L’hydrogène en Alberta, un futur pour demain

Si l’Alberta souhaite épouser dans les 10 prochaines années un tournant dans la refonte de son système énergétique grâce à l’utilisation de l’hydrogène, encore faudrait-il qu’on puisse lui en donner les moyens.
Photo: Jean-François Monier Agence France-Presse Si l’Alberta souhaite épouser dans les 10 prochaines années un tournant dans la refonte de son système énergétique grâce à l’utilisation de l’hydrogène, encore faudrait-il qu’on puisse lui en donner les moyens.

Les scientifiques albertains s’intéressent fortement à l’hydrogène comme source de transition énergétique. Le 28 janvier dernier, l’Association des ingénieurs et des géoscientifiques professionnels de l’Alberta (APEGA) a donné une conférence à ce sujet, qui a attiré près d’un millier de participants.


« Le futur proche, c’est vraiment demain », assure le consultant en énergie Marc Lacrampe, présent à la conférence. C’est avec un intérêt certain que près de 1000 ingénieurs et géoscientifiques, travaillant déjà dans le secteur de l’énergie dite traditionnelle, le pétrole et le gaz, ont assisté à l’évènement.

Ce regain d’intérêt pour les nouvelles énergies pourrait laisser croire qu’il correspond à la récente annonce de l’arrêt Keystone XL. Cependant, il n’en est rien. « Depuis les cinq dernières années, il y a eu un mouvement d’abandon de l’utilisation de la croissance continue de la production de pétrole et de gaz », met en perspective David Layzell, professeur et responsable du programme de l’Initiative canadienne de recherche sur l’analyse des systèmes énergétiques (CESAR), à l’Université de Calgary.

Également fondateur de la fondation Accélérateur de transition, il est intervenu lors de la conférence sur un sujet central pour la province de l’Ouest : comment l’hydrogène pourrait aider l’Alberta à mener la transition vers un système à énergie nette zéro ? « Une nouvelle voie vers un avenir à faible émission de carbone », lance-t-il.

Une refonte du système énergétique

Les possibilités de l’énergie en transition sont bien réelles et plus que jamais d’actualité. « Ce n’est pas de la science-fiction », assure le consultant en énergie Marc Lacrampe. « Les climatosceptiques disent, même si vous avez raison, qu’il nous faudra des siècles pour nous adapter. Mais pas du tout, en fait », conteste-t-il.

Tous ces professionnels et experts de l’industrie se tournent de plus en plus vers les énergies nouvelles. Un encouragement qui vient mettre en exergue la récente décision du président Joe Biden d’arrêter les travaux de Keystone XL. Un message fort qu’ont voulu envoyer les États-Unis, « puisque c’est le premier client d’exportation du pétrole et du gaz albertain. Ils veulent moins des produits à forte empreinte carbone venant de la province », assure le consultant Marc Lacrampe.

En attendant, « le système d’énergie a besoin de trouver un substitut au modèle que nous utilisons déjà, on doit aller de l’avant avec l’utilisation de l’électricité qui est produite sans empreinte carbone mais avec de l’hydrogène », propose l’universitaire David Layzell, afin de réduire les gaz à effet de serre. « Nous nous sommes penchés sur des gros véhicules, des poids lourds alimentés en hydrogène », décrit-il grâce au projet AZETEC, Alberta zero emissions truck electrification collaboration. L’un de ces prototypes se trouve à l’essai à Montréal.

« Entre Edmonton et Calgary, environ 5000 camions passent quotidiennement, entre Montréal et Toronto il y en a environ 10 000 par jour, Toronto et Détroit 15 000. Il y a une grande opportunité en Ontario, au Québec et en Alberta de créer un couloir d’hydrogène, entre Vancouver et Winnipeg et éventuellement à travers tout le Canada », expose David Layzell.

Aujourd’hui, si autant de professionnels de l’énergie sont intéressés par la conférence et le projet AZETEC, « c’est un cas qui permet de contribuer à la création d’un nouveau système d’énergie, respectueux du climat », expose-t-il. « Jusqu’où pourrons-nous avancer jusqu’en 2030 » ? Plus qu’une tendance, l’utilisation de l’hydrogène est une réalité avérée dans certaines provinces, notamment au Québec et en Ontario.

Si l’Alberta souhaite épouser dans les 10 prochaines années un tournant dans la refonte de son système énergétique grâce à l’utilisation de l’hydrogène, encore faudrait-il que l’on puisse lui en donner les moyens.

David Layzell espère voir dans le prochain budget provincial un investissement notable de la part de la province. « Nous avons été très actifs aux niveaux provincial et fédéral pour le financement. » Cependant, « ce n’est pas un sujet ouvertement mis à l’ordre du jour encore en Alberta », nuance le consultant, Marc Lacrampe.

Certains pays comme l’Allemagne, l’Angleterre, le Japon, la Corée du Sud, l’Arabie saoudite ou l’Australie investissent massivement dans ce secteur. L’Allemagne a déjà investi près de 13 856 400 000,00 de dollars canadiens dans l’économie de l’hydrogène. « L’Union européenne a déjà reconnu l’importance d’une telle économie. Le Canada est un peu encore à la traîne », reconnaît David Layzell.

En attendant, « la perspective du gouvernement fédéral est beaucoup plus large que celle de la province dans la dimension du temps et de la stratégie », conclut Marc Lacrampe.

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