dans nos façons de faire. »

À peine 27 % des matières dites « putrescibles » sont recyclées, selon le plus récent bilan de Recyc-Québec, soit celui de 2018. Et le « taux de recyclage » du secteur des industries, commerces (dont les restaurants et les détaillants en alimentation) et établissements scolaires ou de santé atteignait à peine 5 % en 2018. Tout le reste est envoyé dans les sites d’enfouissement, où les matières organiques produisent du méthane, un puissant gaz à effet de serre.

Le gouvernement souhaite par ailleurs améliorer le bilan du recyclage du papier, du carton, du verre et du plastique, alors qu’à peine plus de la moitié de ces matières sont recyclées au Québec. Le ministre n’entend toutefois pas revoir l’utilisation du bac bleu « pêle-mêle ».

Pour le directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, Karel Ménard, il s’agit d’une erreur. « Au Québec, on est un des rares endroits à faire de la collecte pêle-mêle, avec les fibres comme le papier et le carton, avec le verre. Pourtant, il ne faut pas mettre le verre dans le bac. Le verre qui se retrouve dans le bac n’est pas recyclable et il contamine les autres matières. »

S’il estime que la consigne des contenants comme les bouteilles de verre est un pas dans la bonne direction, il estime qu’il serait possible de généraliser l’accès à des sites de dépôt volontaire du verre dans les municipalités. « En Europe, ça fonctionne très bien. Mais ici, nous sommes habitués à la facilité. Nous avons beaucoup misé sur la quantité de matières récupérées, mais nous avons oublié le recyclage. Le bac pêle-mêle augmente les quantités, mais il diminue la qualité. C’est un choix que nous avons fait, mais c’est une erreur. »

 

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